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Fin de règne pour le roi de la pub

©Bloomberg

Martin Sorrell, le fondateur de WPP, le plus grand groupe de communication du monde, a été poussé à la démission. Cette fin de règne marque aussi la fin d’une ère dans l’industrie.

Il devait forcément tomber maintenant, au moment où l’industrie publicitaire, dévorée corps et âme par les géants du net, entre dans une période d’incertitudes inédite.

Martin Sorrell, 73 ans, était l’un des dinosaures du secteur, peut-être l’ultime. Il a su, mieux que tous les autres concurrents, ouvrir son groupe WPP à l’ère numérique, avec de nombreux partenariats avec Twitter, Google, Microsoft ou Facebook, qu’il définissait comme des "frenemies" (mot valise entre friends et enemies). Mais sa stratégie globale était en grande partie définie par l’intuition, l’instinct, le flair, qui lui ont permis de transformer en trois décennies une simple entreprise de fabrication de chariots de courses (Wired and Plastics Products) en monstre global de la com’.

Le profil
  • Né le 14 février 1945 à Londres
  • Etudes: Christ’s College (Cambridge), université de Harvard
  • Directeur financier Saatchi & Saatchi (1977-1985)
  • Rachat de Wired Plastics Products (1985)
  • Agences du groupe WPP: Ogilvy & Mather Worldwide, Young & Rubicam, Ogilvy, Kantar, JWT, etc.

C’est un peu ce côté humain, trop humain, qui a fini par précipiter sa chute. Martin Sorrell était un "control freak", un maniaque de la perfection, un chantre du micromanagement, un véritable glouton du profit. Des journées à cent à l’heure, où chaque minute, chaque détail compte. C’est d’ailleurs entre deux bouchées, lors d’une interview accordée alors qu’il traversait sa première grande tempête actionnariale, en 2012, qu’il nous avait livré le secret, si simple, de sa réussite: "Choisir un domaine précis et y développer l’expertise la plus fine possible."

Control freak

Le problème et le mérite, à la fois, de Martin Sorrell sont d’avoir exercé cette logique de contrôle sur tout ce qui passait devant lui, en demandant par exemple à ses attachés de presse de harceler les journalistes qui dépeignaient de façon trop piquante son règne à la tête de WPP.

Chaque année ou presque, depuis le début de la décennie, Martin Sorrell a dû affronter l’ire des actionnaires, lors des assemblées générales, en raison de sa tendance à augmenter toujours davantage son package de rémunération, qui approchait parfois les 100 millions d’euros et a fait de lui le PDG le mieux payé d’Europe ces dernières années.

Tout lui était finalement pardonné tant que la pieuvre WPP continuait de croître à un rythme impressionnant. Est-ce un hasard s’il a finalement été poussé par la sortie au moment où le groupe commence sérieusement à toussoter?

Une enquête interne sur des abus de biens sociaux, liés à une "inconduite personnelle" vient de rendre ses conclusions et pousser Sorrell à la démission. Celui-ci nie les faits, qui sont scrupuleusement tenus secrets par le conseil d’administration.

WPP, SON BÉBÉ"

En tant que fondateur, je peux dire que WPP va au-delà de la vie et de la mort. C’était, et ça restera, plus important que cela."

UN GROUPE TENTACULAIRE

L’entreprise de fabrication de caddies acquise par Martin Sorrell au milieu des années 80 est désormais un leader mondial dans les techniques d’e-commerce, dans la publicité, dans les relations publiques et dans le conseil de marques. WPP compte plus de 200.000 employés, présents dans 3.000 bureaux et 112 pays. Elle compte près de 280 sociétés et filiales, dont Ogilvy & Mather, Kantar TNS ou Young & Rubicam.

UN SUCCESSEUR QUI RESTE À DÉSIGNER

Le choix du prochain directeur général sera un processus complexe, tant Martin Sorrell a incarné et défini la culture managériale d’un groupe qui s’est pourtant construit à coups de dizaines de fusions- acquisitions. Une solution transitoire est déjà prévue, avec notamment les promotions de Roberto Quarta, Mark Read et Andrews Scott aux postes stratégiques, mais le départ de Martin Sorrell va forcément être accompagné de profondes secousses.

Sorrell avait déjà fauté il y a quatre ans, en laissant son entreprise prendre en charge 274.000 livres de frais personnels pour son épouse. Mis sous pression, il avait remboursé la somme. Cette fois, le degré de gravité de son "inconduite personnelle" n’est pas connu, mais il ne fait guère de doute que son erreur tombe à pic pour le conseil d’administration du groupe, qui n’attendait que cela pour tourner la page.

Dans le monde de 2018, où les médias et la publicité n’ont d’autres choix que de se prosterner à la dictature de la data, sa gestion du groupe "par le haut" a tout simplement fait son temps. Ainsi pense l’industrie.

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