Niloofar Rahmani | La Top Gun afghane

Première femme pilote afghane, elle est aujourd’hui au coeur d’une polémique. Elle demande l’asile politique aux Etats-Unis, craignant pour sa vie.

Elle symbolisait l’espoir pour des millions de femmes afghanes. Elle est maintenant le sujet principal des discussions sur l’insécurité et les droits des femmes dans le pays.

Niloofar Rahmani, c’est la Top Gun afghane, autrement dit la première femme pilote d’Afghanistan. Elle a surtout été la première à intégrer un univers exclusivement masculin dans un pays extrêmement conservateur. Elle avait même reçu à ce titre le prix international des Femmes de courage. du Département d’Etat américain. Michelle Obama, en personne, avait salué son courage.

Une célébrité, dont le revers de la médaille était fait de menaces de mort des insurgés et d’une lutte permanente contre ses collègues masculins pour qui la place des femmes est, encore et toujours, au foyer. Pourtant, elle a tenu bon, réalisant ce qu’elle dit être un rêve d’enfant: piloter. "Tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai subi, c’était parce que je voulais vraiment voler. C’était mon rêve."

Le profil
  • Née en 1992 en Afghanistan, elle passe son enfance à Kaboul.
  • Elle s’enrôle dans la formation d’officier de la Force aérienne afghane en 2010 et devient la première femme à intégrer l’armée afghane depuis la chute des talibans en 2001.
  • Elle obtient en juillet 2012 le grade de sous-lieutenant
  • En 2015, elle reçoit le prix international Femme de courage du Département d’Etat des Etats-Unis.
  • À l’issue d’une formation de 15 mois avec l’armée de l’air américaine, elle renonce à retourner en Afghanistan et demande l’asile politique aux Etats-Unis.

Asile politique

Mais depuis samedi, son auréole a pâli. Niloofar Rahmani, 25 ans, doit retourner en Afghanistan après une formation de 15 mois avec l’armée de l’air américaine. La veille de son départ, elle déclare qu’elle n’en fera rien. Elle explique craindre pour sa sécurité et demande l’asile politique aux Etats-Unis.

©BELGAIMAGE

Depuis, c’est une déferlante de critiques. Certains l’accusent même de "trahison". "Ce qu’elle a dit aux Etats-Unis était irresponsable et inattendu. Elle devait être un modèle pour les autres jeunes afghans", assène un porte-parole du ministère de la Défense, Mohammad Radmanesh. "Elle a trahi son pays. C’est une honte."

"Tu as fait honte à notre drapeau"

Des critiques que son avocate tente de calmer, indiquant que prendre la décision de demander l’asile aux Etats-Unis a été "extrêmement difficile" pour elle. "Niloofar et sa famille ont reçu des menaces brutales, qui malheureusement ont confirmé que sa sécurité serait fortement compromise si elle revenait en Afghanistan. La vraie trahison à l’égard de l’Afghanistan vient de ceux qui menacent sa vie et celle de sa famille, et aussi de ceux qui continuent d’opprimer les femmes".

Mais visiblement, cette mise au point n’est pas suffisante pour calmer la rancœur vis-à-vis de la pilote. En témoigne ce post Facebook de la photojournaliste Maryam Khamosh. "Chère Niloofar, penses-tu que tes problèmes sont plus importants que ceux de millions d’autres Afghanes? Parfois, je souhaiterais être Niloofar et m’élancer dans le ciel pour bombarder les ennemis de mon peuple. Mais toi, Niloofar, qui as touché le ciel depuis les cendres de la terre, tu as fait honte à notre drapeau."

Même les forces de l’Otan présentes dans le pays déplorent que la jeune pilote affirme que la situation sécuritaire du pays s’aggrave. La situation "devient de pire en pire" 15 ans après la chute des talibans, déclare-t-elle au Wall Street Journal. Ce à quoi la coalition rétorque: "Les forces de sécurité afghanes ont accompli de grands progrès (…) leur performance en 2016 s’est améliorée par rapport à 2015 et nous nous attendons à ce qu’elle progresse encore en 2017."

Pourtant, cette perception ne fait pas l’unanimité parmi la jeunesse afghane, qui continue de fuir le pays en nombre.

D’autant que d’autres images symbolisant la violence et l’impunité régnant dans le pays font aujourd’hui scandale. Elles montrent Faryadi Sarwar Zardad, un seigneur de guerre afghan tout juste revenu au pays, en train de se détendre dans des bains publics. Zardad avait été condamné en 2005 par un tribunal britannique à 20 ans de prison pour prise d’otages et torture durant la guerre civile des années 90. Il a été libéré à la mi-décembre et expulsé de Grande-Bretagne.

Ce qui fait dire à une internaute afghane sur Facebook: "Si quelqu’un comme Zardad peut se promener librement à Kaboul, alors Niloofar a le droit de ne pas revenir."

Elle défie les ordres

En Afghanistan, les femmes sont traditionnellement interdites de transporter des soldats morts ou blessés, mais au cours d’une mission, elle découvre des soldats blessés et les emmène à l’hôpital. Elle ne sera pas sanctionnée pour ces faits.

Jamais en uniforme

La jeune femme avait constamment un pistolet sur elle, et ne portait jamais son uniforme en dehors de la base militaire pour éviter d’attirer l’attention. Sa famille avait été contrainte de déménager à plusieurs reprises.

"Bien, bien"

Sa demande d’asile pourrait se heurter à l’administration Trump. Le futur président avait déclaré qu’il interdirait l’entrée sur le sol américain aux musulmans. Interrogé par CNN en 2015 sur le parcours de la jeune pilote, Donald Trump avait simplement répondu "Bien, bien".

 


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