Le nouvel homme fort de VW

Le conseil de surveillance de Volkswagen devrait désigner ce vendredi le patron de Porsche, Matthias Müller, comme successeur de Martin Winterkorn à la tête du groupe.

"Je suis un joueur d’équipe sociable qui tente de faire passer ses décisions d’une manière harmonieuse et collégiale. Mais je n’aime pas qu’on discute sans fin des choses."

Proche, très proche, trop proche? La nomination de Matthias Müller à la tête de Volkswagen ne représenterait pas une énorme surprise. Le patron de Porsche depuis 2010 fait en effet partie des favoris parmi les prétendants possibles à la succession de Martin Winterkorn. Ce Saxon né Limbach-Oberfrohna près de Zwickau dans l’ancienne RDA connaît parfaitement le premier constructeur mondial. Il y a fait en effet toute sa carrière.

Après ses études secondaires à Ingolstadt, le jeune homme, qui est "passé à l’ouest" à l’âge de trois ans avec ses parents, rejoint "tout naturellement" le principal employeur de la ville bavaroise: Audi. Son apprentissage lui permet de devenir outilleur en 1972 mais son ambition le pousse à passer son bac l’année suivante afin de rejoindre les bancs de l’école pour étudier l’informatique à l’Université de sciences appliquées de Munich (FH Munich).

  • 9 juin 1953: Naissance à Limbach-Oberfrohna, dans l’ancienne RDA
  • 1956: Ses parents passent à l’ouest pour s’installer à Ingolstadt
  • 1978: Rejoint Audi au service informatique grâce à un diplôme décroché l’Université de sciences appliquées de Munich.
  • 2007: Responsable de la stratégie des marques et de la supervision de l’ensemble des véhicules du groupe Volkswagen.
  • Octobre 2010: PDG de Porsche.

Son diplôme en poche, il retourne en 1978 chez la firme aux anneaux au service "IT". Après plusieurs années dans le département "planification", ce passionné d’automobile qui s’est acheté une Coccinelle avec ses premières économies est chargé, en 1993, de préparer le lancement de la toute nouvelle A3. Son patron à Audi, un certain… Martin Winterkorn, est visiblement emballé par ses performances puisqu’il le nomme deux ans plus tard responsable des programmes d’Audi et de Lamborghini. C’est donc tout naturellement que le nouveau président du directoire de VW lui demande de le suivre en 2007 à Wolfsburg pour prendre en charge la stratégie des marques et la supervision de l’ensemble des véhicules du groupe. Trois ans plus tard, Matthias Müller passe encore à la vitesse supérieure en s’emparant des commandes de Porsche. Ce supporter du Bayern Munich est un des artisans du formidable développement du constructeur de bolides basé à Stuttgart. Son employeur n’a d’ailleurs jamais manqué de le "récompenser" pour son dur labeur.

C'est un bon choix même s'il se peut qu'il soit considéré comme un patron de transition, jusqu'à ce qu'un candidat interne, comme Diess, ait gagné suffisamment de galons.
Arndt Ellinghorst
analyste d'Evercore ISI

Joli pactole

©AFP

L’an dernier, son salaire a dépassé les 6,4 millions d’euros. Un joli pactole pour un ancien outilleur qui touchait 1.500 deutschemarks (767 euros) chez Audi…

En mars, ce père de deux enfants, âgé de 62 ans, a rejoint le conseil d’administration du groupe Volkswagen. Quelques jours après cette promotion, il répond le plus naturellement du monde à un journaliste qui lui demande s’il pourrait un jour prendre la place de Martin Winterkorn: "Je regarde toujours les emplois qui se présentent. Pourquoi devrais-je me l’interdire?". Cette petite phrase montre qu’il ne devrait pas hésiter bien longtemps si les vingt membres du conseil de surveillance de VW lui proposent ce vendredi d’être "Calife à la place du Calife". Mais ce cadre brillant aux cheveux gris et aux yeux bleus d’acier est-il le bon candidat pour ce poste?

Sa connaissance des arcanes pour le moins compliqués du premier constructeur automobile mondial et de ses douze marques est un atout indéniable. Certains experts le disent aussi proche de la famille Piëch-Porsche qui contrôle le capital de Volkswagen.

Mais cet "homme du sérail" est également un de ceux qui a encouragé la mise en place de plateformes communes à de nombreux véhicules du groupe. Le partage de plus en plus généralisé de pièces est une des raisons qui explique l’ampleur du scandale qui touche aujourd’hui le constructeur. Ses importantes responsabilités chez VW et sa relation très proche avec Martin Winterkorn pourraient en outre être un autre handicap de taille pour Matthias Müller.

"Détailler davantage"

"Nous devons commencer notre processus de contrôle de la qualité à un stade plus précoce. Nous avons donc besoin de détailler davantage nos spécifications afin de réduire encore plus le risque d’erreur."

"Processus éprouvant"

"La croissance est un processus éprouvant. Cela coûte de l’argent, augmente vos charges fixes et vous contraint à recruter de nouveaux employés. Nous devons tous avoir conscience du fait que les challenges auxquels nous allons devoir faire face ne seront pas moindres si le groupe croît."

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