Le cap sur les médias avec Dailymotion

Le milliardaire français s’offre la plateforme vidéo Dailymotion et confirme l’ambition de Vivendi de devenir un acteur majeur dans les médias numériques.

Vincent Bolloré dans les pas de Jean-Marie Messier? Treize ans après le départ fracassant de Jean-Marie Messier de la tête de Vivendi, son successeur Vincent Bolloré renoue avec les ambitions d’antan du groupe de communication.

En s’offrant, pour 217 millions d’euros, 80% du capital de Dailymotion, Vincent Bolloré signe sa première acquisition dans les contenus vidéo en ligne et confirme sa volonté de hisser Vivendi en tête des groupes médias mondiaux.

Né le 1er avril 1952 à Boulogne-Billancourt (92).

1970 Diplômé d’un DESS de droit des Affaires à l’Université Paris X Nanterre.

1976 Rejoint la compagnie financière Edmond de Rothschild.

1981 Rachète pour 1 franc la papeterie familiale en faillite et devient PDG du groupe Bolloré.

2005 Lance la chaîne de télévision Direct 8.

2007 Lance le journal gratuit "Direct Matin".

2013-14 Devient vice-président du conseil de surveillance de Vivendi après avoir cédé à Cana+ ses deux chaînes de télévision D8 et D17.

2014 Cède le groupe de téléphonie mobile SFR à Altice (Patrick Drahi) et est promu président du conseil de surveillance de Vivendi.

"Pour Vivendi, l’acquisition de Dailymotion constituerait une nouvelle étape majeure dans la construction d’un groupe industriel mondial, champion français des médias et des contenus", souligne sans ambiguïté le communiqué du groupe publié mardi. Clin d’œil de l’histoire, le texte reprend, mot pour mot, une terminologie chère à Jean-Marie Messier.

Une stratégie offensive

L’opération ne devrait rencontrer aucun obstacle. Le gouvernement Valls applaudit déjà le principe d’une solution franco-française. C’est ce même gouvernement qui s’est opposé, la semaine dernière, à la vente de Dailymotion par le groupe hong-kongais PCCW, après avoir déjà mis, en 2014, son veto aux velléités du portail américain Yahoo! Pour Orange, qui avait mis fin à de premiers pourparlers avec Bolloré en 2013, c’est aussi l’occasion de se débarrasser — enfin — d’un actif encombrant nécessitant de très lourds investissements.

Pour Vincent Bolloré, c’est l’occasion aussi, à dix jours d’une assemblée générale annuelle cruciale de Vivendi, de rassurer ses actionnaires sur sa stratégie. Depuis un mois, l’homme d’affaires de 63 ans se montre très offensif.

Il a plus que doublé sa participation au capital (de 5,15% à 12,01%) et conforté sa place de premier actionnaire, au grand dam de plusieurs actionnaires spéculatifs. Les fonds américains PhiTrust et Psam s’inquiètent, en effet, de cette montée en puissance alors que le titre reste, à leurs yeux, sous-évalué. Ils prônent le versement de dividendes spéciaux supérieurs à ceux prévus par l’homme d’affaires et président du conseil de surveillance de Vivendi (9 milliards au lieu des 5,7 milliards d’euros proposés), pour racheter des titres, gonfler le cours et favoriser leur retour sur investissement.

Créer un géant des médias digitaux

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Une stratégie aux antipodes de Vincent Bolloré. À la tête du conseil de surveillance de Vivendi depuis un an, il multiplie les cessions, afin de réorienter Vivendi vers ses premiers amours, les médias.

L’homme a les moyens de ses ambitions depuis qu’il a vendu, il y a tout juste un an, SFR à Altice (Patrick Drahi). Aujourd’hui la trésorerie de Vivendi s’élèverait à un peu moins de 15 milliards d’euros. Et les rumeurs vont bon train. Selon l’agence Reuters, le groupe s’intéresserait à Sky, le géant britannique de la télévision payante évalué à… 23 milliards d’euros. L’entourage du groupe français a formellement démenti, hier, cette information qui n’en reste pas moins crédible et conforme à ses nouvelles ambitions…

Présent dans les transports, la logistique, l’énergie et même l’automobile — l’Autolib’, c’est lui! —, Vincent Bolloré est un touche-à-tout, fier de ses racines bretonnes et de la manufacture de papiers créée en 1822 par ses ancêtres. Malgré l’incroyable diversification du groupe au fil des ans, l’homme semble n’avoir aujourd’hui qu’une ambition, celle de bâtir un géant des médias numériques, comme un prolongement logique de la tradition papetière familiale.

Le milliardaire veille au grain et rien ne lui échappe. Le maire PS de Quimper, Bernard Poignant, proche de Vincent Bolloré comme de François Hollande, se souvient de la visite du président, en septembre 2013, dans la nouvelle usine de batteries du groupe familial à Ergué-Gabéric (Finistère). L’industriel breton s’est occupé de tout: de la liste des invités jusqu’au menu servi à table. C’est même lui qui a pensé à commander un bagad (NDLR: ensemble de musique traditionnelle bretonne) pour saluer l’arrivée du président de la République.

Un proche de Sarkozy

L’anecdote a viré à la polémique le 8 mai 2007. À l’issue d’une campagne présidentielle éreintante, Nicolas Sarkozy, tout juste élu président, est parti se reposer quelques jours sur le Paloma, le yacht de 60 mètres de son meilleur ami, Vincent Bolloré, prêté pour l’occasion. La mini-croisière de trois jours au large de l’île de Malte se voulait discrète, mais elle a très vite fait la Une des journaux, pointant du doigt les goûts luxueux du nouveau président "bling-bling".

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