Le chapeau Borsalino, ces petites choses qui font la grande Italie

Un patron peu scrupuleux avait plongé le chapelier italien Borsalino dans la tourmente. Mais un investisseur italo-suisse, Philippe Camperio, est aujourd’hui bien décidé à relancer cette marque mythique.

Depuis 1857, le chapeau en feutre Borsalino, un symbole d’élégance et de luxe à l’italienne, représente dans l’imaginaire collectif un accessoire incontournable qui dépasse les saisons et les modes. Conçu par l’entrepreneur Giuseppe Borsalino, ce chapeau est tellement apprécié que, peu avant la Première Guerre mondiale, la petite usine d’Alexandrie, au Piémont, en produit déjà 2 millions par an.

Un succès né presque par hasard mais fondé sur les secrets qui sont toujours à la base du "Made in Italy": l’utilisation de matières premières locales – dans ce cas, les poils de lapin ou de lièvre de la région – une manufacture artisanale que la modernité ne réussit pas à altérer, le sens des formes, des matériaux et, surtout, du détail.

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Propulsé par le cinéma et les gens du spectacle à travers le monde, les banquiers de la City de Londres ou encore les dandys des capitales européennes, ce feutre prestigieux – dont les modèles se déclinent pour une clientèle masculine mais aussi féminine – est pour toujours associé au regard espiègle de Jean-Paul Belmondo et d’Alain Delon dans le film Borsalino de 1970.

Il s’agit d’un parcours entrepreneurial familial caractéristique de l’Italie du Nord: la famille Borsalino et sa réussite s’enchevêtrent avec le développement de la région et l’alimentent. La dynastie fortunée contribue, par exemple, à la construction de l’aqueduc, de l’hôpital et du sanatorium d’Alexandrie.

Le récent krach financier qui frappe cette marque légendaire est donc un coup de tonnerre dans un ciel serein. Cette débâcle n’est pourtant pas due au fonctionnement de la société Borsalino mais est entraînée par les graves malversations de son principal actionnaire, qui génère en Italie un trou total de 3,5 milliards d’euros.

Le chapelier vacille et poursuit courageusement sa production. En 2015, le chiffre d’affaires est encore de 15,5 millions d’euros mais les investisseurs et les fournisseurs sont alarmés.

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Et c’est alors que fait son apparition celui que tous considèrent aujourd’hui comme le nouveau "Monsieur Borsalino", un sauveur discret mais habité par la passion de la marque et de son histoire. En raison d’un véritable "coup de cœur", l’homme d’affaires italo-suisse Philippe Camperio, propriétaire du fonds d’investissement Haeres Equita, est prêt à relancer la société qui, l’année prochaine, fêtera ses 160 ans.

"La relance de Borsalino passera sûrement par une première phase qui veut effacer les années difficiles et redonner à cette marque la grandeur qui l’a toujours caractérisée", nous explique Philippe Camperio.

Pour y réussir, il met sur la table des ressources importantes (aussi d’ordre personnel), un plan de restructuration qui ne prévoit pas de licenciements mais plutôt une augmentation de la production (de 150.000 à 220.000 chapeaux par an), et surtout la volonté de préserver l’aura et la dynamique locales de Borsalino.

"Nous voulons aussi rajeunir notre produit, lui donner une allure plus trendy, maintenant que ce chapeau est si à la mode. Nous voulons donc conquérir de nouveaux segments de marché, notamment les jeunes, et ajuster la collection ‘Femme’ qui, aujourd’hui, fait partie intégrante de l’univers Borsalino", ajoute Camperio.

Un chapeau de cinéma

Dans le film culte Casablanca, l’acteur américain Humphrey Bogart porte pour la première fois, aux écrans du cinéma, un Borsalino. Commence ainsi une véritable histoire d’amour, qui dure encore, entre le 7e Art et ce chapeau…

Le feutre entre au musée

Au printemps 2006, Borsalino devient un musée. Voulu par la société et les autorités de la ville d’Alexandrie, ce musée de 400 mètres carrés met en scène pour les visiteurs deux mille modèles de ce feutre historique.

 

Le profil
  • 4 avril 1857, le premier modèle de chapeau Borsalino voit le jour, à Alexandrie, au Piémont
  • Reçoit le "Grand Prix" à l’Exposition universelle de Paris en 1900 et à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1910
  • En 1982, le chanteur américain Michael Jackson, met un Borsalino lors de la vidéo pour sa chanson Billie Jean et commencera à en porter souvent pendant ses concerts.
  • 24 avril 2015, l’entrepreneur Marco Marenco, à l’origine de la débâcle financière qui a aussi entraîné la société Borsalino, est arrêté à Lugano

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