Mark Schneider, l'ambition mondiale des crèmes glacées

Le patron de Nestlé, l’Allemand Mark Schneider, poursuit la restructuration du géant suisse de l’agro-alimentaire. Mercredi, il annonçait la cession des glaces Häagen Dazs à Froneri.

Froneri se rapproche un peu plus de son objectif: devenir numéro 1 mondial des crèmes glacées. Pour 4 milliards de dollars, cette filiale à parts égales de Nestlé et du fonds d’investissements français PAI-Partners, reprendra au cours du premier trimestre 2020 Häagen Dazs à Nestlé. Froneri, créée en 2016 par Nestlé et PAI, possède déjà les marques Schöller, Frisco, Mövenpick, Toblerone et Milka, ce qui en fait le leader sur le plus gros marché mondial de la crème glacée, les Etats-Unis.

Le profil
  • 1965: naissance à Neuwied, à l’ouest de l’Allemagne
  • Jusqu’en 1988: université St Gall en Suisse. En parallèle, il fait un MBA aux USA
  • 2003: il acquiert la nationalité américaine
  • 2003-2016: direction de Fresenius
  • 1er janvier 2017: direction de Nestlé en Suisse

Avec cette cession, Mark Schneider accomplit un pas de plus dans sa stratégie de restructuration du géant suisse de l’agro-alimentaire avec un recentrage de l’activité sur le café, les aliments pour bébé, pour animaux et les eaux en bouteille. Les crèmes glacées, qualifiées d’activité hautement concurrentielle par les analystes, quittent donc à leur tour le navire. "C’est le mandat qui m’a été confié" par le conseil d’administration, a-t-il l’habitude de répéter.

Le "meilleur" de sa génération

Ulf Mark Schneider, 54 ans, est "le meilleur manager de sa génération", écrivait de lui le Manager Magazine en 2013, qui l’élit alors "manager de l’année". Il est aussi l’un des plus discrets. À la tête depuis le 1er janvier 2017 de 300.000 salariés dans 190 pays, il a commencé chez Nestlé par un stage d’observation de quatre mois, avant de se lancer dans la bataille… Schneider se sépare alors de divisions valant des milliards et licencie, y compris en Suisse, rompant là un tabou dans la culture de l’entreprise née en 1866.

En deux ans et demi, Nestlé a remanié 10% de son portefeuille, procédant à 9 milliards de francs de vente, 10 milliards d’acquisitions. L’objectif devait être atteint en 2020 seulement. Parmi les transactions phares, on trouve la vente de l’activité sucreries aux Etats-Unis à Ferrero, l’achat d’une partie de Starbucks ou encore l’annonce de la vente prochaine de l’activité assurance-vie aux Etats-Unis.

La stratégie s’avère payante pour les investisseurs: en 2018, le groupe a vu sa valeur boursière augmenter d’un tiers, à 300 milliards de francs.

Déjà chez le numéro 1 de la dialyse et des hôpitaux en Allemagne Fresenius qu’il a dirigé entre 2003 et 2016, il avait multiplié les ventes par quatre et les profits par douze. À l’époque, on l’appelle le "Deal Junckie".

Humour et verbe calme

Ulf Mark Schneider est né en Allemagne. Après des études d’administration et de finance à St Gall en Suisse, il écrit son MBA à Harvard, sa patrie d’adoption et devient américain en 2003. En déplacement 100 jours par an, il vit le reste du temps en Suisse. Adepte du végan, il est à l’origine du développement d’un segment bio-végan au sein de Nestlé, et s’il invite la presse, c’est à l’occasion pour faire découvrir une nouvelle pizza allégée, un smoothie aux légumes ou un burger aux lentilles. C’est sans états d’âme qu’il s’est séparé des charcuteries allemandes Herta. Ceux qui le fréquentent le disent rapide, très sûr de lui, doté d’un humour plutôt britannique, le verbe calme, de haute taille, pâle et le front haut… Lorsqu’il s’exprime en allemand, il lui reste quelques intonations de ce dialecte rhénan que parlait aussi Helmut Kohl.

Prodige

Ulf Mark Schneider a 15 ans lorsque son lycée lui recommande de sauter une classe. Il hésite de peur de perdre ses amis. Son père lui demande pourquoi il veut perdre une année sur les bancs de l’école, qu’il pourrait consacrer plus tard à la découverte du monde. Il saute alors le pas.

Un prénom qui dérange

Ulf Mark Schneider n’aime pas son premier prénom qu’il a fait disparaître de tous les documents Nestlé.

Jeune expert

À 28 ans, son premier employeur, la firme allemande Haniel, l’envoie assainir un petit fournisseur du bâtiment est-allemand que l’entreprise vient de racheter. Schneider refuse de faire appel à des consultants, assure pouvoir mener l’expertise seul.

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