Laurent Brun, le syndicaliste qui n'entendait pas abdiquer

L’un des visages les plus médiatiques de la grogne des cheminots de la SNCF est un benjamin du sérail. Élu en janvier 2017 à la tête de la CGT Cheminots, premier syndicat de l’entreprise, ce communiste lyonnais accumule depuis les faits d’armes.

On lui prête 1,90 mètre sous la toise ce qui en fait l’un des rares à pouvoir regarder Édouard Philippe dans les yeux. Si le Premier ministre a dû ajourner ce week-end son déplacement au Mali c’est un peu à cause lui, Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT des cheminots.

À l’heure où les Français se montrent divisés quant à leur soutien au mouvement de grève de la SNCF qui doit se poursuivre jusqu’au début de l’été, Laurent Brun assure qu’il ne sera pas l’homme qui enterrera une longue histoire d’acquis sociaux. Au sortir d’une réunion jeudi soir entre les syndicats et la ministre des transports, il s’est contenté de dire aux journalistes qui l’attendaient qu’ils allaient être "déçus" qualifiant le discours gouvernemental de "lunaire".

CV Express
  • 1979: naissance
  • 1997-1999: étude de biologie à l’Université Claude Bernard de Lyon 1
  • 2000: entre à la SNCF
  • 2005: détaché à la CGT Cheminots
  • Janvier 2017: élu secrétaire général de la fédération des cheminots
  • Février 2017: appelle à la grève le 2 février contre le forfait jours, les suppressions de postes et le "gel des salaires depuis trois ans"
  • 2018: signe le 31 mars un préavis de grève intersyndical

Laurent Brun est un fils et petit-fils de cheminots mais il a peu embrassé ce métier. Né en 1979 dans la région lyonnaise, il a d’abord usé ses pantalons sur les bancs de la faculté en entamant des études de biologie.

À la faveur des 35 heures, en 2000, il rejoint la SNCF avec 26.000 jeunes. Lui sera agent de manœuvre sur le chantier fret de Lyon-Perrache.

En 2005, il est détaché à plein-temps à la CGT Cheminots, devient trésorier du comité d’entreprise, puis secrétaire fédéral.

C’est un partisan du retour au monopole de l’État dans le rail et qui entend faire comprendre aux Français que le "morcellement et l’abandon au privé" ne sont pas une solution. Bien que le plan du gouvernement prévoie de ne toucher aux avantages des cheminots que pour les "entrants", l’homme s’offusque. Pour lui, "il n’y a pas de raison qu’à travail égal il n’y ait pas de droits égaux".

Syndicaliste en costume-cravate

Il n’est apparu sur les écrans radars des médias qu’en 2017. Le 20 janvier de cette année-là, il est en effet élu secrétaire général de la fédération des cheminots CGT lors d’un 43e congrès à Saint-Malo. Depuis l’annonce d’une vaste réforme de la SNCF on ne voit plus que lui, vent debout, inébranlable mais courtois. Sur les plateaux de télévision, les téléspectateurs ont pu découvrir un dialecticien calme, vertébré, s’exprimant avec une voix grave et profonde comparable à celle de l’acteur Jean-Pierre Marielle. En costume sombre, avec une cravate de couleur, il se détache de l’image traditionnelle du syndicaliste, tandis que son bouc lui confère un style de mousquetaire moderne.

Contacté par "L’Echo", un ancien secrétaire de section des cheminots estime qu’il "monte très vite en grade dans les médias", animé par ailleurs de la "conviction intime que son combat est juste". Lorsque la journaliste Ruth Elkrief lui demande sur le plateau de BFM TV ce qu’il a à dire aux usagers mécontents, il répond habilement que c’est vers le gouvernement, l’instigateur de la réforme, qu’ils doivent se tourner. Cela fait à peine plus d’un an qu’il est entré dans la partie, mais le débutant est déjà loin: à l’aise dans le dialogue, combatif dans la négociation. Dans le journal L’Humanité, au moment de son intronisation, il prévenait: "Je ne connais pas d’évolution sociale qui se soit faite sans rapport de forces" tout en soulignant qu’il ne croyait pas à un "syndicalisme apolitique". Tel est Laurent Brun, pas le genre à mettre de l’eau dans son vin.

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