Mehdi Kassou, d'homme d'affaires à homme refuge

Avant d’être porte-parole de la plateforme citoyenne d’aide aux réfugiés, Mehdi Kassou menait une vie de cadre dynamique au service d’une multinationale. Il a quitté son "job en or" sans se retourner.

"Plus jamais. C’est un monde auquel je ne veux plus appartenir." Quand en juin 2017, Mehdi Kassou a indiqué sur LinkedIn que son contrat chez Samsung avait pris fin, il a croulé sous les propositions de grandes entreprises, raconte-t-il. Mais sa vie venait de passer un de ces aiguillages dont on ne revient pas. Il est porte-parole de la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, qui mobilise des milliers de Belges pour accueillir, héberger, soutenir des nouveaux arrivants.

Jusqu’alors, il avait creusé son sillon avec constance. Après un passage dans la presse, il s’est lancé dans la production télé. Du divertissement pour RTL, de la production pour Télé Bruxelles, un projet pour l’UCM… "À chaque fois, je suis parti parce qu’on me payait mieux ailleurs, c’était le moteur", explique-t-il. Il entre ensuite chez Samsung, où il deviendra key account manager. Il se dépeint surfant sur la vague du business: "Je suis arrivé avec le style jeune loubard en basket. J’ai eu la chance d’être très bon dans ce que je faisais, on m’a donné carte blanche."

Le profil
  • 2004 Étudie la communication à l’Université du Travail.
  • 2007 Chargé de production chez KNTV.
  • 2009 Chargé de ventes chez Belgacom.
  • 2010 Project manager pour l’UCM.
  • 2011 Entre chez Samsung, il devient key account manager quatre ans plus tard
  • 2017 Porte-parole de la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés.

C’est au sommet de la vague que survient le déclic. En août 2015, comme tout le monde, il connaît la situation du parc Maximilien. Des centaines de personnes s’y entassent en attendant de pouvoir déposer leur demande d’asile à la Belgique. Il raconte comment un jour, de retour de vacances, il est allé y faire un tour. "Je suis tombé sur un gamin de trois-quatre ans l’âge de mon fils , qui dormait sur une bâche en plastique bleu. Voir ça à 200 mètres de Tour & Taxis, où je venais d’assister à un événement avec un alignement de berlines, ça m’a vraiment perturbé. Dans ce parc, je suis tombé à genoux en pleurant."

Des volontaires avaient dressé une liste de besoins. Il a vu "tentes", il est allé en chercher cent cinquante. Elles sont parties comme des petits pains, et ce n’était pas encore assez. Alors, il est resté. Il s’est mis à relayer les besoins sur les réseaux sociaux. Il a mis en relation "l’école Maximilien" avec des amis circassiens; monté une levée de fonds pour acheter un oud au musicien irakien Hussein Rassin. Il s’investit, ses nuits se raccourcissent. Sa compagne et lui se font famille d’accueil de Zuber, un ado érythréen.

"J’ai dit stop"

Le travail de Mehdi Kassou lui laisse une grande latitude – "l’important était le résultat" –, mais son engagement finit par prendre le dessus. "J’avais un vrai problème de conscience, c’était compliqué pour moi de gagner trop d’argent, ça ne me rendait pas forcément plus heureux." Il ne manque qu’un second déclic pour aller un pas plus loin. La multinationale qui l’emploie annonce qu’elle sponsorise l’équipe de réfugiés aux JO. Pour lui, qui considère qu’elle contribue au problème par l’exploitation des mines de cobalt, ça ne passe pas. "J’ai dit stop."

En juin 2017, son contrat prend donc fin. "À partir de là, je mets mes compétences de communicateur et ‘d’homme d’affaires’ au service d’une cause qui me semble juste", explique-t-il. Coprésident de la plateforme avec sa compagne Adriana, il veut réagir au durcissement de la politique migratoire, à un discours ambiant qu’il juge biaisé, à des médias qu’il juge au mieux passifs… "Je n’imaginais jamais que moins de six mois plus tard, on serait au cœur de l’actualité", sourit-il, en regardant s’enchaîner sur son GSM les demandes d’interviews.

"Gagner le tiers de ce que j’ai gagné chez Samsung pour faire ce que j’ai envie de faire, c’est un plaisir. Je vois des sourires naître sur le visage des gens." Il espère qu’un jour, la nécessité d’exister de cette plateforme disparaîtra. En attendant, il mène ses deux temps pleins de front dans les halls de la gare du Nord.

Drapeaux non admis

Si BXLRefugees s’oppose à la politique du gouvernement, l’ASBL est apolitique. Quand il monte une manif, il contacte les partis d’opposition. Avec comme mot d’ordre de ne pas arborer leurs couleurs – dimanche, il a demandé aux militants du PTB de ranger leurs drapeaux. Et parmi les hébergeurs, il y a du "très beau monde" de "tous les partis", y compris du MR, souligne Mehdi Kassou.

Lanceurs d’alerte

Mehdi Kassou se délecte de voir l’appareil de l’État se diviser sur la répression des migrants: en trois jours, quatre sources différentes, dans l’administration et la police, lui ont indiqué le moment où devait avoir lieu une opération policière à la gare du Nord, raconte-t-il.

 

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