Martin Scorsese, le roi du grand écart cinématographique

Rien ne prouve que ce soit lui, le plus grand réalisateur de tous les temps. Mais rien ne prouve que ce soit quelqu’un d’autre… La sortie de son nouvel opus, "The Irishman", va à nouveau créer l’événement.

Une œuvre vaste comme le monde, telle est celle que Martin Scorsese nous livre depuis plus de 50 ans. Un grand écart hallucinant entre le rock échevelé ("The Last Waltz" – 1978, "Shine a Light" – 2008) et la pure exégèse ("La dernière tentation du Christ" – 1988, "Silence" – 2016). Entre les deux, un miroir aux innombrables facettes, où domine une communauté à la fois familière et épique: le monde des truands et l’underground. Son truc à lui, Martin Scorsese: nous embarquer dans une narration au rythme familier, mais vers un chemin inconnu. Car quel que soit le contexte, il ne juge jamais ses personnages. Comme le dit Tarantino avec un respect religieux: "Il construit pour les spectateurs que nous sommes une maison de vingt étages, avec des salons, des chambres, et des plats fumants sur les tables; et puis il nous donne les clés."

Le profil
  • 1942: Naissance à Manhattan
  • 1967: Premier long-métrage (autoproduit) "Who’s That Knocking at My Door?"
  • 1976: "Taxi Driver" devient un phénomène de société dans le monde entier
  • 1988: "La dernière tentation du Christ" fait scandale, attentats en France
  • 2002: Sortie différée d’un an de "Gangs of New York", post-11 Septembre
  • 2010: "Shutter Island" triomphe au box-office mondial

New York, 1942. Pour devenir le Conteur avec un grand C, quoi de mieux que de naître au centre de l’univers (cinématographique)? Les parents du petit Martin viennent tous les deux de Sicile et travaillent dans le quartier de la mode au cœur de Manhattan – en plus d’être acteurs à leurs heures perdues. Leur fils leur donnera plusieurs fois la parole, notamment dans le doc "Italianamerican" (1974).

Italianamerican

Après un passage par la mythique Tisch School, les événements s’enchaînent sans traîner: un court-métrage déjà aussi visuel que symbolique ("The Big Shave", 1967) où un homme poursuit son rasage aveuglément jusqu’à se vider de son sang. Les obsessions sont là, prolongées par le mythique "Mean Streets" (1973). New York, la rue, la trahison, l’Amérique… Thèmes auxquels s’ajouteront bientôt les apparences, la mort, et la résurrection. Sans oublier la vacuité de toute chose. Les rendez-vous manqués. Et tout ce qui nous dévore. Bref…

Très bien coté

Ses afficionados achèvent leur démonstration "Qui dit mieux?" en comptabilisant ses films couronnés par le site de référence imdb.com. La barre mythique des 8/10, que tous espèrent atteindre, Scorsese la dépasse allègrement… une dizaine de fois. "Taxi Driver", "Raging Bull", "Les Affranchis", "Casino", "Les Infiltrés", "Shutter Island", "The Wolf of Wall Street", ou le nouveau venu "The Irishman". Auxquels on pourrait encore ajouter d’autres chefs-d’œuvre: "After Hours", "Le temps de l’innocence"…

The Irishman - Bande-annonce

Chez Scorsese, comme chez les autres grands mystiques, l’alpha et l’oméga se rejoignent. Pour mieux renaître, il faut toucher du doigt la souffrance vraie. Le De Niro de "Taxi Driver" sauvera la jeune prostituée Jodie Foster sur le chemin de la consommation. Tout comme le Christ-Willem Dafoe avait sauvé Marie-Madeleine (et plus si affinités…). En fin de compte, celui qui aurait voulu être prêtre – si ses films n’avaient pas marché – aura finalement été pape – du 7e Art.

Contre les super héros
Scorsese décrit les films de super héros comme des "produits de consommation", proches de "l’attraction foraine". Il plaide pour le refinancement des cinémathèques à travers le monde…

Acteurs fétiches
De Niro n’est pas le seul à trouver grâce à ses yeux (9 films). DiCaprio suit de près (5 premiers rôles - et bientôt un 6e avec "Killers of the Flower Moon", qui vient d’entrer en production), suivi par Harvey Keitel (6 films mais quelques petits rôles) et bien sûr Joe Pesci (4 premiers rôles).

C’est long mais c’est bon
Si Scorsese a gagné la Palme d’or très tôt dans sa carrière (pour "Taxi Driver" en 1976), il faudra attendre 3 décennies de plus pour décrocher enfin l’Oscar (meilleur film et meilleur réalisateur) en 2007 pour "Les Infiltrés" (après pas moins de 6 nominations infructueuses).

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