Michel Moortgat, "le petit InBev" qui ne cesse de grandir

Le nouvel homme fort de la Maison de la Radio Flagey a réussi à hisser sa brasserie parmi les plus belles réussites. Il est aussi passé maître dans l’art de mélanger les genres.

L’homme qui a réuni la majorité des parts de la Maison de la Radio Flagey est à la fois industriel, investisseur et mécène. Quand il le faut, il mélange allégrement les trois genres. Mais ce spécialiste des mélanges est avant tout brasseur, ce dont la plupart des amateurs du jus de houblon ne se plaignent pas, que du contraire. Preuve en est que depuis qu’il a pris la direction du groupe Duvel Moortgat, en 1999, il a multiplié par trois son chiffre d’affaires et ses résultats en Belgique, et augmenté de 46% ses ventes à l’international. Les bières spéciales concoctées par ses différentes brasseries en Belgique, en Tchéquie et aux Etats-Unis plaisent à un large public: Duvel, Chouffe, Maredsous, Liefmans, Vedett, Bernard ou Ommegang Abbey sont des marques porteuses. Et il s’en est fallu de peu que cet expert en acquisitions y ajoute, l’an dernier, la Tripel Karmeliet et la Kwak; au dernier moment, la brasserie Bosteels lui a échappé, au profit d’AB InBev.

Le profil
  • Né le 5 mai 1967
  • Diplômé en sciences commerciales et financières à l’Ichec; Master in Business Administration à la Vlerick Leuven Gent Management School
  • Marié, trois enfants
  • Au service du groupe familial Duvel Moortgat depuis 1992; CEO depuis 1999
  • Membre des conseils d’administration de la fédération Brasseurs Belges, de The Brewers of Europe, du Voka (patrons flamands), du Wiels et de l’éditeur de livres pour enfants Ballon Media
  • Collectionneur d’art
  • Actionnaire de The Egg et de la Maison de la Radio Flagey

"Michel Moortgat? On l’appelle le petit InBev", raconte avec respect un brasseur concurrent. "Il se comporte comme un grand brasseur, mais en se spécialisant dans la niche des bières spéciales." À force d’intelligence et avec flair, le cadet des fils de Léon Moortgat, représentant de la quatrième génération de cette famille de brasseurs, a accumulé les rachats lucratifs: tour à tour, les brasseries Achouffe, Liefmans et De Koninck ont fini dans son escarcelle en Belgique, tandis qu’il s’emparait, hors de nos frontières, de la Brasserie Bernard en Tchéquie, et d’Ommegang, Boulevard et Firestone Walker aux Etats-Unis. Un développement harmonieux, qui positionne son groupe dans le top 10 des brasseurs artisanaux américains, un club très relevé.

"Plus qu’un manager"

Michel Moortgat est entré au service de la brasserie familiale en 1992, comme simple directeur. Il en est devenu CEO en mars 1999. Depuis lors, l’entreprise fondée par son trisaïeul Jan-Leonard Moortgat en 1871 a crû à vitesse rapide. Au point qu’aujourd’hui, le groupe se classe deuxième du marché brassicole belge en termes de résultats (pas en volume), derrière rien moins qu’AB InBev.

"Il est structuré, organisé, décrit un brasseur fraîchement retraité. Il a du charisme, mais il n’est pas facile. Il est charmant, mais n’aime pas la contradiction ni les mauvaises nouvelles. Il est plus qu’un manager, il est à la fois un bon CEO et un bon financier et il a une vision plus large de ses activités que de juste regarder les résultats et les bonus. Il investit aussi dans l’art moderne, il se conduit en mécène tout en analysant le marché partout où il passe: il pratique le marketing par le mécénat. C’est également un voyageur, il se déplace non seulement pour se détendre, mais aussi pour apprendre. Il est capable de s’exprimer sur les sujets les plus divers, il sait écouter tout en ménageant ses intérêts. Il conclut des deals dans un esprit positif, pour réaliser des win-win, en pensant à long terme."

Il y a trois ans, il a embarqué sa femme et ses trois enfants dans un tour du monde. À peine de retour après cette année sabbatique, il a conclu le rachat d’un "craft brewer" aux States. Comme d’autres collectionnent les souvenirs de vacances. Ceci dit, l’homme est aussi collectionneur d’œuvres d’art contemporain. Ce n’est pas par hasard qu’il a investi dans le Wiels, dont il est vice-président. Et s’il s’intéresse tant à la Maison de la Radio à Ixelles, dont il est actionnaire depuis vingt ans, c’est, dit-il à notre confrère du Soir, "par amour pour la culture, les arts et l’architecture", parce qu’il veut pérenniser le "paquebot" de la place Flagey.

La Bourse

À peine nommé CEO de la brasserie Duvel Moortgat, Michel Moortgat a introduit la société en Bourse de Bruxelles, "afin d’accélérer sa croissance". Après un parcours boursier sans faute, elle a quitté Euronext Bruxelles en 2013: ses frères, sa cousine et lui ont repris le contrôle entier du groupe, pour privilégier le long terme.

L’Amérique

La conquête des Etats-Unis s’est faite en trois temps. En 2003, Michel Moortgat a renforcé la présence du groupe aux States en acquérant 100% de la brasserie Ommegang à Cooperstowe. En 2014 il a racheté Boulevard au Kansas, puis en 2015 Firestone Walker en Californie: deux "craft" de poids.

Manager de l’année

En janvier 2011, Trends l’a élu manager de l’année 2010 en épinglant la résistance de son entreprise à la crise, sa stratégie de marques fortes et son option privilégiant la qualité sur le volume.

 

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