Mossack Fonseca, plus qu'un secret d'Etat

Le cabinet panaméen, enraciné depuis 40 ans dans l’économie souterraine mondiale, a caché les millions de presque tous les dictateurs. Ses deux fondateurs sont des personnages de roman.

Il n’était connu que des puissants. Il l’est désormais du monde entier. Le cabinet Mossack Fonseca, devenu indissociable des fameux "Panama Papers" depuis le piratage informatique spectaculaire dont il a été victime, est né il y a près de 40 ans de l’association de deux avocats fiscalistes: Jürgen Mossack, un Panaméen d’origine allemande et fils d’un ancien officier de la Waffen-SS, selon des documents des services de renseignement de l’armée américaine, et Ramon Fonseca Mora, un Panaméen très proche du pouvoir puisqu’il est vice-président du parti nationaliste qui dirige le pays depuis 2014 et qu’il est lié à Juan Carlos Varela, le chef de l’Etat.

Une collusion d’intérêts totale

Cette proximité avec le pouvoir ne date pas d’hier. Elle est même inhérente à l’activité du cabinet tant, au Panama, "la collusion d’intérêts entre le pouvoir et les grandes compagnies est totale", explique, cité par Le Monde, Miguel Antonio Bernal, professeur de droit et opposant historique.

Jurgen Mossack ©wikipedia

D’une certaine manière, on peut même dire que le cabinet fait partie intégrante d’une "économie souterraine d’Etat" puisqu’à la fin des années 1970, le Panama décide de se doter d’un secret bancaire inviolable et d’une fiscalité nulle pour les revenus provenant de l’étranger. Autrement dit, n’importe quel argent, d’où qu’il vienne, peut y fructifier sans qu’aucune juridiction en trouve la moindre trace.

Mossack et Fonseca commencent donc tout naturellement à fournir des sociétés-écrans en toute confidentialité pour de richissimes clients, un business très vite florissant et qui prendra une ampleur planétaire, dans les années 1980, sous la dictature de Manuel Noriega, dont le cabinet est également proche.

Les milliards cachés

Depuis 1977, le cabinet a créé des millions de sociétés offshore. De quoi cacher la fortune de presque tout ce que la planète compte de dictateurs, chefs d’Etat, barons de la drogue, milliardaires, sportifs ou encore richissimes familles.

L’avocat allemand

Fils d’un officier SS, Jürgen Mossack est un avocat panaméen d’origine allemande. Il a saisi la balle au bond quand le Panama a décidé de devenir un paradis fiscal à la fin des années 1970 et a croisé la route de son futur associé.

 

Les 11,5 millions de fichiers remis au consortium des "Panama Papers" retracent presque l’histoire des sociétés offshore puisque les archives, fort peu protégées du reste, remontent jusqu’en 1977.

De quoi retrouver des noms déjà "outés" depuis quelques années déjà comme des proches de Mouammar Kadhafi, de Robert Mugabe ou encore l’oligarque argentin Lazaro Baez, qui ont blanchi des dollars par dizaines de millions, suivis par des proches de Poutine, de Bachar el-Assad et toute une flopée de politiques poursuivis pour blanchiment de fraude fiscale.

Les discrètes sociétés proposées par Mossack Fonseca ont connu un tel succès que le cabinet est aujourd’hui présent dans plus de 40 pays et qu’il règne en maître sur l’appareil d’Etat panaméen.

Ramon Fonseca Mora a non seulement été nommé conseiller du président de la république actuel mais il assiste aussi aux conseils des ministres, qu’il rejoint en hélicoptère.

Géniales solutions

Ramon Fonseca ©REUTERS

Ses amis l’appellent "Da Vinci", a-t-il confié dans un entretien, tant il excellerait à trouver de géniales solutions pour cacher l’argent des dictateurs et des barons de la drogue.

Plus étonnant: il a voulu être prêtre dans sa jeunesse et il est l’auteur de six romans (dont un primé par le plus prestigieux prix littéraire du Panama), d’un recueil de nouvelles et d’une pièce de théâtre.

Récemment, il a été éclaboussé par le scandale brésilien Petrobras et a dû démissionner de son poste de conseiller présidentiel. Il y a relativement peu de chances pour que son puissant cabinet survive aux redoutables "Panama Papers".

Le conseil des ministres en hélico

Très proche du pouvoir, Ramon Fonseca Mora a pris l’habitude de relier son cabinet au palais présidentiel en hélicoptère. L’affaire Petrobras a porté un premier coup à sa toute puissance.

Appelez-moi "Da Vinci"

Ses amis l’appelleraient Da Vinci pour rendre compte de son génie à rendre les millions de dollars invisibles. Il est aussi l’auteur de six romans, d’un recueil de nouvelles et d’une pièce de théâtre.

 

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