Michel Aoun | Le leader des alliances inopinées

Âgé de 82 ans, le général à la retraite de l’armée libanaise et fondateur du Courant patriotique libre est le grand favori des élections présidentielles libanaises.

Dans un de ces retournements d’alliance qu’il a si bien maniés au fil de sa longue carrière politique, Michel Aoun vient d’obtenir le soutien de son opposant le plus intransigeant, Saad Hariri, fils de feu le Premier ministre Rafic Hariri, qui a officialisé son appui jeudi 20 octobre en échange d’un probable siège de Premier ministre. Une prouesse saluée par ses soutiens, peu après le ralliement de son ennemi historique, le leader des Forces Libanaises Samir Geagea, en janvier 2016. Ses détracteurs, eux, y voient le énième retournement d’un homme politique qui s’est forgé une réputation de fonceur, dont le charisme n’a d’égal que l’ambition.

Le profil
  • Septembre 1988: élu président du Conseil par Amine Gemayel, une demi-heure avant la fin de son mandat.
  • 14 mars 1989: lance la déclaration de guerre contre l’occupation syrienne.
  • 13 octobre 1990: se réfugie à l’ambassade de France, où il reste quelques mois avant un exil en France pendant 15 ans.
  • Mai 2005: retour au Liban, quelques mois avant de s’allier avec le Hezbollah contre le 14 mars de Saad Hariri.
  • 20 octobre 2016: Saad Hariri annonce son soutien à la candidature de Michel Aoun pour l’élection présidentielle.

Le 14 mars 1989, le général Aoun, alors commandant des forces armées libanaises et président du Conseil, lance une guerre de libération contre l’occupant syrien. À l’époque, il se fait la voix du Liban meurtri, comme le relate l’historien Georges Corm dans l’essai "Le Liban contemporain": "Dans son abri souterrain au palais présidentiel de Baabda, il tient conférence de presse sur conférence de presse, parle aux radios du monde entier. Il a le langage simple et brutal des militaires: il dit le ras-le-bol d’une population martyrisée depuis quinze ans par les Israéliens, les Palestiniens, les Syriens (…) C’est le petit ‘David’ libanais qui défie le ‘Goliath’ syrien". Mais au lieu de remporter une victoire inattendue, le sursaut du général provoque les bombardements massifs de l’aviation syrienne sur une Beyrouth déjà exsangue, jusqu’à ce qu’il se réfugie le 13 octobre à l’ambassade de France, dernier abri avant son exil dans l’Hexagone, qui durera quinze ans.

Retour au pays

©BELGAIMAGE

Quand il revient au Liban en mai 2005, l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri le 14 février a donné lieu à la révolution du Cèdre, une marche citoyenne qui aboutit au départ des troupes syriennes du territoire libanais. "Maintenant que le Liban est libre, je veux à présent libérer les Libanais", assène-t-il à son retour. Surprise, cet ex-ennemi juré de Damas s’allie avec le camp du 8 mars dominé par le Hezbollah, allié au régime de Bachar el-Assad et pointé du doigt dans le meurtre du Premier ministre sunnite. Pour Paul Khalifeh, journaliste libanais qui a suivi l’exil et le retour d’Aoun, l’épisode est fondateur: "Il a fait accepter aux chrétiens des alliances improbables, provoquant chez eux une sorte de révolution culturelle en prenant de la distance avec l’Occident. Aujourd’hui, à une période où la présence des chrétiens d’Orient est plus que jamais menacée, il mise sur un partenariat avec les musulmans".

Chez ses opposants, les changements d’alliance du général s’expliquent par son désir de pouvoir, comme le résume Tony Abu Rouhana, du média en ligne Beirut Observer: "C’est une caricature de Napoléon. Pour la présidence, c’était lui ou le chaos. Résultat, il met le Liban dans les mains du Hezbollah et de l’Iran", dénonce-t-il. Paul Khalifeh y voit plutôt une sagesse, acquise après 15 années d’exil où "il a appris la patience et les compromis politiques", dit-il, avant d’ajouter: "S’il était mordu de pouvoir, il ne se serait pas retiré en 2008 pour laisser Michel Sleimane devenir président. Aujourd’hui, il sent que le contexte historique appelle un leader chrétien charismatique à la tête du Liban".

49e séance

Le 31 octobre, la séance du Parlement où Michel Aoun est favori pour devenir président de la République sera la 49e depuis la fin du mandat de Michel Sleimane le 25 mai 2014.

Colérique

De réputation colérique, "mais des colères spontanées, pas haineuses", précise Paul Khalifeh, l’homme d’Etat aime cultiver le jardin de sa maison de Rabieh pour se calmer les nerfs.

 


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