Michelle Bachelet, une femme à la tête des droits humains

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Rescapée des geôles de Pinochet, deux fois présidente du Chili, Michelle Bachelet devient Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Une mission taillée sur mesure.

Les murs de la Villa Grimaldi se souviennent encore des cris des opposants d’Augusto Pinochet. Le dictateur avait établi dans cette bâtisse isolée sur une colline de Santiago du Chili un grand centre de torture, après son coup d’État en 1973. C’est là que fut incarcérée Michelle Bachelet, la fille du général Alberto Bachelet, en compagnie de sa mère. Son père, un des rares hauts gradés à être restés loyaux à Salvatore Allende, mourut sous la torture dans une autre prison.

Le profil
  • Née le 29 septembre 1951 à Santiago. Elle est médecin, spécialisée en chirurgie et pédiatrie.
  • Ministre de la Santé de 2000 à 2002.
  • Ministre de la Défense de 2002 à 2004.
  • Secrétaire générale adjointe de l’ONU chargée de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes de 2010 à 2013.
  • Présidente du Chili de 2006 à 2010 et de 2014 à 2018.

Michelle Bachelet, qui reçut ce prénom en mémoire de Michèle Morgan, venait d’entamer ses études de chirurgie, qu’elle finira après sa libération et un long exil en Australie. Mais les traitements subis sous Pinochet, l’héritage de son père et une volonté farouche de défendre les droits humains et la démocratie la porteront au plus haut de l’État.

Après avoir été élue présidente du Chili à deux reprises, elle est aujourd’hui l’une des femmes politiques les plus puissantes du monde. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, l’a nommée mercredi à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Un rôle taillé sur mesure, alors que les violations des droits humains n’ont jamais été aussi répandues dans le monde. "En tant que victime elle-même, elle amène à ce rôle une perspective unique sur l’importance d’une défense vigoureuse des droits humains", estime Kenneth Roth, le directeur de Human Rights Watch.

Socialiste, progressiste et agnostique, comme elle se définit elle-même, elle accorde une grande importance à la liberté de conscience. Elle a su bouleverser une société ultra conservatrice et marquée par la religion en lançant des réformes progressistes comme l’adoption du mariage homosexuel et la dépénalisation de l’avortement.

De la médecine à la présidence

Michelle Bachelet a été l'une des premières au Chili à défendre la mémoire des victimes de Pinochet et les droits de leurs descendants. ©EPA

Michelle Bachelet a mené de multiples combats. Dans les années 80, alors qu’elle exerçait dans un hôpital pour enfant, elle s’est engagée en politique pour obtenir un retour de la démocratie dans son pays, tout en s’occupant d’ONG d’aide aux enfants de personnes torturées ou disparues. Après être passée par plusieurs cabinets ministériels dans les années 90, elle est nommée en 2000 ministre de la Santé et puis ministre de la Défense, un défi pour une femme dans un monde d’hommes. Sa cote de popularité monte.

Deux fois présidente du Chili, Michelle Bachelet a dû évoluer dans un monde d'hommes puissants. ©REUTERS

Poussée par le président Ricardo Lagos, elle se présente à la présidentielle de 2005 et accède à la magistrature suprême avec 53,5% des voix. L’une de ses premières décisions consistera à instaurer un revenu minimal pour les retraités. Après ce premier mandat, elle devient directrice de l’ONU Femme, une branche de l’ONU défendant les droits des femmes.

Réélue en 2013 avec 62% des voix, soutenue par une alliance de gauche, elle propose une réforme de la Constitution, du régime de santé et de la fiscalité. Mais tous ses projets ne voient pas le jour. Quant à sa popularité, elle finit par chuter à des niveaux jamais connus par un président chilien sous le coup de scandales financiers.

La révolution des pingouins

Michelle Bachelet dut affronter en mai 2006 une révolte des collégiens du Chili réclamant un système éducatif plus égalitaire. Ce fut la "révolution des pingouins", en raison de l’uniforme bleu et blanc des élèves.

Tortures psychologiques

Lors de son incarcération, Michelle Bachelet a subi "des tortures psychologiques et quelques coups", expliquet-elle. Elle a échappé aux électrochocs , une pratique commune sous le dictateur Pinochet.

Scandales financiers

La fin de son deuxième mandat présidentiel fut émaillée de scandales de corruption à répétition. Le scandale de trop impliqua son fils aîné, Sebastian Davalos, qui reçut un prêt de 10 millions de dollars dans des conditions douteuses pour mener une opération immobilière.

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