Luigi Brugnaro, porte-parole d'une Venise en colère

Face aux inondations qui ravagent Venise, le maire, Luigi Brugnaro, admet qu’il n’a jamais assisté à un tel déchaînement de la nature. Et appelle Rome à bâtir et préserver l’Italie.

"La ville est à genoux. La marée a dépassé toutes les barrières. Les dégâts sont incommensurables…" L’eau jusqu’aux genoux, la tignasse encore plus rebelle que d’habitude, Luigi Brugnaro a perdu son sempiternel sourire face aux inondations qui ravagent Venise et ont coûté la vie à deux personnes. Le maire n’a néanmoins pas perdu son pragmatisme, forgé au fil de décennies d’activités entrepreneuriales et de vie politique.

Le profil
  • Luigi Brugnaro est né à Mirano, le 13 septembre 1961
  • En 1997, il fonde l’agence d’intérim Umana
  • En 2006, il devient le président de la société de basket-ball Reyer Venezia Mestre
  • De 2009 à 2013, il dirige l’organisation patronale locale, Confindustria Venezia
  • Le 16 juin 2015, il est élu maire de Venise

Avec l’accent chantant des Vénitiens et son habituelle vigueur, il a expliqué hier, aux journalistes présents sur une place Saint-Marc soudain noyée et transformée en miroir d’eau, qu’il avait rencontré le patriarche de Venise pour mesurer les dangers planant sur la somptueuse basilique byzantine qui domine les lieux depuis le IXe siècle. Il s’est ensuire entretenu avec les commerçants de la ville qui ont vu leurs magasins envahis par l’eau corrosive de la mer. La mairie de Venise a mis en place un système de pompage qui protège les bâtiments des inondations jusqu’à 80 centimètres. Or, aujourd’hui, l’eau atteint 187 centimètres.

Forger le destin

"J’ai vu des choses terribles", affirme Brugnaro avec le franc-parler qui le caractérise, lui qui se définit "ni de gauche ni de droite". Par son omniprésence courageuse, traversant ruelles et canaux de la cité des Doges, il essaye de rassurer les Vénitiens. Brugnaro plaît, en effet, à ces derniers pour son dynamisme à toute épreuve.

Né, en 1961, dans la petite ville de Mirano, le maire de Venise a dû lutter pour se forger un destin. Fils d’une institutrice et d’un ouvrier, Brugnaro a appris de son père, fier représentant syndical, à se battre sans jamais baisser la garde. Un diplôme en architecture et cinq enfants plus tard, il fonde en 1997, la société Umana, une agence d’intérim. En l’espace d’un peu plus de dix ans, son entreprise parvient à un chiffre d’affaires de l’ordre de 600 millions d’euros.

Aujourd’hui, le groupe dont il a délégué la gestion après son élection, compte 140 filiales dans toute la péninsule. Un parcours sans faute qui lui permet de conquérir le respect de ses pairs et de diriger, de 2009 à 2013, Confindustria Venezia, l’organisation regroupant les entreprises locales.

Appels sur Twitter

Profitant de la puissante caisse de résonance qu’offrent les nouvelles technologies, il est un utilisateur assidu de Twitter, d’où il invite aujourd’hui les Vénitiens à envoyer photos et vidéos sur les dégâts subis pour pouvoir ainsi lancer le processus de dédommagement. Issu d’une classe politique qui a encore du mal à admettre les ravages dûs aux changements climatiques, Brugnaro n’hésite pas à parler d’"apocalypse environnementale" et à se faire le porte-parole de ses concitoyens.

"Les gens sont vraiment fâchés, il n’y a pas que des monuments ici, il y a des habitants qui essayent péniblement de tenir le cap. C’est ça aussi l’Italie, il faut la bâtir et la préserver ensemble…", explique-t-il en dépassant les logiques indépendantistes de sa région et en exhortant Rome à intervenir.

 

Homoparentalité et contes de fées
En 2015, Brugnaro provoque la rage du chanteur britannique Elton John en décidant de retirer des écoles maternelles de nouveaux ouvrages contenant des contes de fées qui mettent en scène des familles homoparentales, comme celle du chanteur.

Tourisme de masse
Pour préserver Venise des effets ravageurs du tourisme de masse, Brugnaro a œuvré pour l’adoption d’une taxe à l’entrée de la ville ainsi que de strictes restrictions d’accès pour les visiteurs.

 

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