Les deux Carlos de l'automobile française

Les deux grands acteurs tricolores du secteur de l’automobile publient l’un après l’autre de brillants résultats semestriels.

Ils ont le même prénom, deux ego surdimensionnés, et se livrent une concurrence acharnée. Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, et Carlos Tavares, PDG de PSA Peugeot Citroën, sont les hommes forts de l’automobile française. Ils viennent tous deux de publier d’excellents résultats semestriels. La marque au losange réalise un chiffre d’affaires de 25,18 milliards d’euros, en hausse de 13,5% ces six derniers mois avec un bond de 13% de ses immatriculations. Mieux encore, sa marge opérationnelle atteint 6,1%, contre 4,9% un an plus tôt, son plus haut niveau sur un semestre.

De son côté, PSA affiche un bénéfice net multiplié par deux à 1,21 milliard d’euros pour un résultat opérationnel courant en hausse de 32% et une marge opérationnelle en hausse à 6,8% pour sa division automobile. À l’instar de Ghosn avant lui, Carlos Tavares mise à son tour sur une "offensive produit sans précédent" – 28 lancements en six ans – pour relancer les ventes de la marque au lion dans toutes les régions du monde.)

Connu pour être très exigeant au point d’en devenir tyrannique, Tavares a un caractère assez proche de celui de Ghosn.

Dans le même temps, Renault peut s’enorgueillir d’avoir vendu plus de véhicules (1,7 million, + 13,4%) que son homologue PSA (1,54 million, -0,2%) sur ce semestre. Une première! Et pour redorer son blason terni par la récente polémique sur ses émoluments, Carlos Ghosn vient d’indiquer réduire de 20% la part variable de son salaire 2016. Un geste plutôt symbolique au final (455.000 euros sur une rémunération globale de 7,25 millions d’euros pour Renault en 2015) surtout qu’il doit s’annuler en cas de "résultats exceptionnels" positifs… Tavares n’en est pas là, mais il a lui aussi fait scandale en mars en doublant quasiment son salaire (5,24 millions d’euros en 2015 contre 2,75 millions en 2014).

Des rivaux ambitieux…

Les deux hommes, qui se connaissent bien, se marquent à la culotte depuis 2011. En mai, Tavares, qui travaille chez Renault depuis 1981, est nommé directeur général délégué aux opérations… Autrement dit, il devient le numéro deux de Renault. Très ambitieux, il lorgne déjà sur le fauteuil de Carlos Ghosn à la tête du groupe.

En bref

De grands passionnés

Fan d’automobile, Carlos Tavares est pilote de rallyes et de courses d’endurance. Il possède son écurie. C’est sous son impulsion que Renault relance la marque Alpine. Carlos Ghosn reconnaît, lui, une passion pour le vin (il détient une vigne au Liban) et pour le tir de précision sur cible.

Deux visions contraires

Dès 2010, Ghosn croit dans les voitures électriques. Il fait le pari qu’elles seront rapidement vendues au Japon et aux Etats-Unis, et dans le monde entier à partir de 2014. À l’inverse de Tavares défend toujours le moteur diesel: "Le diesel moderne est parfaitement propre", dit-il en avril 2015 en contradiction avec les chiffres de l’Inserm, l’institut français de la santé et de la recherche médicale.

Une concurrence que goûte peu Ghosn. Surtout qu’en 2013, Tavares lui met la pression pour gagner davantage de galons (ressources humaines, services juridiques, etc.) et s’en explique clairement dans un entretien à Bloomberg. Cette ambition lui coûte aussitôt sa place mais lui en fait gagner très vite une autre chez son principal rival en quête d’un nouveau patron. Parfait pour le job, Tavares permet à PSA, moribond, de se redresser et de concrétiser ses alliances avec General Motors et son nouvel actionnaire chinois, Donfeng. Autre atout de poids, Tavares connaît par cœur la stratégie de Renault et les avancées de son technocentre…

… aux parcours distincts

Connu pour être très exigeant au point d’en devenir tyrannique, Carlos Tavares, marié et père de trois enfants, a un caractère assez proche de celui de Ghosn, divorcé et père de quatre enfants, alors même que leurs racines n’ont rien en commun. D’origine portugaise, Tavares fait classiquement ses classes à l’Ecole centrale de Paris avant d’intégrer Renault dont il est un pur produit. À l’inverse de Carlos Ghosn: petit-fils d’un Libanais maronite, il a émigré dès l’âge de 13 ans au Brésil. Lorsqu’il a six ans, sa famille quitte le Brésil et le place dans un collège jésuite au Liban pour poursuivre ses études secondaires. Il expliquera plus tard que cette école lui a donné le goût du défi et de la compétitivité.

À son arrivée à Paris, il entre à l’Ecole Polytechnique, puis à celle des Mines. Loin du microcosme parisien, "le Martien", comme on le surnomme, fait ses débuts chez Michelin avant de rejoindre Renault en 1996 et de gérer, trois ans plus tard, sa prise de participation dans Nissan. Ce polyglotte – il parle 7 langues – succède à Louis Schweitzer en 2005. Depuis, il est devenu l’un des dirigeants les plus influents de la planète selon Fortune. Un titre que lui convoite un autre Carlos.

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