Louise Glück, le Nobel sacre une austère poétesse

Louise Glück a déjà reçu de nombreux prix américains, dont le National Book Awards en 2014. ©AFP

La poétesse américaine Louise Glück a reçu le prix Nobel de littérature ce jeudi, à Stockholm.

C’est dans une salle à moitié vide que la cérémonie de remise d’un des plus prestigieux Nobel a eu lieu ce jeudi à 13h. Les noms de Michel Houellebecq, Anne Carson, Margaret Atwood et Haruki Murakami circulaient ces dernières semaines. Mais l’institution a joué, une fois de plus, la carte de la surprise en couronnant l’Américaine Louise Glück (77 ans) pour son œuvre poétique, entamée à la fin des années 60. 

"Louise Glück est une poétesse du changement radical et de la renaissance."
Anders Olsson
Président du comité Nobel

Elle a été choisie "pour sa voix poétique caractéristique, qui, avec sa beauté austère, rend l'existence individuelle universelle", a déclaré Anders Olsson, président du comité. "Louise Glück est une poétesse du changement radical et de la renaissance", a-t-il ajouté. Et le Suédois de souligner sa voix sans compromis, pleine d’humour, son grand sens de la composition, sa grâce remarquable, ainsi que les motifs de la perte, du renouveau, des relations familiales douloureuses et de la mort, qui traversent son œuvre.

Poétesse reconnue outre-Atlantique

Peu traduite en français, Louise Glück a été primée à de nombreuses reprises outre-Atlantique. En 1993 elle remporte le prestigieux Prix Pulitzer pour son recueil The Wild Iris et, en 2001, le Bollinger Prize in Poetry. Elle est aussi lauréate du National Book Critics Circle Award pour The Triumph of Achilles et du prix de l’Academy of American Poets, dont elle est membre.

En 2014, c’est le National Book Award qui la récompense pour Faithful and Virtuous Night (Nuit fidèle et vertueuse), son 13e livre et le premier écrit "sans lutte et sans désespoir", selon la poétesse elle-même. Son autre œuvre considérée comme incontournable est Averno (2006), une interprétation visionnaire du mythe de la descente aux enfers de Perséphone, captive de Hadès, le dieu de la mort.

CV express

  • Naissance dans une famille juive hongroise à New York, le 22 avril 1943.
  • Études au Sarah Lawrence College et à la Columbia University de New York.
  • Publie son premier recueil de poésie, "Stillborn", en 1968, à l’âge de 25 ans.
  • Enseigne notamment à l'université de Yale et au sein du Creative Writing Program de l’université de Boston.
  • Est nommée consultante en poésie à la Bibliothèque du Congrès en 2003-2004.

Contexte difficile

Cette nomination survient dans un contexte difficile pour l’Académie suédoise, suite aux accusations survenues fin 2017 visant le Français Jean-Claude Arnault, époux d'une académicienne et personnalité influente de la scène culturelle suédoise, depuis lors condamné pour viol. En plein mouvement #MeToo, la gestion interne de cette crise avait miné l’Académie de l’intérieur et ébranlé l’image de prestige des Nobel, provoquant le report historique du prix 2018.

16
femmes
Louise Glück est la 16e femme à se voir décerner le prix Nobel de littérature.

L’an dernier, les critiques fusaient à nouveau, cette fois suite à l’attribution du Nobel de littérature à l'écrivain autrichien Peter Handke, dont les positions pro-Milosevic alimentaient la controverse. L’Académie avait cependant tenu à récompenser l’œuvre et pas l’homme.

Deux ans après la Polonaise Olga Tokarczuk, Louise Glück est la 16e femme à se voir décerner le prix de littérature. Avec trois lauréates lors des Nobel scientifiques, cette saison 2020 pourrait égaler, voire battre le record de femmes lauréates (cinq en 2009), alors que la paix (vendredi) et l'économie (lundi) restent à décerner.

Pour la première fois depuis 1944, la cérémonie de remise des prix, prévue le 10 décembre, n’aura hélas pas lieu pour cause de pandémie.

Merci Kafka!

Alors que Louise Glück approchait de la fin de Faithful and Virtuous Night – le livre qui lui a valu le National Book Award en 2014 – elle a dû affronter un blocage dont elle est sortie en relisant les nouvelles de Kafka. "Ce fut l’une des expériences les plus exaltantes de ma vie d'écrivain. Deux semaines d'un tout nouveau jouet!", a-t-elle déclaré par après.

Louise Glück reconnaît, par ailleurs, éprouver une sorte de chagrin et de crainte chaque fois qu’un de ses livres paraît. S’achève alors une période de soulagement au cours de laquelle elle pouvait jouir seule de l’existence de cette nouvelle œuvre et du sentiment d’avoir accompli quelque chose.

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