La taupe à l'origine du scandale de la Fifa

L’ex-secrétaire général de la Concacaf a collaboré avec le FBI dans son enquête contre les pontes indélicats de la Fifa. Chuck Blazer, lui-même mis sur le gril pour corruption et évasion fiscale, espère ainsi une peine plus clémente lorsqu’il aura à répondre de ses actes devant un juge.

C’est donc l’ancien secrétaire général de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf) qui a lâché le morceau et fait trembler la Fédération internationale de football (Fifa) depuis mercredi. Non pas que Chuck Blazer se soit réveillé un jour pétri de remords après avoir profité pendant des années de la corruption qui sévit dans le monde du ballon rond.

C’est bien plus trivial que ça: l’homme s’est mis à table et a joué les taupes pour le FBI dans l’espoir que la justice américaine se montre clémente à son égard.

Avec son physique de Père Noël – ou de Karl Marx, aurait dit un jour le président russe Vladimir Poutine – Blazer a bien caché son jeu depuis 2011, lorsque le fisc américain lui est tombé dessus, suivi par le FBI.

Chuck Blazer est un nouveau riche et il en a bien profité. Voyages en jets, restos ultra-chics, appartements à Miami et aux Bahamas, Hummer à 48.000 dollars, il a dépensé sans compter. Cerise sur le gâteau: son appartement de la Trump Tower à Manhattan était occupé par ses chats à la grande époque

Il faut dire que cela faisait 6 ans qu’il avait "oublié" de remplir ses déclarations d’impôts, mais pas de cacher une partie de sa fortune à l’étranger. Lorsque les revenus en question se comptent en millions de dollars, ça fait un certain manque à gagner pour l’État. Ceux qui se font pincer risquent plusieurs années de prison et de lourdes amendes.

Un micro aux J.O.

Blazer a donc accepté de jouer les taupes pour le FBI. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé par exemple aux J.O. de Londres de 2012 avec un micro caché dans son porte-clés pour tenter de piéger ses amis malhonnêtes des hautes sphères du football. "Le Monde" écrivait jeudi que le responsable du comité d’organisation du Mondial 2018 en Russie, Alexey Sorokin, et celui de la candidature australienne pour le Mondial 2022, Frank Lowy, auraient ainsi été écoutés à Londres.

Blazer a déjà fait tomber l’ex-président de la Concacaf, qu’il avait pourtant aidé à faire élire, Jack Warner (également pris dans le coup de filet de ce mercredi), et l’ex-président de la confédération asiatique, le Qatari Mohammad Bin Hammam.

Le profil
  • Charles "Chuck" Gordon Blazer est originaire du Queens, dans l’État de New York. Il a fait des études de commerce à la New York University mais n’a jamais terminé son MBA.
  • Blazer n’a jamais joué au football. Tout a commencé lorsqu’il a inscrit son fils au Club New Rochelle, dans la banlieue new-yorkaise, en 1976. Huit ans plus tard, il devient vice-président de la fédération américaine de football.
  • Il fait élire Jack Warner, le président de la Fédération de foot de Trinidad et Tobago à la tête de la Concacaf et il en devient secrétaire général (1990-2011).
  • La consécration vient en 1997, lorsque Blazer accède au comité exécutif de la Fifa. Il le quitte en 2013.

Mais très vite, l’arroseur s’est fait arroser et, au printemps 2013, Blazer se retrouvait ciblé par une enquête interne de la Concacaf qui mettait en lumière ses petites manigances. L’Américain aurait empoché 20,6 millions de dollars de pots-de-vin et autres commissions sur les contrats passés par la confédération au moment où il en était le numéro deux (1990-2011). Un exemple parmi d’autres: Blazer aurait notamment empoché 750.000 dollars sur les 10 millions de dollars versés par l’Afrique du sud à Jack Warner pour qu’il soutienne sa candidature à l’organisation de la Coupe du Monde en 2010. Il est alors suspendu par la Fifa, et finit par remettre son mandat.

Une fin pas glorieuse

L’étau se resserre autour du New-Yorkais, qui décide de plaider coupable de 10 chefs d’accusation, dont blanchiment d’argent, racket, escroquerie et évasion fiscale, fin novembre 2013.

Lorsqu’il était en charge de la gestion économique de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, il était fréquent que Chuck Blazer empoche au passage 10% des montants perçus par la Concacaf sur les droits télévisés et autres contrats. Au fil des ans, Blazer aurait ainsi accumulé un petit pactole de 20,6 millions de dollars… et hérité du surnom de "Monsieur 10%"

Il accepte également de verser une première amende de 1,9 million de dollars pour avoir triché avec le fisc. Il n’est pas quitte pour autant. Une autre amende suivra au moment où la justice américaine le sanctionnera. Il encourt également un maximum de 10 ans de prison pour avoir caché des comptes bancaires à l’étranger et de 5 ans pour évasion fiscale.

Autant dire que Blazer ne coulera pas une retraite dorée, même si la justice US saura probablement se montrer reconnaissante pour le rôle qu’il a joué dans l’enquête du FBI. Âgé de 70 ans, il n’est d’ailleurs pas en bonne santé. Mercredi, alors qu’éclatait le scandale, le "New York Times" est allé le pister jusqu’à l’hôpital Weill Cornell, où il est actuellement alité, pour avoir ses premières réactions. L’homme a refusé de réagir, se bornant à dire qu’il ne pouvait pas parler. Il a cependant confirmé qu’il avait eu un cancer du colon et qu’il souffrait aujourd’hui d’un autre mal, sans en dire plus.

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