Le PDG d'ASO, Jean-Etienne Amaury, subit l'annulation du Tour du Qatar 2017

Pas de tour du Qatar l’année prochaine. La nouvelle, tombée hier, est un coup dur pour le groupe ASO, le sous-traitant français de l’épreuve pourtant inscrite au WorldTour 2017.

Pas de tour du Qatar l’année prochaine. L’épreuve, récemment inscrit au WorldTour 2017, a été annulée pour des raisons financières, selon l'Union cycliste internationale (UCI)."L'UCI a reçu notification de l'annulation du Tour du Qatar... Il apparaît que cette décision a été prise en raison des difficultés rencontrées dans la recherche de sponsors", précise succinctement l'instance dans un communiqué publié sur son site.

La nouvelle, tombée hier, est une déception pour son sous-traitant français, le groupe ASO, propriété de la famille Amaury. Premier gros rendez-vous de l’année pour les sprinteurs du monde entier, le Tour du Qatar est une mise en bouche appréciée des cyclistes professionnels, organisée chaque année depuis 2002. Censée se tenir du 6 au 10 février, l’épreuve subit le même sort que son équivalent féminin, Le Ladies Tour of Qatar, annulé lui aussi cette année.

le profil
  • Né en mars 1977
  • Il est titulaire d’un diplôme de Centrale Lille et d’un MBA de l’université californienne de Stanford.
  • Il travaille chez Bloomberg.
  • En 2008, il remplace Patrice Clerc à la tête de la filiale du groupe Amaury, Amaury Sport Organisation.

Cette décision est une mauvaise nouvelle pour les cyclistes belges qui ont souvent dominé l’épreuve qatarie. Tom Boonen, vainqueur de 22 étapes, l’a remporté quatre fois (2006, 2008, 2009 et 2012) et Wilfried Cretskens s’y est imposé en 2007. L’an passé, Greg Van Avermaet est arrivé troisième derrière Mark Cavendish et Alexander Kristoff. La Belgique peut même se targuer d’être le pays le plus présent sur ses podiums (13 fois contre 6 pour les Pays-Bas). 

Un PDG discret

Organisateur de nombreuses courses mythiques (Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, La Flèche wallonne, Paris-Nice, etc.), ASO n’est pas l'organisateur du Tour du Qatar où il se contentait d’en être l’un des sous-traitants. La répercussion financière de cette suspension - un arrêt inavoué ? -  devrait donc rester relative pour le groupe familial. Depuis sa création en 1992, ASO a axé sa diversification autour de cinq univers sportifs clés à ses yeux : outre le cyclisme, il est également présent dans les courses automobiles (il gère le rallye-raid Dakar), le golf (Lacoste Ladies Open de France), la voile et les événements dits "de masse" tels que le Marathon de Paris. Acteur majeur du sport professionnel, ASO a vu son poids économique croître ces dernières années (180 millions d’euros de revenus en 2013) jusqu’à défier l’Union cycliste internationale et engager contre elle un long bras de fer de quatre années contre le circuit fermé qu’elle avait voulu mettre en place au détriment d’ASO. Vainqueur de ce conflit, ASO s’est finalement réconcilié avec l’UCI en 2008. Tirant un trait sur le passé, ASO en a profité pour renouveler son exécutif, propulsant Jean-Etienne Amaury au poste stratégique de PDG. 

Coup de cœur pour le cyclisme

S’il aime le sport en général, le cyclisme tient une place à part dans son cœur. "Mes héros s’appelaient Bernard Hinault ou Luis Herrera… Des champions humains. Comme les cyclistes en général. Le cyclisme est extrêmement exigeant et les coureurs font preuve d’une mentalité exceptionnelle mais restent étonnamment accessibles pour le grand public", apprécie le patron d’ASO.

Un PDG raisonnable

Interrogé en 2015 par le magazine Cyclisme Revue, Jean-Etienne Amaury justifie le portefeuille d’épreuves d’ASO: "Nous avons une approche rationnelle. Nous restons toujours dans notre domaine d’expertise. Les compétitions hors stade, itinérantes, c’est notre domaine. Nous avons un vrai savoir-faire en ce qui concerne la logistique, le marketing, l’hospitalité… Pourquoi sortir de cette marque de fabrique?"

Peu connu du grand public, ce dernier n’est autre que le fils de Marie-Odile Amaury, la grande patronne du groupe éponyme (L’Équipe, ex-Le Parisien vendu à LVMH) depuis la mort de son mari Philippe en 2006. Tout comme sa mère, Jean-Etienne Amaury, 39 ans, est très discret et avare en paroles. Il se confie rarement à la presse, communiquant exclusivement sur son activité mais jamais sur sa rentabilité. Centralien passé par le groupe d’informations financières Bloomberg, il est titulaire d’un MBA de Stanford (Etats-Unis). Depuis 1999, il bénéficie avec sa sœur Aurore, avocate de formation nommée directrice juridique du groupe, d’une donation-partage. En attendant qu’ils soient tous deux prêts à prendre sa relève, Marie-Odile Amaury les a placés à des postes clés du groupe familial dont ASO est la tête de proue.

RCS Sport en force 

À la tête d’ASO, Jean-Etienne Amaury a su fédérer autour de son nom et de sa passion pour le sport. ASO est désormais présent dans 25 pays et organise 80 événements annuels (250 jours de compétition par an) dont l’incontournable Tour de France (depuis sa création en 1903) mais aussi The Mud Day, ces courses d’endurance dans la boue très appréciées des jeunes coureurs.

En ce qui concerne le Tour du Qatar, la récente réforme de l’UCI et de son calendrier WorldTour enrichi désormais de dix épreuves supplémentaires (37 au total) ne lui a sans doute pas permis de s’imposer comme il l’aurait voulu. En outre, s’il a bien rejoint la liste des dix nouvelles épreuves répertoriées pour le WorldTour 2017 de l’UCI, le Tour du Qatar, créé en 2002, fait figure de vétéran et souffre de la concurrence de ses rivaux régionaux: le Tour de Dubaï (inauguré en 2014 et qui rêve déjà de rejoindre le WorldTour) et surtout le Tour d’Abu Dhabi, créé en 2015 et qui intègre déjà le WorldTour 2017. Prévu du 23 au 26 février, l’Abu Dhabi Tour, géré par la société italienne RCS Sport (qui gère aussi le Giro), double le Tour, vieillissant, du Qatar annulé hier. Preuve en est que le milieu cycliste est sans pitié.

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