Michel Draguet | L'homme que les gens adorent détester

Un bilan plus que positif à la tête des Musées royaux des Beaux-Arts ne protège pas Michel Draguet des critiques, voire de l’acharnement d’Elke Sleurs.

Assurément, l’homme a le sens de l’à-propos et de l’humour. Pour illustrer l’article que nous lui avons consacré samedi dernier où il "dézingue la politique d’Elke Sleurs" (les termes sont de l’auteur de l’article), Michel Draguet a choisi de se faire photographier devant un tableau appartenant aux Musées Royaux des Beaux-Arts qui participe à l’opération "100 Masters" visant à mettre en lumière les chefs-d’œuvre hébergés dans les musées bruxellois: "Marat assassiné". Et comme si le titre n’était pas assez parlant, il prend la pose dans une position similaire à celle du défunt tribun dans sa baignoire.

Directeur des Musées Royaux des Beaux-Arts (MRBA) depuis mai 2005, Michel Draguet a passablement dépoussiéré l’institution, notamment par la création de deux nouveaux musées – le Musée Magritte et le Musée Fin-de-Siècle – qui marchent, et l’a portée à un niveau d’envergure internationale. Entre 2005 et 2015, le nombre de visiteurs a été multiplié par deux, passant de 396.239 à 767.355. Dans le même temps, la part des recettes propres dans l’ensemble des moyens dont disposent les musées a augmenté de 34 à 54%.

Le profil
  • Né le 23 janvier 1964, Michel Draguet est directeur des Musées Royaux des Beaux-Arts depuis mai 2005 et directeur intérimaire des Musées d’art et d’histoire du Cinquantenaire entre 2010 et 2014.
  • Licencié (1987) et docteur (1990) en histoire de l’art et archéologie de l’ULB, il fut assistant du professeur Philippe Roberts-Jones, son prédécesseur à la tête des musées. Il est aujourd’hui professeur d’histoire de l’art moderne et contemporain, toujours à l’ULB.
  • Membre de l’Académie royale de Belgique, de l’International Committee of Art History, il est directeur de la recherche du Centre René Magritte et du Centre Cobra de l’ULB.

Peu de directeurs de musées en Belgique peuvent se targuer d’un tel résultat, dans des conditions peu aisées. "On nous impose des obligations du privé, dit-il, mais avec les contraintes du service public." Pourtant, Michel Draguet est dans le collimateur de la secrétaire d’État à la politique scientifique, Elke Sleurs, qui déjà en décembre 2014 dans une interview au "Morgen" lui reprochait d’avoir "pris constamment des décisions erronées et voulu d’abord réaliser ses ambitions personnelles". Niant tout règlement de compte, elle ajoutait: "Tout qui connaît le monde de l’art a des critiques à l’égard de cet homme".

Il est vrai que certains milieux culturels et politiques lui reprochent principalement d’avoir fermé le Musée d’Art moderne en 2011. C’était la seule solution, selon lui. À l’étroit dans un espace de 2.500 m², les collections devaient être redéployées. Lorsque "l’on a l’ambition de restructurer des institutions fédérales, on sait qu’on ne fait pas plaisir à tout le monde", explique un de ses amis très au fait du milieu. "Chaque fois qu’il a fait quelque chose, cela a dérangé beaucoup de gens, ajoute une de ses collaboratrices. Les gens adorent le détester."

©rv


Intellectuel de haut vol, boulimique de travail – il a bouclé sa thèse sur le peintre Malevitch en deux années tout en travaillant à la bibliothèque –, homme de conviction, de parole et de rigueur sont des qualités qui lui sont généralement reconnues, même par des personnes qui ne l’apprécient pas nécessairement. D’aucuns lui reprochent d’être ambitieux. "Il a une vision pour le musée, souligne Catherine Leclercq, docteur en histoire de l’art et maître de conférences à l’ULB où elle côtoie Michel Draguet. On peut être d’accord avec cette vision ou pas, c’est autre chose. Il a une vision et peu de personnes dans le milieu de la culture en ont une."

Homme de vision, Michel Draguet fait en effet des choix en fonction d’une stratégie qu’il pense être la meilleure au regard des moyens dont il dispose. Mais outre un humour cinglant qui ne lui vaut pas que des amis, il manque parfois de diplomatie, peu enclin aux ronds de jambes pour arriver à ses fins, ce qui peut être pris pour de l’arrogance. Catherine Leclercq réfute: "C’est un homme tout à fait accessible, ouvert et à l’écoute, mais qui doit susciter, je pense, beaucoup de jalousie." Une de ses collaboratrices confirme que cette arrogance n’est qu’apparence, tout en reconnaissant qu’il "n’est pas un excellent communicateur de sa propre marque".

Étiqueté PS

Au sortir de ses études, Michel Draguet a effectué une partie de son service civil au sein du cabinet de Valmy Féaux, alors ministre de la Culture de la Communauté française. L’étiquette lui colle toujours à la peau alors qu’il se défend d’avoir la carte d’aucun parti politique.

Guindaille culturelle

Président du Cercle des étudiants en histoire de l’art à l’ULB, Michel Draguet organisait des voyages ou des visites aux répétitions du ballet Béjart plutôt que des guindailles.

 


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