Matthew Levatich, roi des bikers

Matthew Levatich, le patron de la célèbre marque de motos Harley-Davidson, est en guerre contre Donald Trump. Pour sauver l’entreprise, il envisage de délocaliser une partie de la production.

Entre Donald Trump et le patron de Harley-Davidson, le torchon brûle. Pour échapper aux tarifs douaniers imposés par Bruxelles en représailles à ceux de Washington sur l’acier européen, Matthew Levatich a annoncé son intention de délocaliser une partie de sa production. Une nouvelle qui a agacé le Président américain. "Une Harley-Davidson ne devrait jamais être fabriquée dans un autre pays. Jamais!", a tonné le locataire de la Maison-Blanche sur Twitter, avant d’ajouter, furieux, "leurs employés et leurs clients sont déjà très remontés contre eux. S’ils délocalisent, vous verrez, ce sera le début de la fin".

Le patron de la célèbre marque de motos n’a pas pris cette décision à la légère. Répétant à l’envie que le consommateur est sa principale préoccupation, Matthew Levatich ne veut pas répercuter la hausse de prix sur ses clients européens, son second marché derrière les États-Unis, avec 40.000 motos vendues l’année dernière. Alors, pour "éviter le fardeau des droits de douane" et survivre, l’entreprise, qui connaît déjà une situation économique difficile, va délocaliser sa production destinée à l’Union européenne (au Brésil ou en Thaïlande).

CV Express
  • Né le 7 janvier 1965 à Ithaca.
  • À 8 ans, il monte sur sa première moto.
  • Obtient un master en gestion de l’ingénierie à la Kellogg School of Management et ensuite un MBA en marketing, finance et comportement organisationnel en 1994.
  • La même année, il commence à travailler pour Harley-Davidson à Milwaukee (Wisconsin) comme ingénieur en mécanique.
  • En 1996, Harley-Davidson l’envoie en Angleterre pour développer le marché européen.
  • Revient ensuite à Milwaukee, s’occupe du musée Harley-Davidson, puis déménage en Italie en 2008, pour diriger MV Agusta Group.
  • En 2015, il succède à Keith Wandell et devient président-directeur général de Harley-Davidson.
  • Rencontre Donald Trump en 2017.
  • En 2018, annonce son intention de délocaliser une partie de sa production pour échapper aux taxes douanières imposées par l’UE.

Matthew Levatich, qui dirige l’entreprise depuis 2015, est entré chez HarleyDavidson en 1994. Cet ingénieur en mécanique, souvent habillé d’une veste en cuir, a ensuite gravi les échelons jusqu’au grade le plus convoité: celui de CEO. Il a été successivement président et directeur des opérations, vice-président et directeur général de la division Pièces et accessoires ou encore vice-président de la division Gestion du matériel. Il connaît donc parfaitement l’entreprise.

Tombé dans la marmite

Originaire d’Ithaca, dans le Nord de l’État de New York, le quinquagénaire et père de deux enfants est un féru de motos. Il est monté sur sa première bécane au début des années 1970 à l’âge de 8 ans, et depuis, il n’a jamais quitté ce milieu. D’abord avec ses différents postes à responsabilité au sein de Harley-Davidson, symbole de l’Amérique profonde – ironiquement, celle qui vote pour Donald Trump et qui a soutenu ses mesures protectionnistes –, puis sur les routes en testant les motos de l’entreprise et celles de ses concurrents. Mais quand Matthew Levatich n’est pas sur une moto ou sur un terrain de hockey, il est dans les bureaux de son entreprise à Milwaukee. Car depuis qu’il a repris les rênes de Harley-Davidson, Matthew Levatich fait tout ce qu’il peut pour accélérer les chiffres et retrouver le record atteint en 2006, où l’entreprise avait vendu plus de 350.000 motos, loin des quelque 240.000 modèles vendus dans le monde en 2017.

En plus de sa parfaite compréhension de Harley-Davidson, le patron de 53 ans connaît très bien l’Europe, un marché qu’il défend férocement aujourd’hui. Il a passé une partie de sa carrière en Angleterre, puis il a déménagé une nouvelle fois avec toute sa famille à l’été 2008, cette fois en Italie.

Si, aujourd’hui, les rapports entre Levatich et Trump sont plus que tendus, la relation entre les deux hommes avait pourtant bien commencé. En février 2017, Donald Trump, tout juste élu, avait reçu le patron des bikers à la Maison-Blanche pour défendre sa stratégie industrielle de "l’Amérique d’abord", qualifiant Harley-Davidson de "fleuron américain". Des mots qui dénotent avec les attaques actuelles. 

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