Nicolas Hulot, un homme de contraste

Tour à tour reporter, animateur télé et enfin ministre, mais aussi militant écologiste et homme d'affaires, l'ultra-populaire Nicolas Hulot est un homme aux contrastes saisissants.

D'un côté, Nicolas Hulot est LA figure de la protection de l'environnement en France depuis plusieurs décennies. Il est notamment à l'origine de l'idée d'inclure une charte de l'environnement dans la Constitution française, ce qui est effectif depuis 2005.

Mais de l'autre se cache un homme d’affaires avisé qui, au gré de juteux contrats, s'est construit une petite fortune estimée à 7,3 millions d'euros, soit ce qui était jusqu'à ce mardi le deuxième patrimoine le plus élevé du gouvernement français après la ministre du Travail, Muriel Pénicaud (7,7 millions).

Sa très lucrative société personnelle

Ce que l'on reproche au désormais ex-ministre du gouvernement Macron est plutôt ses arrangements avec la transparence que son sens des affaires. Prenons le cas emblématique de sa société Eole Conseil, alimentée par les droits d’auteur sur les livres et les documentaires qui lui sont associés et les royalties issues de l’exploitation de la marque Ushuaïa (gels douches, shampoings...). L’entreprise fondée en 1990 (en même temps que la Fondation Ushuaïa) s'est seulement fait connaître 20 ans plus tard. Et ses comptes, publiés en 2011 avant d'être placés sous le régime de la confidentialité, font état d'une entreprise très lucrative.

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De 113.000 en 1992, Eole a vu ses gains grimper à plusieurs centaines de milliers d'euros dans les années 2000.

La marque détenue par TF1 a cédé sa licence à de grandes entreprises comme les opticiens Atoll ou L'Oréal. Avec à la clé des contrats juteux pour la chaîne de télévision et son ancien animateur vedette, qui avait débuté sa carrière comme reporter photographe à l'agence Sipa. De 113.000 en 1992, Eole a vu ses gains grimper à plusieurs centaines de milliers d'euros dans les années 2000. Une machine à cash pour le principal bénéficiaire de l'entreprise: Nicolas Hulot qui en est le seul salarié et en possède 99.9% des parts.

Au total, c'est près de 3 millions d'euros que la société aurait accumulé en fonds propres. Un pactole auquel il faut encore ajouter le salaire que se verse le militant écologiste  - 250.000 euros en 2016 - et les dividendes qu'il perçoit (66.000 euros). Ce qui fait qu'en 2016, Hulot gagnait 34.357 euros nets par mois.

©AFP

En entrant au gouvernement l'année dernière, l'homme, âgé de 62 ans à l'époque, a dû renoncer à une partie de ses émoluments. A la demande expresse de l’Elysée, il a démissionné de son poste de gérant de sa société, tout en conservant la casquette de propriétaire. A ce titre, il a donc continué à toucher les dividendes. Tout comme il percevait encore les droits d’auteurs correspondant aux ventes de ses livres.

Ironie du sort, les produits "Ushuaïa", qui font donc la fortune de l'ancien ministre de la Transition écologique, ne sont pas particulièrement recommandables pour la planète. Ils ont été mis à l’index en 2016 par le magazine 60 Millions de consommateurs, lequel suspectait certains d’entre eux de contenir des perturbateurs endocriniens.

Les financements privés de sa fondation

La plupart des critiques à son égard se concentrent ensuite sur sa fondation, anciennement appelée "Fondation Nicolas Hulot" et puis, à son entrée au gouvernement, rebaptisée "Fondation pour la Nature et l'Homme" et désormais présidée par Audrey Pulvar. Cette structure a l’habitude de recevoir des dons de grandes entreprises. Si EDF ne donne plus "que" 100.000 euros par an à la fondation, la participation du géant de l’électricité s’élevait à 460.000 euros annuels en 2012.

Selon Le Canard Enchaîné, TF1, L’Oréal, Bouygues Télécom et SNCF verseraient chaque année entre 30.000 et 250.000 euros.

De son côté, Veolia débloque 200.000 euros par an depuis 6 ans. Vinci, un autre poids lourd de l’industrie, a signé un chèque de 30.000 euros en 2014 et 2015. Selon Le Canard Enchaîné, TF1, L’Oréal, Bouygues Télécom et SNCF verseraient chaque année entre 30.000 et 250.000 euros.

Le fait est que plusieurs de ces donateurs interviennent sur des secteurs qui étaient compris dans le champ de compétences du ministère dirigé par Nicolas Hulot. Le nucléaire, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, l’économie circulaire… Mais cette situation n’a pas attendu l’entrée au gouvernement de l’écologiste pour alimenter les accusations de conflits d’intérêts. Déjà en 2010, la Cour de comptes doutait de la prise en compte de la question environnementale par ces géants industriels, qui apportent 75% des ressources financières de la Fondation.

A ces liens financiers se greffent aussi des liens d’amitié. Ainsi, l'ancien animateur côtoie l’actuel (Jean-Bernard Lévy) et ancien (Henri Proglio) présidents d’EDF, mais aussi les patrons de L’Oréal (Jean-Paul Agon) ou de Veolia (Antoine Frérot). L’ancien PDG de TF1 Patrick Le Lay fut le témoin de son premier mariage.

Des émissions hors de prix

Un million d'euros le numéro d'Ushuaïa Nature, près de 2 millions pour Opération Okavango: rien n'était trop beau pour Hulot. Patrick Le Lay trouvait d'ailleurs cela trop cher et se disputait assez souvent avec lui à ce propos. C'est également suite aux tournages d'"Opération Okavango" que le reporter s'est vu attribuer par ses détracteurs le surnom d'“hélicologiste”.

©BELGAIMAGE

Il utilisait en effet un hélicoptère russe, le Mi-8, "qui avale 250 litres de kérosène à l'heure". L'équipe avait aussi sous la main deux camions tout-terrain, un ULM, un parapente motorisé et un hydravion Catalina de la Seconde Guerre mondiale, transformé en studio TV volant. Devant les récriminations, les apparitions de l'appareil à l'écran seront toutefois limitées.

En tant que réalisateur, le succès n'a par contre pas été au rendez-vous pour l'écologiste. Avec "Le Syndrome du Titanic", sorti en 2009, il voulait faire œuvre utile, pas s'enrichir. Et ce fut le cas puisque le film fut un demi-flop, avec 260.000 entrées en salles, contre 400.000 attendues, et 1,5 million d'euros de recette pour 4,5 de budget.

Une belle villa en Bretagne

Après son départ du gouvernement, Hulot pourrait avoir envie de s'isoler quelque temps à Saint-Lunaire (Bretagne), où il réside dans une vaste villa située dans l’un des endroits les plus chics de la côte et estimée entre 2 et 3 millions d’euros. Il est également propriétaire d’une demeure de 450 m2 en Corse, ainsi que d’un vieux moulin sur les berges de la Rance, en Bretagne.

Amateur de belles mécaniques, il est propriétaire de six voitures, d’un bateau, d’une moto et d’un scooter électrique. Il roule ainsi au volant d’une BMW i3, ou encore d'une version moderne du combi Volkswagen, le California Beach. L'ancien animateur dispose également d'une vieille Citroën 2CV de collection.

L'homme devrait sans nulle doute demeurer l’une des personnalités préférées des Français mais aussi l’une des plus impénétrables.

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