Mark Karpelès, le baron déchu du bitcoin, échappe à la prison ferme

Près de deux ans après l’ouverture de son procès, Mark Karpelès, est fixé sur son sort. Il échappe à la prison ferme.

Cet article a été publié initialement le 14 mars. Nous l'avons actualisé avec le verdict du procès qui a été rendu public ce vendredi 15 mars.

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La faillite en février 2014 de Mt. Gox, plateforme d’échange de monnaie virtuelle, n’a été que l’un des premiers soucis d’une longue série pour Mark Karpelès. Tout démarre en 2011 lorsque, peu après avoir repris Mt. Gox, il se rend compte d’un piratage faisant perdre 80.000 bitcoins à la société. Il pensait pouvoir colmater ce manque en injectant des capitaux mais l’augmentation du cours du bitcoin à cette période gonfle la somme à débourser, rendant l’injection trop compliquée à réaliser.

Le profil
  • Né en 1985 à Chenôve, en France
  • Intéressé depuis son enfance par l’informatique
  • Entre 2003 et 2005, il travaille pour la société Linux Cyberjoueur
  • Il emménage au Japon en 2009
  • Il rachète la plateforme Mt. Gox en 2011
  • Surnommé "le baron du bitcoin"

Son procès s’est ouvert à Tokyo en juillet 2017. Il est accusé d’avoir falsifié des données informatiques dans le but de créer la somme virtuelle d’un million de dollars et d’avoir détourné des fonds commerciaux "dans le but de couvrir des frais personnels, avec manquement aux obligations découlant de sa charge", selon l’acte d’accusation. Un détournement d’une somme de 341 millions de yens (soit 2,7 millions d’euros), qu’il aurait dépensée dans l’achat de droits de logiciels et dans la location d’un appartement lui coûtant 1,4 million de yens par mois.

En 2015, une affaire sur une autre attaque informatique faisant perdre 850.000 bitcoins à Mt. Gox permet de mettre en lumière les fraudes de Mark Karpelès. Il se fait arrêter par la police japonaise et est mis en détention provisoire. C’est cette perte, équivalente à 350 millions d’euros à l’époque, qui plonge la société en faillite. Après avoir payé une caution de 10 millions de yens moins d’un an après son arrestation, il est libéré.

Si l’accusé plaidait son innocence depuis le début du procès, le parquet, de son côté, affirmait avoir de sérieuses preuves de l’usage illicite de cet argent, grâce notamment à la découverte de plusieurs virements bancaires. Dix ans de prison sont requis. Mercredi dernier, l’ancien patron de Mt. Gox déclarait dans une interview au quotidien Les Echos qu’il ne se sentait pas confiant et ne pensait pas avoir convaincu ses juges. Il avouait espérer une condamnation légère.

Récidiviste?

Cette affaire au Japon n’est pas une première pour Mark Karpelès. Avant de racheter en 2011 la plateforme Mt. Gox, ce génie de l’informatique s’était déjà frotté à la Justice française. Si en 2009 il déménage au Japon pour créer sa propre société, Mark Karpelès avait collaboré auparavant dans plusieurs entreprises informatiques françaises, dont la société Linux Cyberjoueur. Il y a travaillé en tant que développeur de logiciels pendant deux ans, de 2003 à 2005.

La veille de sa démission, le patron de la société basée à Paris découvre d’étranges transactions de données: le changement d’un nom de domaine de Linux Cyberjoueur qui redirige vers un site dont Mark Karpelès est propriétaire et plusieurs transferts de données clients vers d’autres serveurs nationaux et internationaux. Son ancien employeur finit par porter plainte contre lui.

Malgré son absence du procès car il vivait déjà au Japon, la Justice française condamnait en 2010 Mark Karpelès à un an d’emprisonnement avec sursis pour "accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données" et pour "modification frauduleuse de données". Il était également condamné à payer 45.000 euros de dommages et intérêts.

Verdict

Mark Karpelès a été condamné ce vendredi à deux ans et demi de prison avec quatre ans sursis, une peine bien en deçà des réquisitions. Le jugement qui l'innocente sur plusieurs points. Le tribunal a distingué les chefs d'accusation et n'a finalement retenu que celui de falsification de données informatiques par la création de fausse monnaie virtuelle, avec "volonté manifeste de dissimulation". "Le verdict l'a totalement acquitté sur les soupçons d'enrichissement personnel et c'est très important", a réagi on avocat.  

Un autodidacte

Depuis son plus jeune âge, Mark Karpelès est passionné par l’informatique. Il apprend à coder à l’âge de trois ans. Très renfermé dans cet univers virtuel, il délaisse les activités enfantines habituelles et passe des journées entières devant son ordinateur, sans en bouger. Il est décrit comme un véritable génie de la programmation.

Le bitcoin et lui

En 2011, Mark Karpelès rachète 88% de la plateforme Mt. Gox, qui est encore à l’époque dédiée au jeu de cartes Magic. Il la transforme rapidement en la plus importante Bourse de bitcoins. En 2013, plus de 80% des transactions mondiales de la monnaie virtuelle passaient par cette plateforme. Il était à la tête de 60 employés.

Honnête ou escroc?

Malgré que Mark Karpelès ait clamé son innocence dans les deux affaires dans lesquelles il a été incriminé, certains de ses proches ont estimé qu’il était tombé dans les travers d’internet. Une de ces connaissances confiait dans un ancien documentaire télévisé que l’argent qui pouvait être généré dans ce milieu l’excitait.

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