Manuel Valls, un destin entre Madrid et Barcelone

L’ancien Premier ministre français s’est exprimé pour la première fois depuis Madrid, ce mercredi. "Espagnolisé", il milite contre les séparatistes.

La salle de la fondation Diario Madrid est loin d’être pleine, tout au plus une centaine de personnes, un peu plus que prévu, nettement moins que la foule des grands soirs. C’est là que Manuel Valls a présenté mercredi soir un manifeste pour "réunir" une Espagne divisée sur la question de la Catalogne.

M. Valls est arrivé pile à l’heure, tout sourire. On ne le voit pas souvent à Madrid. Pour cette première et discrète incursion dans la vie politique de la capitale, il a choisi "un groupe d’amis", d’anciens cadres de la formation centriste Ciudadanos et du Parti socialiste (PSOE).

Le profil
  • 13 août 1962: Naissance à Barcelone, alors que ses parents vivent déjà en France.
  • 31 mars 2014-6 décembre 2016: Premier ministre français
  • 25 Septembre 2018: Annonce sa candidature à la mairie de Barcelone.
  • 2 octobre 2018: Abandonne son mandat de député pour l’Essonne.
  • 30 octobre 2018: Sort un livre, "Barcelona, vuelvo a casa" ("Barcelone, je rentre à la maison").
  • 26 mai 2019: Arrive en quatrième position aux élections municipales avec 13% des voix.

Depuis qu’il s’est installé à Barcelone il y a un peu plus d’un an, l’ancien Premier ministre français n’a cessé de se réinventer. Mais l’atterrissage a été quelque peu accidenté. Candidat à la mairie de Barcelone aux municipales du 26 mai à la tête de sa propre formation "Barcelone pour le changement", épaulée par Ciudadanos, il est arrivé en quatrième position.

Ses voix ont néanmoins aidé à faire réélire Ada Colau, la maire de la gauche radicale, face à un candidat indépendantiste ce qui lui a valu d’être traité de "fasciste" et "sale Français" par des militants sécessionnistes, et de rompre avec Ciudadanos, violemment opposé à Mme Colau.

Devenu l’un des 41 conseillers municipaux de Barcelone, lâché par ses anciens alliés, l’ancien Premier ministre est resté un peu seul. Il en a profité pour peaufiner son image. Il s’est "espagnolisé". Son accent français est devenu quasiment imperceptible lorsqu’il s’exprime en castillan ou en catalan.

Il a aussi tout fait pour effacer un gros faux pas. En février, Manuel Valls participait à Madrid à une manifestation contre la politique de dialogue du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez avec la Catalogne, convoquée par les conservateurs et Ciudadanos, et soutenue par la formation d’extrême droite Vox.

Les récents débordements en Catalogne entre indépendantistes et forces de l’ordre, lui ont servi de nouveau tremplin.

"Unir le constitutionalisme"

Manuel Valls s’est désormais donné une mission, celle "d’unir le constitutionalisme face au récit des séparatistes". D’où la nécessité, a-t-il souligné, de créer un "espace de réflexion contre le nationalisme et le populisme".

Entre Madrid et Barcelone, Manuel Valls se tâte. Interviewé sur la radio Onda Cero, lundi 28 octobre, il a laissé comprendre qu’il pourrait briguer la présidence de la Catalogne si un scrutin régional était convoqué en 2020, ce qui semble assez probable vu la décomposition de la coalition indépendantiste. "Je ne sais pas encore, (...) c’est possible (...) si ça sert à quelque chose, j’y penserai" a déclaré M. Valls, pour qui "un espace existe".

Un autre espace existe, à Madrid. Ciudadanos est au bord de la déconfiture. Tous les sondages annoncent que la formation pourrait perdre plus de la moitié de ses 57 députés. Le virage à droite de son président, Albert Rivera, a fortement déplu à ses sympathisants.

Si les résultats sont aussi mauvais que prévus, M. Rivera devra peut-être démissionner. Un poste très convoité restera libre. Celui de leader du centre, un centre amoindri, certes, mais essentiel dans un panorama politique très fragmenté. Une place à prendre.

"Jouet cassé"

La candidature de l’ancien Premier ministre n’a pas toujours été bien vue dans la presse espagnole. Dans le quotidien El País du 21 septembre 2018, le politologue Josep Ramoneda l’avait défini comme "un jouet cassé de la politique française".

Trois jours de mariage

Le 15 septembre 2019 Manuel Valls a épousé Susana Gallardo, riche héritière des laboratoires pharma-ceutiques Almirall, dans la grande propriété de cette dernière à Minorque. La cérémonie, à laquelle ont assisté, entre autres, l’écrivain et prix Nobel péruvien, Mario Vargas Llosa, a duré trois jours.

"Je suis Barcelonais"

Manuel Valls a n’a cessé de le répéter depuis qu’il y est arrivé: Barcelone est désormais sa ville. "Quoi qu’il arrive, je resterai ici", a déclaré celui qui fut maire d’Evry (Essonne) pendant plus de onze ans. "Je suis Barcelonais. C’est, avant tout, une option personnelle, un choix de vie."

 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité