Le scientifique qui fait fructifier les pépites

Luc Van Driessche

À 73 ans, Désiré Collen se prépare doucement à raccrocher. Fund+, le fonds qu’il a créé l’an dernier pour aider de jeunes biotechs belges à grandir, sera son dernier fleuron.

Un scientifique de haut vol qui réalise une belle carrière dans l’entrepreneuriat, cela ne court pas les rues. Désiré Collen fait partie du lot. Fondateur de Thromb-X, devenu ThromboGenics, investisseur en série à ses heures, l’homme s’est surtout taillé une réputation enviable dans le monde des sciences. Ses articles publiés ne se comptent plus. C’est l’auteur scientifique le plus publié de Flandre.

Docteur en médecine et en chimie, Désiré Collen a cumulé les prix académiques. Son nom a même été cité pour le Nobel de Médecine. Il est vrai que sa découverte du t-pa – voir ci-dessous – dans le cadre de travaux sur la coagulation du sang a sans doute contribué à sauver des centaines de milliers de vies.

Le profil
  • 21 juin 1943 — Naissance à Saint-Trond
  • 1968 — Doctorat en médecine (KUL), complété d’un doctorat en chimie en 1974
  • 1979 — Découverte de la protéine t-pa
  • 1991 — Il crée la société Thromb-X, rebaptisée ThromboGenics 7 ans plus tard
  • 2006 — ThromboGenics entre en Bourse
  • 2015 — Création du fonds Fund+

Surtout connu en Flandre, cet homme discret mais réputé pour sa persévérance s’est fait un nom au sud du pays au moment de l’entrée de ThromboGenics en Bourse. Désiré Collen fait en effet partie de ces rares scientifiques qui ont pu faire prévaloir des qualités de gestionnaire d’entreprise.

Après avoir vendu la licence du t-pa à la biotech américaine Genentech, Désiré Collen se retrouve en possession d’un chèque de 144 millions de dollars. Qu’il décide de réinvestir dans la création d’une société, Thromb-X, qui deviendra ThromboGenics. Son médicament phare, le Jetrea, un traitement de maladies oculaires, est une belle réussite scientifique – mais pas commerciale, à ce jour en tout cas.

L’homme d’affaires laisse aussi jouer sa fibre scientifique en soutenant des jeunes pousses. Il crée à cet effet l’ASBL Life Sciences Research Partners à Leuven. Par son biais, il apporte un soutien financier à une série de spin-offs et autres start-ups à un stade très précoce de leur développement. Avec grand succès pour certaines, telles Cardio3 (rebaptisée Celyad), Bone Therapeutics ou iTeos.

Avec Fund+, Désiré Collen pousse plus loin la démarche. Fort d’une enveloppe globale de 125 millions d’euros, le fonds cible les sociétés émergentes. De quoi leur permettre de franchir la "vallée de la mort", cette phase intermédiaire entre les petites levées de fonds et un partenariat avec un gros acteur.

En bref

Découverte majeure

C’est en 1979que Désiré Collen s’est fait un nom dans le monde médical.Avec le Pr Alfons Billiau, il découvre le rôle que peut jouer le t-pa (activateur tissulaire du plasminogène), une protéine qui empêche la formation de caillot de sang, dans la prévention des thromboses et des accidents cardio-vasculaires.

Un fonds à but sociétal

Créé l’an dernier par Désiré Collen, le fonds d’investissement Fund+cible les jeunes biotechs belges.Sa spécificité: une attention à la valeur ajoutée sociétale  création d’emplois, ancrage local et maintien de la propriété intellectuelle en Belgique."Fund+est un fonds à durée indéterminée.Il privilégie le long terme", dit-il.

Au Nord comme au Sud

Soutenu par des actionnaires wallons et flamands, Fund+ne s’arrête pas à la frontière linguistique.Quatre des six entreprises dans lesquelles il a déjà pris des positions  iTeros, Promethera Biosciences, MaSTherCell, Novadip  sont d’ailleurs wallonnes. S’y ajoutent les bruxelloises eTheRNA et Ogeda SA (ex-Euroscreen).

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