Le loup de la City lance sa consultation

Le Britannique Jonathan Hill, commissaire européen aux Service financiers, a lancé hier une consultation auprès des entreprises et des consommateurs européens. Un test "grandeur nature" pour cet eurosceptique.

Le jour de son audition au Parlement européen, aux fins de décrocher son maroquin de commissaire aux Services financiers, Jonathan Hill s’imaginait déjà trônant dans l’exécutif. Il n’en fut rien. Ce conservateur britannique, ancien président de la Chambre des Lords, ne se doutait pas qu’il serait recalé sèchement lors du premier tour. Sa rhétorique de Lord avait convaincu. Las, comme il le reconnut lui-même, son manque de connaissance des affaires financières européennes était avéré. Il ne sut donner de réponse concrète sur certains sujets épineux, comme les marchés de capitaux, le système de garantie des dépôts ou encore la réglementation du système bancaire parallèle.

  • Né en 1960, Jonathan Hill a étudié l’histoire au Trinity College de l’université de Cambridge.
  • Il sert aux côtés de John Major (1992-1994), avant d’entrer chez BPP Communications et de diriger Quiller Consultants (1998).
  • Il est nommé sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement (2010) et puis président de la Chambre des Lords (2013) avant de devenir commissaire européen (2014).

La seconde audition fut la bonne et, par la magie d’un accord entre les libéraux du PPE et les sociaux-démocrates (S&D), il put intégrer la Commission Juncker.

Jonathan Hill est membre du groupe des Conservateurs réformistes européens (ECR), des eurosceptiques. Son manque de vision européenne passe mal auprès du Parlement.

Un an après sa nomination, il lançait hier une grande consultation auprès des consommateurs et des banques pour améliorer l’accès des Européens aux services financiers partout en Europe.

L’exercice fut présenté avec brio, l’homme a du bagout et le verbe fleuri. Mais la concrétisation de cette politique reste un point d’interrogation que le commissaire Hill s’est abstenu d’effacer.

Jonathan Hill, Commissaire européen à la Stabilité financière. ©EPA

Tout au plus a-t-il donné rendez-vous à l’été prochain pour découvrir un plan d’action. Avec ou sans législation? Nul ne sait. Jonathan Hill avait promis, lors des auditions, de défendre sans relâche son engagement européen. Il mérite, aujourd’hui encore, le bénéfice du doute quant à sa volonté de mener à bien un projet politique européen.

Incongruité

Conservateur

Jonathan Hill a commencé sa carrière en 1985, dans le département de recherche des Tories, le parti conservateur britannique. Il a dirigé le cabinet politique du Premier ministre John Major de 1992 à 1994, durant les négociations du Traité de Maastricht.

Homme d’affaires

Fondateur et ancien directeur du bureau privé Quiller Consultants, Jonathan Hill détient aussi une participation dans Huntsworth, une société internationale de relations publiques cotée à la Bourse de Londres.

Nommé pair à vie, le baron Hill of Oareford n’a rien de l’europhile convaincu. Il est même l’inverse. Le commissaire européen, supposé incarner la légitimité de l’Europe, est membre du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), des eurosceptiques. Sa présence au sein de l’exécutif est une incongruité. Une bizarrerie qui résume à elle seule l’ambiguïté qui caractérise les relations "amour-haine" entre le Premier ministre britannique David Cameron, inventeur du "Brexit", et le projet d’union européenne.

Son profil de technocrate laisse songeurs certains observateurs. Âgé de 55 ans, Jonathan Hill n’est pas que politicien. Il est aussi un ancien lobbyiste de la City de Londres. Il a fondé, dès 1998, son bureau Quiller Consultants. Sur ce point, bon nombre de députés se demandent si sa place est bien aux commandes de la régulation du secteur financier. Il est "le loup de la City dans la bergerie européenne", avait averti le Belge Philippe Lamberts, le vice-président des Verts européens.

C’est là tout le paradoxe entre la culture politique continentale et celle que certains sujets de sa Gracieuse Majesté ont pour coutume de pratiquer. Un mélange d’affaires et de chose publique parfois contradictoires.

Jonathan Hill jouit d’un parcours politique bien réel. Il a débuté comme assistant du Premier ministre John Major, qui était lui aussi eurosceptique chevronné et ancien banquier, avant de diriger son cabinet politique (1992-1994). Durant la même période, un certain David Cameron officiait comme conseiller spécial du ministre des Finances. Deux frères d’armes pragmatiques.

Vingt ans plus tard, Cameron envoyait Hill siéger à la Commission européenne.

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