Le grand manitou des "Buffalos"

Discret mais efficace, Ivan De Witte est l’homme qui se cache derrière les succès de La Gantoise. Après avoir bluffé la Belgique footballistique en mai dernier, les "Buffalos" viennent de récidiver, mais cette fois aux yeux de l’Europe, en venant à bout de plusieurs clubs bien plus huppés.

"Je n’arrive pas y croire!" Mercredi, sur le coup de 22h30, Ivan De Witte, le président de La Gantoise, ne rêve pourtant pas. Les "Buffalos" sont devenus le premier club belge, depuis Anderlecht il y a 15 ans, à s’extirper des poules de la très lucrative Ligue des Champions.

Qu’il est loin ce jour du printemps 1999 où, alors à la tête d’un important cabinet de recrutement, il est approché pour reprendre la présidence de ce club à la dérive. Cette année-là, La Gantoise termine au milieu de classement de la D1. Deux ans plus tôt elle avait frôlé la relégation en D2. Côté financier, le club est au bord de la faillite. Ivan De Witte ne se lasse d’ailleurs pas de raconter cette histoire. Quand il arrive, les dettes s’élèvent officiellement à 10 millions d’euros. Mais un audit de KPMG révèle que l’ardoise s’élève en réalité à 23 millions, pour moins de six millions de revenus. Ivan De Witte relève le défi. Il connaît la ville comme sa poche. Il est né à deux pas de là et y a effectué ses études. Ce n’est pas une ville de foot comme Bruges ou Liège. Elle est plutôt bourgeoise et intello-bobo. Mais il est impensable que la 3e ville du pays ne possède pas de grand club.

Une vie dédiée aux RH

Fils de commerçants en viande, Ivan De Witte est licencié en psychologie industrielle. Il a fait toute sa carrière dans les RH. D’abord assistant à l’université de Gand, il a travaillé dix ans au département des ressources humaines de Sidmar. Il y a rencontré Maarten Morel avec lequel il a créé son propre cabinet de recrutement. RH, entrepreneuriat, gestion...: La Gantoise doit beaucoup de sa réussite au parcours de son président.

L'architecte

Pour redynamiser le championnat de foot et générer davantage de droits télé, Ivan De Witte, alors président de la Ligue professionnelle de football, initie en 2009-10 le système des play-offs. Très contesté à ses débuts pour son côté alambiqué, le système a permis à… La Gantoise de remporter le titre en mai dernier, car à l’issue de la saison régulière, le club était 2e derrière le FC Bruges!

©Thomas De Boever

Grâce à son sens du relationnel, Ivan De Witte entre dans les bonnes grâces de la banque VDK et de la ville de Gand. La première approuve un plan d’apurement de longue durée, injecte du cash dans le club et devient son sponsor. La seconde lui rachète son vieux stade. Dès 2006, le club regagne de l’argent et, en 2012, il n’a plus de dettes. Une gestion rigoureuse et une politique de transferts exceptionnelle en font un modèle de gestion sportive. Mais il manque un étage à la fusée: un stade moderne et multifonctionnel. Ce projet, Ivan De Witte y songe depuis dix ans. Psychologue de formation, il a bien senti que pour attirer au foot un nouveau public, plus familial, et générer ainsi de nouveaux revenus, il faut des infrastructures adaptées. Une étude KPMG, faisant le lien entre stade moderne et rentrées financières, achève de le convaincre. Il va alors remuer ciel et terre pour qu’il voie le jour. Via un partenariat public-privé incluant la ville, le club et le groupe Ghelamco, un stade flambant neuf de 20.000 places voit le jour à l’été 2013. La suite, on la connaît: un public qui répond présent, un titre de champion trois ans plus tôt que prévu, des performances en Ligue des Champions et des revenus qui explosent. L’exploit de mercredi va gonfler les caisses de plus de 22 millions et lui permettre de titiller Anderlecht et Bruges.

©Photo News

Ce modèle de gestion suscite l’admiration un peu partout. Paul Gheysens, le patron de Ghelamco, qui a bâti le stade et qui y a implanté ses bureaux, ne tarit pas d’éloges: "Ce titre de champion, c’est son mérite, c’est un homme incroyable", nous disait-il l’été dernier. Sans avoir l’air d’y toucher, Ivan De Witte semble faire l’unanimité. Jamais un mot plus haut que l’autre, et un sens du bien commun reconnu de tous. "J’ai beaucoup de respect pour ce grand dirigeant, confie Pierre François, le CEO de la Pro League, l’association des clubs professionnels. Lorsque je dirigeais le Standard, il était président de la Pro League; nous avons eu des différends, notamment sur les droits télévisés, mais avec son sens de la diplomatie, il parvenait toujours à amortir les conflits et à arriver à des accords." Pour Pierre François, la gestion d’Ivan De Witte est l’exemple à suivre. Ceci pour trois raisons: "Un: il n’a pas eu peur du défi; deux, il a su s’entourer de quelqu’un de complémentaire à lui, le manager Michel Louwagie, pour rebâtir le club lentement mais sûrement. Et trois: il a su garder la foi, car il y a 18 mois, La Gantoise disputait encore les play-offs 2!"

Et de la foi, il lui en a fallu. Ivan De Witte a été atteint en 2012 par un drame personnel: la perte de son fils. Un fils à qui il a tout naturellement dédié le triomphe de mai dernier.

  • Naissance en 1947
  • Master en psychologie industrielle à l’Université de Gand
  • Manager RH chez Sidmar (aujourd’hui ArcelorMittal) à Gand
  • Crée en 1982 le bureau de recrutement De Witte & Morel, aujourd’hui aux mains de l’Américain Hudson. Il en est toujours le CEO pour la Belgique et président pour l’Europe.
  • Président de la Gantoise depuis 1999

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