Le Belge qui fait polémique à Berlin

La probable arrivée de Chris Dercon, actuel directeur de la Tate Modern, à la tête de la Volksbühne de Berlin divise les Allemands.

C’est un de ces "skandals" dont l’intelligentsia berlinoise raffole tant. L’arrivée probable du Belge Chris Dercon à la tête de la Volksbühne en… 2017 pour remplacer Frank Castorf en poste depuis 23 ans provoque une véritable tempête dans les milieux culturels de la capitale allemande. L’actuel directeur de la prestigieuse Tate Modern de Londres a pourtant un CV qui ferait pâlir bien des conservateurs…

Après des études d’histoire de l’art, de théâtre et de théorie du cinéma aux Pays-Bas, cet ambitieux et charismatique ancien critique d’art du quotidien flamand "De Standaard" a organisé plusieurs expositions au Benelux avant d’être nommé en 1988 au poste de directeur des programmes au PS1 dans le quartier new-yorkais de Queens qui est affilié depuis 2000 au MoMA. Deux ans plus tard, ce natif de Lierre, qui parle six langues, rentrera en Europe afin de prendre la tête du centre d’art contemporain Witte de With à Rotterdam.

Chris Dercon est né en 1958 à Lierre près d’Anvers

Il occupe le poste de directeur des programmes de 1988 à 1990 au MoMA PS1 à New York

Il restera ensuite treize années à Rotterdam, au centre d’art contemporain Witte de With puis au musée Boijmans Van Beuningen

Après huit années à la tête de la Haus der Kunst de Munich, il est nommé en 2011 à la direction de la Tate Modern de Londres

De 1996 à 2003, ce "jeune homme" de 56 ans est aux commandes du musée Boijmans Van Beuningen, situé lui aussi dans le plus grand port néerlandais. Cette période lui permettra d’agrandir cet espace grâce à l’appui des architectes gantois Robbrecht et Daem qui ont notamment travaillé sur le bâtiment des archives de la ville de Bruxelles. Mais son passage dans cet établissement fondé en 1849 ne laissera pas que de bons souvenirs. Loin de là.

"J’étais très malheureux au Boijmans et ils étaient très malheureux avec moi, a reconnu ce père de quatre enfants dans un entretien au magazine W. J’étais beaucoup trop jeune et inexpérimenté pour radicaliser une institution aussi rapidement." Ce spécialiste de l’art contemporain ne se fait en conséquence pas prier pour déménager en 2003 à Munich afin de prendre la direction de la Haus der Kunst. Pendant ses huit années dans la capitale bavaroise, il transformera un honnête musée provincial en un lieu mondialement reconnu pour la qualité de ses expositions.

Sa nomination à la Tate Modern, en 2011, aurait pu représenter son bâton de maréchal mais ce boulimique de travail ne rechigne jamais à relever de nouveaux défis. Et son arrivée à la Volksbühne représente sans aucun doute un challenge de taille. Il suffit de voir les polémiques soulevées par les rumeurs de son retour en Allemagne pour le comprendre…

Il l’avoue sans détour. Ses tentatives passées d’afficher sa "fibre créatrice" se sont soldées par de cuisants échecs. "J’étais vraiment, vraiment un mauvais artiste belge", expliquait Chris Dercon à ARTnews. Le patron de la Tate Modern se rappelle ainsi de sa "performance" durant laquelle il lisait sur scène des passages de l’ouvrage intitulé "Oxford Companion to Art" pendant qu’un groupe punk faisait des improvisations. L’échec fut aussi cuisant que bruyant…

Collages personnalisés

"Je les appelle mes collages, décrit le flamand au magazine W. Ils sont très, très importants pour moi. Une collection de choses que j’aime regarder chaque jour." Dans son bureau, le directeur de musée aime afficher aux murs des patchworks d’images qui lui tiennent à cœur. À Munich, une photo de Patti Smith côtoyait un portrait du Belge dans un tabloïd. À Londres, une citation du cinéaste Jean-Luc Godard rappelle que "les idées vagues doivent être confrontées à des images claires".

Les théâtreux s’offusquent ainsi de voir un "simple" commissaire d’exposition et non pas un metteur en scène prendre les commandes d’une des scènes les plus prestigieuses de la ville. Mais c’est surtout la politique culturelle du nouveau maire social-démocrate de Berlin, Michael Müller, qui est la cible des critiques de l’intelligentsia locale.

Le directeur du Berliner Ensemble âgé de 77 ans, Claus Peymann, juge que la nomination de Tim Renner au poste de secrétaire aux affaires culturelles de la capitale fédérale représente "la plus grosse erreur de casting de la décennie". Frank Castorf n’avait pas été plus tendre en pointant du doigt "l’ignorance" et le "manque de professionnalisme" de l’ancien patron d’Universal Music en Allemagne.

La ville qui est plombée par une dette de 62 milliards d’euros souhaite remettre de l’ordre dans sa politique culturelle. Chaque année, la mairie verse ainsi 107 millions d’euros aux théâtres. La Volksbühne reçoit à elle seule une enveloppe de 17 millions d’euros mais cette aide ne l’empêche pas de voir son public s’effriter d’année en année. Chris Dercon aura pour mission de renverser cette tendance. Bon courage…

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