Le Belge Chris Dercon, du théâtre du peuple au Grand Palais

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Hier, à Paris, le conseil des ministres a confirmé la nomination de Chris Dercon à la tête de la Réunion des musées nationaux Grand Palais (RMN-GP), premier opérateur culturel européen, avec 2,5 millions de visiteurs annuels.

Un temps pressenti pour prendre la baguette de la prochaine documenta 2019, l’ancien directeur de la Tate Modern à Londres – et avant cela à la tête de la Haus der Kunst à Munich – prendra ses quartiers à Paris. Cet ancien critique artistique du Standaard succède à Sylvie Hubac, énarque, directrice de cabinet de François Hollande, une insider, également ancienne directrice adjointe de cabinet de Jack Lang en 1992-1993. Dercon sera plus un directeur artistique et moins un administrateur que son prédécesseur.

Flamand et wallon

Celui qui se considère comme l’un des derniers "belgicistes, aux côtés de David van Reybrouck ou Dries van Noten", issu d’une génération qui a eu la chance d’adhérer aux deux cultures flamande et francophone, l’admet: cela "l’attriste" de voir les jeunes générations s’identifier comme flamands ou wallons.

Le profil
  • Né en 1958 à Lier
  • 1988: Directeur artistique du MoMa PS1, l’un des plus grands musées d’art contemporain américains
  • 1995: Commissaire du Pavillon des Pays-Bas à la 46e Biennale de Venise
  • 2003-2011: Directeur de la Haus der Kunst (Munich)
  • 2011-2015: Directeur de la Tate Modern (Londres)
  • 2015-2018: Volksbühne (Berlin). Membre du comité consultatif du Wiels

Son passage à la tête de la Volksbühne (théâtre mythique de Berlin) a été assez bref, si bien que nous n’avions pas eu le temps d’aller le rencontrer sur place. L’oiseau s’était envolé. La haute tradition d’un théâtre populaire ancré dans son quartier de Berlin-Mitte qui se "gentrifie" comme beaucoup, redoutait de voir sa particularité et sa vivacité culturelle diluées dans un mariage entre les arts plastiques et l’art de la scène, qui fleurit pourtant ailleurs.

Début 2018, il nous confiait ceci au sujet de la scène bruxelloise et du rôle des grands musées: "Je connais personnellement au moins une trentaine de collectionneurs belges de premier plan. Les collectionneurs belges, jeunes ou vieux, comptent parmi les plus curieux, les plus intelligents et les plus audacieux d’un univers de l’art mondialisé. Pourtant, un musée qui ne miserait que sur des collections privées, en exposition permanente ou temporaire, n’a pas de réel avenir."

L’avenir du musée public

Et d’ajouter: "Bruxelles manque cruellement d’un grand musée d’art moderne et contemporain. J’ignore si Kanal pourra combler ce manque. J’espère en tout cas que les uns et les autres sauront se garder de musées entièrement privés, non viables à long terme. Nos musées publics belges doivent être autorisés par les pouvoirs qui les financent à convaincre des collectionneurs privés de coopérer pour créer l’avenir du musée public… ensemble!"

Pour faire advenir le changement, complétait-il, il faut croire en l’avenir, "et je crois en l’avenir de l’art". Ce spécialiste de l’articulation entre arts anciens et art contemporain devrait trouver au Grand Palais un terrain de jeu à la hauteur de ses rêves. Même si Françoise Nyssen avait décidé, peu avant son départ, la fermeture pour rénovation de 2020 à 2023, la RMN-GP, ce sont une vingtaine d’expositions et un ample clavier, une agence photographique et, depuis 1934, une importante activité d’éditeur d’art.

Scouts en allemand
Il a appris l’allemand en intégrant les scouts d’Europe à Tervuren.

étron au bureau
En août 2017, Dercon eut le douteux privilège de trouver des "matières fécales germaniques" déposées à la porte de son bureau de la Volksbühne, le théâtre mythique de Berlin.

Luxe sportif
Il a un luxe: nager tous les matins à 6h30. Le préservera-t-il au Grand Palais?

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