Luisa Ortega, procureure générale et activiste rebelle

L’ex-procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, accuse le président Maduro de corruption. Chaviste de la première heure, elle se dit aujourd’hui menacée. catherine mommaerts

Les chavistes horrifiés par les dérives anti-démocratiques de Nicolas Maduro, le successeur de leur héros Hugo Chavez, ont désormais leur figure de proue en la personne de l’ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega. Exilée en Colombie depuis le 19 août dernier, cette ancienne partisane invétérée de Chavez vient d’en rajouter une couche dans le bras-de-fer qui l’oppose à l’actuel Président vénézuélien depuis que ce dernier s’est mis en tête de bidouiller la constitution du pays pour accroître ses pouvoirs. Mercredi, c’est depuis Brasilia, où elle avait été invitée par le procureur général du Brésil, qu’elle a affirmé détenir "beaucoup de preuves" que Maduro a trempé dans l’affaire Odebrecht qui secoue le Brésil et le reste de l’Amérique latine depuis 2014.

Scandale Odebrecht

Le géant brésilien de BTP qui a versé des pots de vins dans une douzaine de pays pour décrocher de juteux contrats publics (notamment auprès du brésilien Petrobras) aurait donc également arrosé les autorités vénézuéliennes. D’après Ortega, Diosdado Cabello, le bras droit de Maduro, aurait à lui seul touché 100 millions de dollars d’Odebrecht. Mais il ne serait pas le seul à avoir reçu des pots-de-vin. "J’ai beaucoup de preuves (…) qui mettent en cause de nombreux hauts fonctionnaires vénézuéliens, y compris le président de la république", a-t-elle affirmé depuis Brasilia où elle a également déclaré faire l’objet de menaces de la part des autorités vénézuéliennes.

Le profil
  • Née en 1958 à Valle de la Pascua (nord).
  • Avocate de formation et mariée au député chaviste German Ferrer.
  • Soutient Hugo Chavez lors de sa campagne présidentielle de 1998.
  • Nommée procureure générale par le président Chavez en 2007. Obtient un deuxième mandat de 7 ans en 2014.
  • Dénonce une "rupture de l’ordre constitutionnel" le 31 mars dernier.
  • Suspendue de ses fonctions par la nouvelle Constituante le 5 août.

Longtemps acquise à Maduro, c’est en 2016 qu’Ortega aurait commencé à avoir des doutes en voyant de nombreux opposants se faire arrêter. Mais c’est le 31 mars dernier qu’elle est sortie du silence en organisant une conférence de presse pour dénoncer une "rupture de l’ordre constitutionnel" après la tentative infructueuse de la Cour suprême de s’arroger les pouvoirs du Parlement. Depuis, elle n’a cessé de critiquer Maduro pour sa partialité, sa répression sanglante des manifestations organisées pour réclamer son départ et l’élection d’une Constituante, le 30 juillet dernier, en vue de vider le Parlement (aux mains de l’opposition) de ses pouvoirs.

Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’elle paie le prix de son franc-parler. Après avoir été accusée par certains partisans du Président d’être "psychologiquement dérangée", elle sera finalement démise de ses fonctions le 5 août par la Constituante qu’elle avait tant décriée.

Mesures de rétorsion

Interdiction de quitter le Venezuela, avoirs gelés, domicile perquisitionné, le pouvoir a multiplié les mesures de rétorsion contre la procureure rebelle. Même son mari, le député chaviste German Ferrer, en a fait les frais. Accusé de diriger un réseau d’extorsion de fonds, ce dernier a vu son immunité parlementaire levée avant d’être menacé d’arrestation par le nouveau procureur général Tarek William Saab le 16 août dernier. Trois jours plus tard, le couple faisait ses valises pour Bogota.

Dans le camp Maduro, on ne décolère pas après les accusations portées mercredi par Ortega. "Cela n’a pas de valeur légale", a déclaré Saab en accusant l’ex-procureure générale de diffamation, elle qui "en près de dix ans n’a lancé aucune action contre aucun des personnages dont elle parle maintenant". Maduro, de son côté, a annoncé que le Venezuela allait lancer un mandat d’arrêt international à l’encontre d’Ortega et de Ferrer.

Pas la seule

Pas moins de 33 juristes qui avaient été nommés à la Cour suprême par le Parlement seraient aujourd’hui menacés d’arrestation. Cinq se sont réfugiés à l’ambassade du Chili à Caracas et cinq autres ont fui en Colombie.

Frère putschiste

Son frère, Humberto Ortega Diaz, a participé à la tentative de coup d’État de 1992 contre le président Carlos Andrés Pérez aux côtés d’Hugo Chavez. La tentative manquée vaudra la prison à Chavez. Élu en 1999, ce dernier saura se montrer reconnaissant en nommant Humberto Ortega Diaz à plusieurs fonctions, dont celle de ministre des Banques publiques.

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