Ma Huateng | Le Mark Zuckerberg chinois

L’homme d’affaires chinois peut se réjouir. En l’espace de quelques années, il a réussi le pari de faire de Tencent un véritable mastodonte de la tech. En effet, la valorisation de l’entreprise est depuis mardi plus élevée que celle de… Facebook.

ça y est. Depuis mardi, le chinois Tencent pèse désormais plus lourd que l’américain Facebook en termes de capitalisation boursière, et intègre au passage le club select des cinq plus gros groupes cotés au monde – qui compte déjà deux de ses compatriotes, le moteur de recherche Baidu et le géant de l’e-commerce Alibaba.

Il s’agit-là d’un beau pied de nez de l’Empire du Milieu à la Silicon Valley, mais aussi et surtout de la consécration d’un pari qui n’était en rien gagné d’avance. En effet, il aura fallu près de 19 ans pour que l’opérateur de jeux vidéo et de la messagerie ultra-populaire WeChat réussisse enfin à se hisser au niveau de ses rivaux californiens et à atteindre la place de premier groupe technologique asiatique valorisé à plus de 500 milliards de dollars. Un travail de longue haleine…

Discret, mais efficace

Derrière ce succès, l’on retrouve un homme: Ma Huateng, surnommé "Pony Ma", en raison de la signification de son nom de famille.

Le profil
  • Né en 1971 dans le sud-est de la Chine, il est diplômé en sciences informatiques (université de Shenzhen).
  • Après avoir travaillé dans les télécoms pendant quelques années, il fonde Tencent en 1998 avec un ancien de son alma mater.
  • En 2000, un fonds d’investissement allié au plus important opérateur télécoms d’Hong Kong investit 4,4 millions de dollars dans la firme, suivi en 2001 par le groupe de presse sud-africain Naspers avec 32 millions.
  • En 2004, Tencent fait son entrée en Bourse.
  • En 2014, Ma Huateng devient le plus riche Chinois.
  • Mardi, sa valorisation en Bourse a dépassé celle du géant Facebook.

En comparaison avec son rival de chez Alibaba, Jack Ma, le patron de Tencent est lui généralement décrit comme habitué de la discrétion, une attitude peut-être à rapprocher de son profil plus scientifique que celui de son compatriote. L’homme est connu pour éviter la presse autant que faire ce peu, n’accordant des interviews qu’au compte-gouttes.

Pourtant, il aurait de quoi monter sur les podiums car c’est bel et bien lui qui est à l’origine de l’aventure Tencent. Avec un copain d’université, il a mis sur pieds le groupe technologique chinois une paire d’années avant l’éclatement de la bulle internet, soit en 1998, après être d’abord passé par le monde des télécommunications.

Aujourd’hui, force est de constater que l’entreprise est bien loin des débuts… Rien que sur le troisième trimestre, elle a enregistré un chiffre d’affaires de plus de 9,8 milliards de dollars (en hausse de 61% en un an), de même qu’une croissance dans la majorité de ses secteurs d’activités.

Et ils sont nombreux… La firme est active aussi bien dans la messagerie mobile via WeChat, service approchant le milliard d’utilisateurs mensuels, que dans les jeux vidéo sur PC et mobile, mais aussi que dans les contenus digitaux ou encore dans la publicité.

D’ailleurs, fort de ces performances, Tencent s’est même payé le loisir d’investir dans de grands noms du secteur à travers le monde. Courant du mois, l’entreprise a par exemple pris une participation de 12% dans le service de messagerie éphémère à succès Snapchat. A côté de cela, Tencent est aussi actionnaire majoritaire d’entreprises telles que Tesla Motors ou Activision Blizzard, acteur majeur du monde du jeu vidéo.

Soutenu par d’autres

Comment le patron est-il arrivé à construire pareil empire? A force de travail… et de coups de pouce. Car si les services proposés par l’entreprise rencontrent un tel succès en Chine, l’on ne peut nier que la censure de leurs homologues américains n’y est sûrement pas pour rien… En parallèle, l’homme est parfois cité lorsque l’on parle des "princes rouges", nouvelle élite de l’Empire du Milieu, liée par le sang ou le mariage, au pouvoir en place ou à d’anciens dignitaires du parti communiste chinois.

Toutefois, il serait réducteur de ne voir le soutien apporté à l’ascension de Tencent que sous un angle politique. Les aides sont aussi venues des entreprises (parfois guidées par le politique, certes). Dès 2000 par exemple, le fonds d’investissement IDG Venture, allié au plus important opérateur télécoms d’Hong Kong, a investi 4,4 millions de dollars dans la firme, suivi en 2001 par le groupe de presse sud-africain Naspers avec 32 millions.

Puis, le reste n’aura été que progression classique, à savoir croissance du nombre d’utilisateurs et diversification dans de nouvelles activités… mais jusqu’à quand?

Plus riche Chinois

Grâce à la récente valorisation de Tencent, la fortune de l’homme d’affaires est désormais estimée entre 42 et 47 milliards de dollars selon que l’on se fie au classement de Bloomberg ou à celui de Forbes. Résultat, il frôle à nouveau la position de plus riche Chinois qu’il avait déjà atteinte par le passé.

"OffshoreLeaks"

Selon des révélations du journal Le Monde, le patron posséderait des actifs offshore depuis 2007, époque à laquelle il serait devenu codirecteur d’une société immatriculée dans les Îles Vierges "qui n’apparaît nulle part dans les documents officiels et dont les activités restent bien floues".

 

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