Mette Frederiksen, l'icône de la gauche décomplexée

Vincent Georis

Mette Frederiksen a les cartes en main pour former le prochain gouvernement danois. Pour y parvenir, elle a durci sa politique migratoire et promis de réhabiliter le modèle danois.

Dans les années 2000, la jeune députée danoise Mette Frederiksen dénonçait la politique migratoire du Danemark, bien trop dure à ses yeux. Mais ça, c’était avant. Depuis, la socialiste a compris que pour séduire l’électorat danois, c’est aux migrants qu’il fallait s’attaquer. Lors de la campagne électorale, elle a mis en avant des propositions encore plus dures que la droite au pouvoir, comme celle de renvoyer les migrants "non-occidentaux" dans des camps de l’ONU en Afrique. Il est loin le temps où la jeune Mette cotisait à l’ANC sud-africaine.

Le profil
  • Née en 1977, elle a étudié les sciences sociales à l’université d’Aalborg.
  • Élue députée en 2001, elle devient porte-parole du parti pour la culture, les médias et l’égalité des genres. Elle sera ministre de l’Emploi (2011) et puis de la Justice (2014).
  • En 2015, elle devient la présidente du Parti social-démocrate danois, auquel elle donne un coup de virage à gauche tout en durcissant le programme sur la migration.

Mette Frederiksen est la Première ministre pressentie du Danemark. Son parti a remporté sans surprise les législatives, avec 25,9% des voix. Les sociaux-démocrates décrochent 48 députés sur les 179 du Folketing, le parlement danois. Au total, le bloc de partis de gauche atteint 91 députés contre 75 pour les partis de droite. Les libéraux de Venstre, au pouvoir ces quatre dernières années, font mieux qu’attendu, 23,4%, alors qu’ils étaient à 19,5% en 2015, grâce à leurs bons résultats économiques.

La victoire des socialistes tient surtout à l’effondrement du Parti populaire danois, à 8% contre 21% en 2015, en chute depuis que les autres partis du pays ont repris son combat contre l’immigration.

La gauche décomplexée

Mette Frederiksen, âgée de 41 ans, mère de deux enfants et divorcée, incarne une sociale-démocrate décomplexée dans un pays où l’idéologie d’extrême droite a fini par percoler un peu partout. Une surenchère dans les dispositions anti-migrants a fini par aboutir à une série de lois sévères uniques en Europe. Le Premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen s’en est lui ému le jour où il s’est rendu compte que la fiancée de son propre fils ne pouvait plus rester au Danemark.

Les négociations pourraient durer

Au-delà de la dureté de ses propositions envers les migrants et des travailleurs étrangers, Mette Frederiksen, à la différence des nationalistes, n’a en vue aucune proposition stigmatisant les musulmans. Mais sa tâche pour former un nouveau gouvernement ne sera pas aisée. Sans nul doute, elle devra mettre de l’eau dans son vin avec les autres partis de gauche, plus ouverts qu’elle à l’égard des migrants. Les négociations risquent de prendre du temps. Elles devraient aboutir à un gouvernement minoritaire, une tradition au Danemark, avec le parti populaire socialiste, des écologistes.

L’une de ses premières décisions porte sur le soutien, ou non, à la candidature de sa compatriote Margrethe Vestager à la présidence de la Commission européenne. La commissaire à la Concurrence, de plus en plus soutenue en Europe, est membre du Parti social libéral, qui a réalisé le quatrième score, avec 8,6%, et pourrait se rendre indispensable à la future majorité pour certains dossiers.

Modèle danois

L’autre axe du programme de Mette Frederiksen est la réhabilitation du modèle social danois. La future dirigeante veut mettre fin aux économies dans l’enseignement et les soins de santé. Elle projette aussi de durcir les lois du secteur financier, suite à des scandales de blanchiment d’argent ayant impliqué des banquiers. Elle ne devra pas, non plus, négliger la lutte contre les changements climatiques, une exigence de l’électorat danois.

Son expérience politique, de près de vingt ans, devrait la servir. Entrée au Parlement danois à l’âge de 24 ans, avant d’avoir terminé ses études, elle est devenue ministre de l’Emploi en 2011 et de la Justice en 2014.

Syndicaliste

Mette Frederiksen a décroché son premier emploi à la Confédération des syndicats du Danemark. Son père, Flemming Frederiksen, était un militant social-démocrate.

Issue du milieu ouvrier

Mette Frederiksen aime rappeler qu’elle a du "sang ouvrier dans les veines". Son père est un ancien typographe, sa mère était enseignante.

Volte-face

La future Première ministre danoise n’a pas fait volte-face qu’en matière de migration. En 2005, la députée Frederiksen critiquait les parents qui envoyaient leurs enfants dans l’enseignement privé. Quelques années plus tard, on découvrit qu’elle envoyait sa fille dans une école privée.

 

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