La quête au sein des seins

Auteurs de recherche de renommée mondiale, le professeur Christos Sotiriou et son équipe viennent de réaliser une percée dans la caractérisation du cancer du sein lobulaire pour lequel ils proposent une approche particulière de prise en charge.

Depuis qu’il a bouclé sa spécialisation en oncologie médicale, Christos Sotiriou a fait de la caractérisation moléculaire des tumeurs du sein son principal sujet d’étude. D’abord à Bordet, puis aux États-Unis, au National Cancer Institute de Bethesda, pendant deux ans. Puis à nouveau Bruxelles, où il a monté son propre laboratoire de recherche translationnelle.

Son titre complet: médecin oncologue de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et directeur du Laboratoire de recherche translationnelle en cancérologie mammaire, à l’Institut Jules Bordet, à Bruxelles.

Une préoccupation: le "Grexit" médical

L’Université Libre de Bruxelles a lancé la semaine dernière l’action "Grexit". "C’est incroyable ce qui se passe en Grèce en matière de soins de santé. Les médecins sur place n’ont plus de matériel pour soigner les gens. C’est insupportable!", estime le Docteur Sotiriou… qui envisage d’aller soigner bénévolement des patients dans son pays d’origine, quelques jours par an.

Une passion: les guitares

Pour se détendre, rien de tel que la musique. Surtout la guitare. "J’adore cet instrument, confie-t-il volontiers. J’en ai toute une collection à la maison." Et manifestement, elles sont loin de prendre la poussière. Christos Sotiriou en joue dans deux groupes. "Surtout du rock et du blues!"

"Nous entrons véritablement dans l’ère de la médecine personnalisée où le choix du traitement sera guidé par les caractéristiques de la tumeur de chaque patiente et de son environnement. Il est en effet primordial d’éviter un traitement suboptimal accompagné de nombreux effets secondaires afin de préserver la meilleure qualité de vie des patientes", disait-il en décembre dernier, à Bruxelles, alors qu’il recevait des mains du roi Philippe un des cinq Prix Quinquennaux du FNRS pour ses recherches.

"Il n’y a pas qu’un type du cancer du sein, mais bien toute une kyrielle. Les plus répandus sont de type canalaire. Ils représentent 80% des tumeurs", explique-t-il en référence au cancer qui attaque les canaux chargés d’acheminer le lait au mamelon.

Le chercheur vient pourtant de s’intéresser avec succès à l’autre grand type des tumeurs du sein: les "lobulaires", dans les unités sécrétrices mêmes de lait. Des tumeurs qui ne sont présentes que dans 10 à 15% des cas.

"Jusqu’à présent, nous ne les avions pas encore beaucoup étudiées, faute de disposer de suffisamment d’échantillons à analyser", explique-t-il. L’oncologue peut en effet désormais parler au passé. Avec sa collègue, le Dr Christine Desmedt, bioingénieure et chercheuse dans son laboratoire, il a pu réunir et analyser, ces quatre dernières années, quelque 600 tumeurs lobulaires provenant de patientes traitées à Bordet, à l’UCL, à Milan et à Marseille. De quoi faire des bonds de géant dans la compréhension des mécanismes moléculaires à l’œuvre dans ce domaine. Et demain, de proposer des traitements plus personnalisés à ses patientes. Un leitmotiv, chez ce chercheur clinicien.

Rechutes tardives

"On savait que les cancers lobulaires se présentaient différemment sous le microscope, continue le chercheur.

  • 1966: Naissance à Athènes
  • 1993: Docteur en Médecine, Université Libre de Bruxelles
  • 2004: Docteur (PhD) en Sciences Biomédicales, ULB
  • 2005-2013: Chercheur Qualifié F.R.S.-FNRS à l’Institut Jules Bordet, ULB
  • Depuis 2010: Directeur du Laboratoire de recherche translationnelle en cancérologie mammaire J-C Heuson (Institut Jules Bordet, ULB)
  • 2012-2016: Membre élu du Conseil Scientifique de l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer (Organisation Mondiale de la Santé)

On savait aussi qu’ils présentaient des comportements cliniques différents. Ils ont tendance à rechuter plus tard que les cancers canalaires et préférentiellement dans d’autres organes."

Jusqu’à présent, la majorité de la recherche s’est concentrée sur les cancers canalaires. C’est pourquoi les cancers lobulaires sont encore aujourd’hui traités de la même manière que les autres types de cancers du sein.

"Grâce à notre étude, la première de cette ampleur en ce qui concerne les cancers lobulaires, cela va changer. Nous disposons aujourd’hui d’une meilleure caractérisation moléculaire de ces cancers", estime le spécialiste. Ce qui ouvre la voie à des traitements plus ciblés.

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