Mark Carney, d'une crise à l'autre

Le mandat de Mark Carney à la tête de la Banque d'Angleterre s'achève. ©REUTERS

À trois semaines de la fin de son mandat, le gouverneur sortant de la banque centrale britannique rend les clés avec un taux directeur qui retrouve son plus bas niveau historique.

D’une crise à l’autre, de l’effondrement de Northern Rock au Coronavirus, de 2007 à 2020, le rôle de la banque centrale britannique a beaucoup évolué. Mais la “Vieille Dame” de Threadneedle Street n’a plus exactement la même force de frappe. Le passage du taux directeur de 0,75% à 0,25%, annoncé mercredi pour lutter contre les effets pervers de l’épidémie du Covid-19 sur l’économie, est déjà la dernière cartouche de la banque centrale.

Soutien budgétaire de 30 milliards de livres

Le gouvernement britannique a lancé un plan de soutien massif à l'économie britannique. 

Dans le détail, 7 milliards aideront les travailleurs indépendants et les PME, qui sont les plus menacées par les conséquences économiques de l'épidémie, 5 milliards le système de santé, qui s'ajoutent à 18 milliards d'autres mesures pour soutenir l'économie, qui a déjà souffert de l'ombre du Brexit.

Le taux directeur était de 5,75% quelques semaines avant l’effondrement de Northern Rock, à l’été 2007. Dans les mois suivants, il a été abaissé à des niveaux plancher historiques en plus de trois cents ans d’existence de la Banque d’Angleterre, puis n’a jamais été rehaussé dans les cinq années suivantes. Le redécollage de l’économie, à partir de 2013, n’a pas incité Mark Carney à procéder à une remontée sensible du taux directeur.

Indépendance en question

Le défaut d’indépendance de Mark Carney, et à travers lui de la banque centrale, vis-à-vis du pouvoir conservateur, aura marqué son mandat de sept ans, alors que la banque centrale est censée être pleinement indépendante depuis 1997.

Stress tests : la City est à l’abri

Depuis 2017, les grandes banques de la City ont réussi leurs différents stress tests et n’ont pas eu besoin de renforcer leur capital ratio tier 1, qui mesure leur fonds propres destinés à faire face à une crise de liquidités de grande ampleur.

Les derniers stress tests, réalisés quelques semaines avant l’apparition du coronavirus, ont émulé une récession à la fois britannique (-4,7%) et mondiale (-2,6%), un effondrement de la livre sterling par rapport au dollars (-30%), et un effondrement d’un tiers du marché immobilier.

 

 

Cette proximité a interpellé ces dernières années, lorsque la BoE a publié des rapports sur les conséquences du Brexit pour l’économie, qui ont pour la plupart été très imprécis, voire très contradictoires les uns avec les autres, à seulement quelques semaines d’écart. Selon le Times, le gouverneur a également accepté de communiquer sur les risques d’une indépendance écossaise, peu avant le référendum de 2014, à la demande du ministre de l’Économie, George Osborne. 

Andrew Bailey, un successeur peu convaincant

Andrew Bailey prendra les rênes de la banque d’Angleterre le 1er avril, sept ans jour pour jour après avoir pris ses fonctions de directeur de la Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur britannique des marchés financiers. Il a été désigné à la succession de Carney en dépit d’un bilan jugé médiocre à la FCA.

 

En matière d’indépendance, Mark Carney a également commis une faute professionnelle en se déplaçant secrètement en Californie pour rencontrer le patron de Facebook Mark Zuckerberg, au moment où le plus grand réseau social lançait son inquiétant projet de cryptomonnaie mondiale, Libra. Depuis, les levées de boucliers des régulateurs ont considérablement freiné ce projet, qui pourrait finalement ne pas voir le jour. Mais l’histoire a retenu que Mark Carney a fait partie de ceux qui se sont prosternés devant le gigantisme de Zuckerberg, qui n’a par ailleurs jamais daigné venir s’exprimer devant les Communes après le scandale Cambridge Analytica, une firme britannique.

Le profil 

Né le 16 mars 1955 à Fort Smith (Canada)

Marié, 4 enfants

1990-2003 : Goldman Sachs

2003-2013 : Banque centrale du Canada

2013-2020 : Banque d’Angleterre

2020 : envoyé spécial de l’ONU pour la finance et le changement climatique

 

Nommé après Mervyn King pour moderniser, voire américaniser la BoE, l’ancien gouverneur de la Banque du Canada n’a pas non plus évité, il y a quelques semaines, un scandale de fuites de données permettant à des traders d’avoir accès aux décisions de politique monétaire avec suffisamment d’avance pour pouvoir générer des profits.

La désignation du Canadien en tant que conseiller spécial de Boris Johnson avant la COP26, à Glasgow, en novembre prochain, a fait sourire. Son action à la tête de la BoE contre le changement climatique a été plus que limitée. Aucun des 400 derniers rapports et recherches réalisés par la BoE depuis au moins deux ans n’a concerné de près ou de loin le changement climatique.

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