Lucien D'Onofrio, la vie en rouge, de la Meuse à L'Escaut

L’ancien patron du Standard de Liège revient aux affaires. Ce soir, il étrennera son costume de manager sportif de l’Antwerp lors du premier match marquant le retour du "Great Old" en D1.

Coup d’envoi ce soir du championnat de Belgique de football. Promu en D1A, l’Antwerp, le plus vieux club du pays, reçoit le plus titré, Anderlecht, champion sortant. L’affiche sent déjà la poudre. D’autant qu’elle marque le retour aux affaires de Lucien D’Onofrio, comme directeur sportif de l’Antwerp désormais aux mains de l’homme d’affaires Paul Gheysens.

C’est que Lucien D’Onofrio incarne le côté sulfureux du foot moderne: tour à tour joueur, dirigeant de club, agent, intermédiaire avec tout ce que cela implique en termes d’argent, d’opacité et de démêlés avec la justice. Car des casseroles judiciaires, il en a traîné durant toute sa carrière. Fils d’un mineur italien venu s’installer à Liège à la fin des années 50, ce self-made-man mène d’abord une modeste carrière de footballeur qui s’achèvera prématurément à 28 ans en D1 portugaise suite à une grave blessure.

Les plus beaux noms du foot

Le profil
  • Né en 1955 à Castelforte (Italie). Il est le frère de feu Dominique D’Onofrio, ex-entraîneur du Standard
  • Carrière de footballeur en Belgique (Ans, Bas-Oha, Tilleur, Winterslag), aux Etats-Unis (Houston Hurricane) et au Portugal (Portimonense)
  • Conseiller sportif à l’Inter de Milan puis directeur général du FC Porto dans les années 80
  • Vice-président du Standard de Liège (de 1998 à 2011)
  • Rachète l’AS Eupen en 2012 qu’il revendra aux Qataris d’Aspire
  • Devient vice-président et directeur sportif de l’Antwerp en juin 2017.

Lucien D’Onofrio embrasse ensuite une carrière de dirigeant et pas n’importe où: à l’Inter de Milan (où il était venu se soigner) puis au FC Porto dont il sera directeur général lorsque le club portugais triomphe en Ligue des Champions en 1987. Début des années 90 il troque son costume de dirigeant pour celui d’agent. Doté d’un bel entregent, réseauteur patenté, polyglotte il va s’occuper des intérêts de quelques plus beaux noms du foot des années 90, de Zinedine Zidane à Didier Deschamps en passant par les Diables Rouges Michel Preud’homme, Bertrand Crasson, Filip Dewilde ou Emile M’Penza.

À la fin des années 90, il revient à Liège à la demande d’André Duchêne, président du Standard. Objectif: sauver un club à l’agonie, déserté par ses fans et en panne de titres. D’Onofrio convainc le milliardaire Robert Louis-Dreyfus, actionnaire d’Adidas et propriétaire de l’Olympique de Marseille, de reprendre le club. Le Suisse débourse 30 millions d’euros mais laisse la gestion à D’Onofrio. Ce sera le début de la renaissance du Standard dont l’apogée sera la reconquête du titre de champion de Belgique en 2008 après 25 années de disette.

À Liège, Lucien D’Onofrio devient un dieu vivant. Pas pour longtemps. La vente du club à l’homme d’affaires Roland Duchâtelet en 2011 entraîne son départ. D’Onofrio ne quitte pas le milieu du foot pour autant. Interdit d’exercer le métier d’agent pendant cinq ans, depuis sa condamnation en 2008, il continue de tirer les ficelles en coulisses notamment via un système de prête-noms et de sociétés écran. Il s’occupe de stars du Standard comme Axel Witsel, Steven Defour et Eliaquim Mangala et s’acoquine même avec Anderlecht pour faciliter le transfert de deux autres anciens ténors de Sclessin, Dieumerci Mbokani et Milan Jovanovic, vers l’ennemi juré. Tous deux offriront deux titres au Sporting. De héros, D’Onofrio devient zéro pour les fans; d’autant que c’est encore lui qui facilitera le passage de l’ex-capitaine des rouches, Steven Defour, de Porto au Parc Astrid en 2014.

Des défis pour exister

Le voici donc de retour là où beaucoup ne l’attendaient pas, dans une ville qu’il connaît peu, avec une langue qu’il ne maîtrise pas. Mais en creusant un peu, le scénario n’est pas si abscons: l’Antwerp et le Standard sont deux clubs populaires, à la recherche de leur glorieux passé et jouant en… rouge et blanc. "ça me semble logique qu’il atterrisse dans un club assez similaire au Standard, relève Pierre François, CEO de la Pro League, qui fut directeur général du Standard lorsque D’Onofrio en tenait les manettes. Et puis, quand on a goûté au pouvoir du football on a du mal à s’en passer." Herman Van Holsbeeck, le manager sportif d’Anderlecht n’est pas trop étonné non plus: "C’est un homme qui a besoin de défis pour exister."

En tout cas, Lucien D’Onofrio n’a pas tardé à se mettre à l’œuvre. Actionnant ses réseaux, il a notamment fait venir à l’Antwerp deux vieilles gloires du Standard Lazlo Bölöni et Sinan Bolat, respectivement entraîneur et gardien de but de l’équipe qui remporta son dernier titre. C’était, déjà, en 2009…

Flirt avec Anderlecht

Lucien D’Onofrio s’entend bien avec les dirigeants d’Anderlecht. Il fut même question qu’il investisse dans le club et y ait un rôle opérationnel. Mais le conseil d’administration des Mauve et Blanc mit son veto à pareil scénario. Ce qui n’empêcha pas D’Onofrio d’œuvrer à plusieurs transferts de joueurs vers la capitale.

Casseroles

Lucien D’Onofrio a plus d’une fois eu maille à partir avec la justice dans des affaires liées à des transferts douteux (commissions occultes…) en France et en Belgique. Il fut même condamné à six mois de prison ferme dans l’affaire dites des comptes de l’OM. à son retour sur le devant de la scène, il sera marqué à la culotte. En Belgique, il est en effet interdit d’avoir une position d’influence dans un club quand on a été condamné. Une disposition qui ne le concerne pas car, selon la Pro League, l’abus de biens sociaux pour lequel il a été épinglé, ne fait pas partie de la liste des infractions concernées.

 

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