Le Kaiser aux pieds d'argile

Les enquêtes visant l’ancienne idole du football allemand se multiplient.

Le trône du Kaiser commence à dangereusement vaciller. Franz Beckenbauer est une véritable icône en Allemagne. Mais l’ancien libéro et fils de postier se retrouve aujourd’hui au milieu d’un cyclone qui pourrait ébrécher la statue de Commandeur qu’il a mis plusieurs décennies à ériger.

Le "Kaiser" a perdu, au mois d’août, un de ses fils. Stephan Beckenbauer a succombé à une tumeur au cerveau à l’âge de 46 ans. Ancien footballeur professionnel d’un niveau moyen, ce père de trois enfants a entraîné les moins de 17 ans du Bayern avant de devenir recruteur pour le club bavarois. Il a notamment repéré Bastian Schweinsteiger et Thomas Müller.

La police allemande a perquisitionné, hier, le siège de la fédération allemande de football, la DFB, dans le cadre d’une enquête liée à l’attribution de la Coupe du monde 2006. Les domiciles du président de la DFB, de son prédécesseur et de son ancien secrétaire général ont également été fouillés par une cinquantaine d’enquêteurs. Le parquet de Francfort affirme avoir ouvert une enquête liée "au transfert de 6,7 millions d’euros du comité d’organisation de la fédération allemande de football à la Fifa".

L’hebdomadaire "Spiegel" affirme que ces fonds ont été utilisés pour acheter le soutien de quatre représentants asiatiques de la Fédération internationale. Si Franz Beckenbauer, qui présidait le comité d’organisation du Mondial 2006, a admis une "erreur" dans une déclaration écrite le 26 octobre, il assure toutefois qu’il n’y a "pas eu de voix achetées" dans cette affaire pour le moins trouble.

"J’ai une méthode particulière pour demeurer au top niveau: l’injection de mon propre sang", avait expliqué Franz Beckenbauer en 1977 au magazine Stern. "Plusieurs fois par mois, mon ami Manfred Koehnlechner me fait une prise de sang à un bras pour injecter ce même sang dans une fesse. Le nombre des globules blancs, et surtout celui des globules rouges, se multiplie alors et des forces de résistance sont ainsi mobilisées dans l’organisme." Le libéro expliqua aussi à la ZDF qu’il avait eu pendant toute sa carrière "des injections de vitamines" et qu’il n’avait aucune idée des produits que les médecins lui avaient donnés.

Le nom du vainqueur de la Coupe du monde en 1974, qui est un des deux seuls anciens joueurs avec le Brésilien Mario Zagallo à avoir aussi remporté ce trophée en tant qu’entraîneur, apparaît dans un second dossier tout aussi compromettant. Selon le journal britannique "Mail on Sunday", le "Kaiser", qui était alors président du Bayern Munich, aurait organisé le transfert de 230.000 euros au bénéfice de la Fédération maltaise de football cinq semaines avant que son président, Josef Mifsud, ne vote en faveur de l’Allemagne lors du scrutin pour l’organisation de la Coupe du monde de 2006.

Affaires troublantes

Cette épaisse enveloppe était supposée aider ce petit pays à organiser un match amical entre son équipe nationale et l’actuel tenant du titre de la Bundesliga. Mais une clause de ce contrat stipulait qu’il devait rester secret. "Donnez-moi une bonne raison pour laquelle le Bayern voudrait aller à Malte, payer tous ses frais et nous donner un quart de million avant de partir, s’est emporté l’actuel président de la Fédération maltaise, Norman Darmanin Demajo. C’est une insulte à mon intelligence."

Beaucoup l’ont oublié mais le Kaiser a mis du temps à décrocher son premier ballon d’or. Troisième en 1966, quatrième les deux années suivantes, septième en 1969 avant de se retrouver à nouveau quatrième et de glisser à la cinquième place, le libéro aux 103 sélections obtiendra finalement son premier ballon d’or en 1972 et il devra attendre quatre années supplémentaires pour recevoir une nouvelle fois le trophée du magazine "France Football".

La presse allemande a également révélé ces dernières années d’autres affaires troublantes autour du vote de la Fifa concernant le Mondial de 2006, un scrutin que l’Allemagne a remporté à l’arraché en juillet 2000 à Zurich par 12 voix contre 11 en faveur de l’Afrique du Sud. Une semaine avant cette "élection", le chancelier Gerhard Schröder avait levé un embargo contre les ventes d’armements vers l’Arabie Saoudite. DaimlerChrysler avait, quant à lui, signé un juteux contrat avec Hyundai, un groupe dont l’un des fils du fondateur siégeait au comité exécutif de la Fifa. Volkswagen et Bayer avaient, pour leur part, annoncé des investissements en Thaïlande et en Corée du Sud, deux pays qui pouvaient voter en faveur de l’Allemagne.

Le Kaiser est pour l’instant parvenu à ne pas être éclaboussé par cette déferlante de nouvelles pour le moins compromettantes qu’il n’a jamais souhaité commenter. Mais le triple vainqueur de la Coupe d’Europe des Champions, aura peut-être plus de mal à rester aussi silencieux devant les policiers…

  • 11 septembre 1945 Naissance à Munich
  • 1959 Le Bayern Munich lui fait signer son premier contrat. Il restera dans ce club jusqu’en 1977 et remportera quatre titres de Champion d’Allemagne
  • 1972 Champion d’Europe avec la RFA
  • 1974 Champion du monde
  • 1977 Départ aux États-Unis où il jouera pour les Cosmos de New York
  • 1990 Entraîneur de l’équipe d’Allemagne, championne du monde.

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