Le mauvais rêve français de "Monsieur Rik"

Près de dix ans après avoir envahi la France, Roularta s’apprête à battre en retraite. Le groupe flandrien s’apprête à céder au nouveau mogul des médias, Patrick Drahi, son empire français. C’est sans doute le premier vrai échec de Rik De Nolf, dans une carrière jusqu’ici rectiligne.

Alors qu’il entendait en garder les titres les plus rentables, Rik De Nolf a dû se résoudre, jeudi, à céder l’ensemble de ses activités françaises au nouveau magnat des médias, Patrick Drahi, patron de SFR et de Numericable (L’Echo de vendredi).

Pour Rik De Nolf, c’est là le premier échec d’envergure dans une carrière linéaire depuis son arrivée précipitée à la tête du groupe en 1981, suite au décès de son père Willy. Cet avocat au barreau de Courtrai fonda le groupe en 1954, après s’être porté garant pour deux hebdomadaires locaux menacés de faillite.

 

  • 1949 Naissance à Roulers. Rik De Nolf est marié, il a 4 enfants et est licencié en droit des universités d’Anvers et de Gand
  • 1972 Entre chez Roularta.
  • 1981 Devient administrateur-délégué du groupe
  • 1998 Roularta entre en Bourse
  • 2006 Rachat du groupe L’Express-L’Expansion à Serge Dassault
  • 2015 Cession des activités françaises à l’homme d’affaires Patrick Drahi

La suite est connue, Willy De Nolf développa une prospère imprimerie de toutes-boîtes avant de se diversifier dans la presse magazine, en s’inspirant des news magazines américains.

C’est dans cette atmosphère sentant bon l’encre et le papier que Rik De Nolf fut élevé. Jeune avocat, il entra dans l’entreprise familiale en 1972. Moins de dix ans, après il en était le patron, bâtissant son empire autour de la villa familiale, aujourd’hui encerclée par une gigantesque imprimerie. Son premier lancement d’envergure fut "Le Vif", en 1983, qui devait être le pendant francophone du "Knack".

Ce fut le début de la politique de joint-ventures chère à Rik De Nolf: avec "L’Express" qui transforma "Le Vif" en "Le Vif-L’Express"; Bayard pour le magazine pour seniors "Notre Temps" (aujourd’hui "Plus Magazine"); et l’hebdo télé "Telepro", De Persgroep (et d’autres éditeurs flamands au départ) pour lancer VTM qui marqua les débuts de Roularta dans l’audiovisuel.

1998, fut l’année de la consécration: Rik De Nolf fit entrer Roularta en Bourse de Bruxelles. De quoi financer l’expansion à l’étranger: aux Pays-Bas, en Allemagne, en Slovénie, en Croatie et, surtout, en France. A priori, "le" coup de sa carrière avec, en 2006, le rachat à la famille Dassault du prestigieux groupe L’Express-L’Expansion.

Roularta, c’est un véritable empire familial. Marie-Thérèse De Nolf, la mère de Rik, est toujours bon pied bon œil et veille sur le destin de l’empire. La fille de Rik De Nolf, Katrien, est directrice des ressources humaines.Le mari de cette dernière, Xavier Bouckaert, est COO et présenté comme son successeur. Un des fils de Rik, William De Nolf, et en charge de l’IT et des nouveaux médias.Tandis qu’un autre de ses fils, Francis, est administrateur du groupe.

Une acquisition qui se révélera impossible à digérer pour Rik De Nolf. Lui qui avait investi en France pour faire tourner son imprimerie n’est jamais parvenu à en tirer parti, victime à la fois d’un mauvais timing (peu après ce rachat, la crise financière éclatait) et de l’establishment parisien qui n’a jamais considéré cet austère homme d’affaires flamand comme un des siens. Aujourd’hui, Roularta quitte la France contre un chèque de 50 à 70 millions. Une misère par rapport au 220 millions d’euros injectés mais qui rend encore plus pertinente la petite phrase lancée quelques années plus tôt par le Rik De Nolf: "Roularta est trop grand pour la Belgique et trop petit pour l’Europe".

Cette opération pourrait être la dernière de Rik De Nolf qui a placé les membres de sa famille à différents postes clés de la société. Son gendre Xavier Bouckaert, mari de sa fille Katrien (DRH du groupe), est pressenti pour lui succéder. "Une possibilité", dit-il. Reste à voir quand il se retirera. Mais, âgé aujourd’hui de 65 ans, il ne restera plus aux commandes au-delà de 70 ans.

"Monsieur Rik", comme on l’appelle familièrement dans les couloirs du siège du groupe à Roulers, pourra alors mieux profiter de son goût pour le golf et du calme du château familial acquis dans les années quatre-vingt dans la Somme.

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