Le roi du béton est moins bien armé

Le partenaire suisse Holcim remet en cause les clauses de la fusion avec Lafarge. En ce compris l’attribution du poste de PDG. Mais le candidat désigné, Bruno Lafont, bénéficie de soutiens.

Fidèle à Lafarge pratiquement depuis le début de sa carrière, Bruno Lafont devra-t-il céder son trône de PDG du nouveau géant cimentier qui naîtra de la fusion entre le groupe français et le suisse Holcim? On n’en est pas encore là. Mais la remise en cause, par Holcim, des termes de la fusion annoncée en avril 2014 inclut la présidence du conseil, que Bruno Lafont pourrait devoir céder (lire aussi en page 15).

 

8 juin 1956: Naissance à Boulogne-Billancourt.

Diplômé de HEC  Paris (1977) et de l’ENA (1982).

1983: débute sa carrière comme auditeur interne chez Lafarge.

1995: intègre le comité exécutif du groupe. 

1er janvier 2006: directeur général du groupe Lafarge.

3 mai 2007: PDG de Lafarge.

À bientôt 59 ans, ce Parisien a derrière lui une carrière quasi exclusivement dédiée au groupe de construction Lafarge. Ses diplômes de HEC et de l’ENA lui ont ouvert presque naturellement en 1982 les portes de l’administration des Finances à Bercy. Mais il n’y restera que six mois.

Voir du pays

Car Bruno Lafont a toujours su ce qu’il voulait: travailler en entreprise et contribuer à sa croissance. Il pose les pieds dans le béton de Lafarge, où il intègre le service d’audit à la direction financière. Trente-deux ans plus tard, le groupe français n’a plus aucun secret pour lui.

Ce bail lui aura permis de se forger une belle expérience et de voir du pays. Il séjournera ainsi cinq ans en Allemagne, où il se retrouve en 1988 au poste de directeur du développement international.

En 1990, il gagne la Turquie, où il prend la direction des opérations Ciment, Granulats & Béton de Lafarge pour la Turquie et la région Méditerranée Orientale.

Bruno Lafont est extrêmement discret, pour ne pas dire secret, sur ses activités privées. Tout juste sait-on qu’il pratique un peu de sport (mais on ne sait pas lequel) pour relâcher la pression et qu’il est passionné de pêche. Son entourage s’est aussi fait un nom. Son épouse, Marie-Constance de Maistre, est violoniste, et son fils Alexis confectionne des souliers qu’il vend sous la marque Caulaincourt.

Il y restera jusqu’en 1994. Bruno Lafont rejoint alors le comité exécutif de Lafarge où il assume la fonction de directeur général adjoint chargé des finances du groupe. Cet homme posé et méthodique continuera de grimper les échelons de la hiérarchie.

Le 25 mai 2005, il intègre le conseil d’administration. C’est l’avant-dernier échelon avant l’accession au trône suprême.

Nommé directeur général en janvier 2006, Bruno Lafont marque le coup en lançant, trois semaines à peine après son entrée en fonction, une OPA sur l’actionnariat minoritaire de sa filiale nord-américaine. Il avait tout de suite vu que celle-ci pourrait permettre à Lafarge d’accélérer son développement sur le continent américain.

En mai 2007, son ascension arrive à son point culminant. Au terme d’un processus de succession bien orchestré, Lafont remplace Bertrand Collomb à la présidence du groupe français, leader mondial des matériaux de construction. Qui rétablit ainsi une fonction qui avait été scindée en deux postes au temps de ses prédécesseurs.

Deux péchés mignons

L’extrême discrétion de Bruno Lafont sur sa vie hors des murs bétonnés de Lafarge n’empêche pas les observateurs de connaître deux de ses péchés mignons: les cigarillos et le chocolat.

Une gourmandise qui ne l’a pas empêché de perdre 14 kilos au prix d’un régime sévère au début de la décennie.

Les présidents ayant la vie longue chez Lafarge, Bruno Lafont n’est en fait que le cinquième homme à occuper ce poste depuis la Seconde guerre mondiale. Il a une idée bien précise en tête: élargir le champ d’action de Lafarge, qu’il juge trop tourné vers le monde occidental. En 2008, il investit près de 9 milliards d’euros pour racheter l’Égyptien Orascom, très présent en Afrique et au Moyen-Orient.

Mais la crise économique qui survient alors fait exploser la dette du groupe, qui sabre dans les coûts et cède les actifs les moins rentables. Le plâtre et la toiture — 25% des activités du groupe à l’époque — sont ainsi abandonnés.

Même s’il risque d’être amendé, le projet de fusion avec le Suisse Holcim devrait se concrétiser cette année. "Nous serons avec Holcim très complémentaires dans les pays émergents. Cela nous permettra de profiter pleinement de la croissance mondiale", assurait en mai dernier Bruno Lafont dans une interview au journal français "Les Echos".

Reste à voir s’il gardera seul les rênes du nouveau géant.

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