Lina Khan, la juriste qui fait trembler les Gafam

©REUTERS

Chienne de garde des pratiques concurrentielles, notamment auprès des géants de la tech, Lina Khan prend, à 32 ans, la présidence de la Federal Trade Commission.

"L'icône anti-monopole, futur cauchemar des Gafam." C'est en ces mots que L'Express qualifie la jeune juriste Lina Khan, qui vient d'être nommée, sur proposition de Joe Biden et après un vote au sénat (69-28), au rang de présidente de l'autorité américaine de la concurrence (Federal Trade Commission).

"Leader d'une nouvelle école de pensée antitrust", selon Politico, elle entre ainsi dans l'histoire comme la plus jeune présidente de l'histoire de la FTC. Sa mission pour sept ans: l'application des lois sur la protection des consommateurs, la surveillance des fusions et des pratiques anticoncurrentielles.

Point de départ: le Yale University Journal

Née à Londres de parents pakistanais, elle n'est qu'une enfant quand sa famille déménage aux États-Unis.

Un doctorat en droit de l'Université Yale en poche, elle ouvre vite les hostilités contre les pratiques monopolistiques supposées des géants de la tech.

Encore étudiante, elle rédige en 2017 dans le journal de l'université un article sur le cadre juridique de la concurrence américaine et la façon dont Amazon en tire profit. L'article fera mouche au sein du milieu juridique et sera publié dans le New York Times.

Adepte de la photographie, elle fuit toutefois les projecteurs en endossant le rôle d'assistante du comité judiciaire du Congrès au cours des 16 mois d'enquête sur la concurrence des plateformes numériques, ou en conseillant l'un des commissaires de FTC.

Aujourd'hui enseignante à Columbia, elle créée la surprise, à 32 ans, en succédant à Rebecca Kelly Slaughter qui assurait l'intérim à la FTC depuis trois ans, et qui selon toutes vraisemblances aurait dû être confirmée dans sa tâche. Cette dernière restera toutefois commissaire au sein de l'institution, portant sa composition à trois démocrates contre deux républicains.

"L'art de persuader la gauche américaine"

"Le travail d'un commissaire du FTC est d'appliquer les lois antitrust telles qu'elles sont, pas comme il souhaite qu'elles soient."
Carl Szabo
Vice-president de NetChoice, un lobby de l'industrie technologique

Lors de son audition au Sénat en avril dernier, Lina Khan avait déjà prévenu le législateur: l'autorité doit examiner le pouvoir qu'ont ces géants technologiques sur les marchés numériques.

Le sénateur républicain Mike Lee avait, lui, affirmé que le point de vue de Khan sur les lois antitrust était "extrêmement en décalage avec une approche prudente de la loi".

"Khan a une solide expérience pour persuader la gauche américaine de ses propositions de réforme de la loi antitrust", insiste Carl Szabo, vice-président de NetChoice, un lobby de l'industrie technologique, "mais le travail d'un commissaire du FTC est d'appliquer les lois antitrust telles qu'elles sont, pas comme il souhaite qu'elles soient."

"Si elle avait choisi de devenir médecin, elle serait un médecin vedette. Si elle avait choisi d'aller à Wall Street, elle aurait dirigé un fonds très puissant. Elle a la capacité de transformer l'économie politique américaine."
Barry Lynn
directeur du groupe de réflexion Open Markets Institute

"Si elle avait choisi de devenir médecin, elle serait un médecin vedette. Si elle avait choisi d'aller à Wall Street, elle aurait dirigé un fonds très puissant." Barry Lynn, directeur du groupe de réflexion Open Markets Institute, se dit ravi de cette nomination. "Elle a la capacité de transformer l'économie politique américaine."

"Avec Khan à la barre, nous avons l'opportunité de faire de grands changements structurels en ravivant l'application des lois antitrust et en luttant contre les monopoles qui menacent notre économie, notre société et notre démocratie", salue la sénatrice démocrate Elizabeth Warren.

CV Express

  • Naissance à Londres en 1989
  • En 2017, elle décroche un doctorat à Yale
  • Cette année-là, elle publie dans le Yale Law Journal le "Paradoxe antitrust d'Amazon"
  • À la fin de ses études, elle prend la direction de la politique juridique de l'Open Markets Institute, un groupe de réflexion
  • En 2018, elle devient membre du bureau juridique de la FTC
  • En 2020, elle rejoint la faculté de droit de Columbia comme enseignante
  • Le 8 mars 2021, le président Joe Biden la propose au poste de présidente de la FTC

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