Lionel Jadot: rien ne se perd

Silversquare et Befimmo ont inauguré ce lundi leur espace de coworking au sein du bâtiment Triomphe, près de Delta. 4.000 m2 dédiés à l’innovation, et décorés par le designer belge Lionel Jadot.

Né à Bruxelles en 1969, Lionel Jadot a tout appris tout seul… au contact des autres. Ce tout, cet autodidacte le qualifie de mixed grill, inspirations crues qui mijotent dans ses carnets, son atelier, ses échanges, d’où l’ampleur de sa carte de visite: architecte d’intérieur, artiste, designer, cinéaste, aventurier, sans diplôme.

Quand Design et Coworking se rencontrent

Le profil
  • 1975: Il construit intégralement sa première pièce de précision, un tabouret en velours orange à rayures, avec des pièces glanées dans l’atelier parental, "aujourd’hui disparu. Appel à témoins!"
  • 1984: Sa mère apprend l’ouverture des humanités à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Il y vit trois années de liberté, de 15 à 18 ans.
  • 1989: À 19 ans, au décès de sa mère, son père veut tout arrêter. Au lieu de partir étudier le design à Florence, Lionel reste travailler avec lui.
  • 2017: Son exposition au Grand Hornu lui ouvre un univers proprement artistique.

À six ans, il construisait ses cabanes et ses jouets avec des chutes de l’atelier familial de sièges. Adulte, le jeu n’arrête pas, avec les artisans qui matérialisent ses idées: sur un chantier, il croise plus de dix corps de métier, artisanats en voie de disparition dont il cultive la pérennité. Il aime transmettre: la décoratrice Caroline Notté n’a pas oublié son parcours initiatique avec lui. Il s’inspire de l’architecture constructiviste, du collage moderniste, de la sculpture brutaliste ou du road trip (il rentre de l’Himalaya, qu’il a sillonné sur une Royal Enfield).

Il insuffle une vie à des intérieurs (chalets, cabanes, villas, châteaux, manèges, hangars, lofts ou penthouses), crée des objets, à partir de rebuts fertiles. "Depuis toujours je ramasse des bouts de bois. Je n’ai pas la main verte, je tente des mariages. Je ne jette rien, je répare avec ce que je trouve, je soigne la jointure entre les matériaux". L’objet, le lieu, devient une aventure into the wild: une tapisserie ancienne surcollée d’emblèmes de moto, un tronc devenu châssis d’une moto-Jadot, un fauteuil sculptural à partir d’un siège de camion, une armoire à linge traitée comme un bâtiment: "J’aime ces armoires anciennes, personnages de contes de fées".

Radical

En 2016, l'exposition de Lionel jadot au Grand Hornu. ©Oana Crainic

Contrechamp d’Alexandre Ponchon, au cœur de Silversquare: "Lionel apporte des éléments isolés, on ignore comment il va les composer. Tout est sur mesure, chiné, récupéré. Un mur est peint avec une peinture sablée qui lui prête une texture inédite. Le fil rouge est perceptible, organique, il n’y a aucun effet catalogue. C’est aussi qu’il est très présent sur le chantier: il découpe quantité de choses sur place, réutilise les chutes, change le lieu existant, mais son écoute rencontre l’adhésion des occupants, comme Aliaxis, groupe mondial de transport des fluides, qui se retrouve dans ces nouveaux espaces. Nous voulions un interlocuteur radical, car le compromis ne mène nulle part".

Ainsi, pour le centre Triomphe, il joue avec les technologies et l’art: un tapis est imprimé de scans de tatouages japonais. Sommes-nous en 1930 ou en 2030? Les deux. La matière de Jadot, c’est du temps. "Je n’oublie jamais une ligne. Je les accumule." Chez lui, l’œil va de pair avec l’oreille. "J’entre dans un lieu, j’écoute." Nourri du rétro-futurisme de la BD gothique (Moebius, Jodorowski, Bilal) ou de Blade Runner, il cherche un équilibre protecteur dans un monde hostile, tente de répondre à cette interrogation permanente: que devient le lieu où nous habitons?

Coup de bluff

En 2000, il est candidat pour deux projets ambitieux en Belgique et en Suisse, sans bureau, sans équipe, et, contre toute attente, remporte les deux: "Après ce coup de bluff, je suis forcé de tout créer à partir de rien".

Bourrade aux toilettes

En 2006, "Have a nice day", son deuxième court-métrage, est primé: c’est aux toilettes que l’acteur Rutger Hauer, le répliquant de Blade Runner, le félicite d’une bourrade chaleureuse.

Un dîner fécond

En 2014, un dîner avec Robert Brasseur, astrophysicien cofondateur du Cern, âgé de 82 ans, se transforme en leçon limpide, incisive, sur l’impossible qui devient possible.

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