Le héros de l'Egypte au seuil de la dictature

L’homme fort de l’Egypte a inauguré avec faste les travaux du Canal de Suez, un investissement de 10 milliards de dollars pour relancer l’économie du pays. Il a déjà réussi son premier pari, sauver le pays du piège de l’islamisme. Sa personnalité reste cependant énigmatique.

Avec son penchant pour les lunettes noires et la silhouette un peu raide, comme bon nombre de ses prédécesseurs, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi ne laisse pas transparaître grand-chose. Même lorsqu’il prend lui-même la conduite des opérations sur un ancien yacht de l’Empire français, jeudi dernier lors de l’inauguration fastueuse de l’élargissement du Canal de Suez.

L’homme qui dirige l’Egypte d’une main de fer est avide de reconnaissance internationale depuis son coup d’État en 2013. Peu de gens, toutefois, le connaissent réellement.

Fils de commerçant du Caire, né en 1954 dans un vieux quartier islamique, al-Sissi est imprégné de culture anglo-saxonne. Il a étudié dans une académie militaire britannique et parfait sa formation aux Etats-Unis, où il rédigea un mémoire… sur la Démocratie au Moyen-Orient. Un parcours fidèle à la décision du président Anouar el-Sadate de quitter le giron de l’URSS pour se rapprocher des Etats-Unis.

Le président égyptien n’est pas réputé pour son respect des droits de l’homme. Dès son arrivée au pouvoir, bon nombre d’opposants seront mis en prison. Certains seront tués. Les ONG étrangères seront malmenées. La presse égyptienne fera l’objet de censures.

Après une carrière militaire fulgurante, Abdel Fattah al-Sissi devient chef des services de renseignement de l’armée égyptienne. C’est ce poste clé qu’il occupe en 2011, lors de la chute du président Moubarak.

Un an plus tard, il est nommé ministre de la Défense par le président Mohamed Morsi, un islamiste proche des Frères Musulmans, très vite accusé par une grande partie de la population de vouloir déstabiliser l’Egypte.

L’incapacité de Morsi à juguler les violentes manifestations de rue et à ramener le calme en Egypte pousse al-Sissi à exiger son abdication le 3 juillet 2013.

Face aux Frères musulmans, qui tentent de déstabiliser l’Egypte depuis plus de 80 ans, al-Sissi se montre intraitable. Un grand nombre d’islamistes sont arrêtés. Cette décision évitera probablement à l’Egypte de connaître le sort d’autres États traversés par le Printemps arabe.

Ennemi des islamistes

Abdel Fattah al-Sissi, musulman pratiquant, ne porte pas les islamistes dans son cœur. Lors des manifestations en 2013, il a fait arrêter le président Morsi pour son implication dans une attaque contre la police imputée au Hamas. Jeudi, lors de l’inauguration de l’extension du Canal de Suez, il a promis de défaire les djihadistes égyptiens de l’État islamiste.

Fin stratège

Diplômé de plusieurs écoles militaires, al-Sissi est réputé pour sa maîtrise de l’art de la guerre. Mais l’une de ses stratégies la plus réussie à ce jour est dans l’art de la communication politique. Lors des élections présidentielles, il réussit à déclencher dans la rue un véritable engouement en sa faveur.

Sa décision de faire appel à l’armée lors des manifestations l’a cependant mis en froid avec les Etats-Unis, auxquels il reproche de soutenir les Frères musulmans. Une situation qui le poussera à se rapprocher peu à peu de Vladimir Poutine.

En janvier 2014, un gouvernement de transition le promeut maréchal, le plus haut grade de l’armée. Peu de temps après, il démissionne de son poste au Conseil suprême des forces armées et présente sa candidature aux présidentielles de 2014. Pour bon nombre d’observateurs, il est déjà depuis un certain temps le dirigeant de fait de l’Egypte.

Héros du peuple, pour avoir stabilisé le pays, en deviendra-t-il un jour le dictateur? Les libertés sont encore loin d’être protégées en Egypte, en particulier celles de la presse et de l’opposition.

©EPA

La fonction qu’il exerçait au sein du Conseil suprême des forces armées lui avait permis de jouer le rôle d’officier de liaison avec tous les partis politiques. Un poste idéal pour apprendre à connaître les réseaux et les personnalités de la scène politique égyptienne. Le jour où il accède à la présidence de la République d’Egypte, al-Sissi a une connaissance parfaite des rouages du pouvoir, contrairement à son prédécesseur.

L’élection d’al-Sissi n’a pas posé de grand problème. Une bonne partie de la population lui était acquise, en raison du rôle qu’il a joué pour stopper net l’islam politique. Du reste, ses adversaires politiques avaient prévu de se désister en sa faveur s’il n’était pas élu.

La communication. Voilà un des autres atouts d’al-Sissi. Dès son accession à la présidence, il engage une agence de communication. Il soigne son image, tout en restant discret sur ses origines. Lors de ses discours, il utilise les mots du peuple, sans jamais hausser le ton.

S’il est un ennemi de l’islamisme, en combattant le Hamas et les djihadistes, il est aussi un musulman pratiquant et sa femme porte le voile en public. Progressiste, il estime que la religion doit rester distincte de l’État.

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