Loujain Al-Hathloul, un combat contre l'obscurantisme

L’UCL a décerné ce mardi le titre de docteur honoris causa à la militante féministe saoudienne Loujain Al-Hathloul, détenue depuis plusieurs mois et dont le procès débute ce mercredi.

Le monde actuel est parfois très paradoxal. Alors qu’en Occident, des femmes exigent de pouvoir porter le foulard islamique en toutes circonstances, en Arabie aaoudite, ne pas porter cet attribut vestimentaire conduit directement à la case prison. Loujain Al-Hathloul, militante féministe saoudienne, en a fait la douloureuse expérience à plusieurs reprises. C’est pour la soutenir dans son combat contre l’obscurantisme que l’Université catholique de Louvain (UCL) lui a attribué ce mardi le titre de docteur honoris causa. Elle ne pourra pas venir chercher son prix, étant actuellement détenue depuis mai 2018 sans chef d’accusation précis et sans avocat. Son procès démarre ce mercredi devant une cour spéciale à Riyad.

Le profil
  • Née en 1989 à Djeddah
  • Titulaire d’un bachelor en français à l’université de Vancouver
  • Emprisonnée depuis le 15 mai 2018
  • Mariée à l’humoriste saoudien Fahad Albutairi, 33 ans, aujourd’hui également en prison
  • Ambassadrice du Global Compact des Nations unies depuis 2017
  • Elle occupe la 3e place du top 100 Forbes des femmes les plus influentes du monde arabe
  • Elle a reçu de l’UCL le titre de docteur honoris causa le 12 mars 2019

"La remise de ce titre représente le droit humain qui nous est cher", explique Sébastien Van Bellegem, doyen de la faculté de sciences économiques, politiques et sociales de l’UCL. "Nous espérons vivement pouvoir l’accueillir le plus rapidement possible pour lui remettre la distinction en mains propres", ajoute Sébastien Van Bellegem. Le titre de Loujain sera en effet remis à ses deux sœurs, Alia et Lina, qui ont étudié à Louvain-la-Neuve. Comme de coutume, deux "marraines" ont prononcé l’éloge de la lauréate. En l’occurrence, il s’agissait de deux sociologues, Laura Merla et Ghaliya Djelloul.

Loujain Al-Hathloul, 29 ans, est originaire de Djeddah. Son père était militaire dans la marine tandis que sa mère est professeure d’anglais. Elle a passé une partie de son enfance à Toulon lors d’une mission de son père, ce qui explique sa maîtrise du français.

Prendre le volant

Les ennuis de Loujain ont débuté en 2014 lorsqu’elle a revendiqué sur les réseaux sociaux le droit pour les femmes saoudiennes de conduire une voiture, chose interdite à l’époque. Envoyée une première fois en prison, elle en est ressortie au bout de 73 jours de détention. En septembre 2016, elle lance une pétition adressée au roi contre le système de tutelle masculine, qui impose à toute femme d’être accompagnée d’un homme pour toute démarche, y compris le simple fait de se promener en rue. En juin 2017, alors qu’elle étudie à la Sorbonne Abu Dhabi, elle est kidnappée avec son mari par les services saoudiens à l’aéroport de Dammam, puis relâchée. À nouveau arrêtée le 15 mai 2018, elle est détenue depuis lors dans des conditions d’isolement total et a été soumise à la torture. D’autres activistes qui militent pour les droits des femmes sont actuellement en prison, officiellement pour atteinte à la sécurité nationale.

Pressions internationales

Depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul sur ordre présumé du roi ben Salmane, les pressions internationales sur le royaume wahhabite s’accentuent. Ainsi, les 28 pays de l’Union européenne ont demandé aux autorités saoudiennes de libérer Loujain Al-Hathloul, tandis que le Parlement européen planche sur une résolution condamnant le régime liberticide de Riyad. Il y a cinq jours, le président français Emmanuel Macron est sorti de sa réserve pour demander la clémence à l’égard de la militante.

Le cas de Loujain Al-Hathloul est emblématique des contradictions du jeune roi ben Salmane. Derrière une volonté de moderniser le pays et de policer son image, en accordant par exemple en juin 2018 aux femmes le droit de conduire, le régime n’a en réalité cessé de se raidir en réprimant toute forme d’opposition.

  • Prix Nobel de la paix?

Un dossier de candidature pour le prix Nobel de la Paix 2019 a été constitué par des membres académiques de la Sorbonne, que Loujain Al-Hathloul a fréquentée à Abu Dhabi. La candidature a été officiellement déposée par la députée canadienne Hélène Laverdière, et a été portée par le journaliste américain Nicholas Kristof, du New York Times.

  • Torturée en prison

Loujain Al-Hathloul est détenue dans des conditions particulièrement inhumaines. Des membres de sa famille et Amnesty International ont fait état de passages à tabac, d’administration de chocs électriques, de simulations de noyade et de harcèlement sexuel. La jeune femme serait actuellement, selon ses parents, prise de tremblements et incapable de marcher normalement. Les autorités saoudiennes nient en bloc, sans toutefois apporter de preuves quelconques.


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