Norbert Walter-Borjans, le "Robin des bois" à la tête du SPD

Élu en tandem pour diriger les sociaux-démocrates allemands, Norbert Walter-Borjans s’est illustré par sa lutte contre l’évasion fiscale et ses dépenses budgétaires en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Le ministre des Finances d’un Land devient rarement une star médiatique en Allemagne. À l’exception de Norbert Walter-Borjans. Ses adeptes au sein du SPD l’appellent "NoWaBo". Les militants sociaux-démoicrates l’ont d’ailleurs élu pour diriger le parti, en tandem avec Saskia Esken, députée du Bade-Wurtenberg. Vainqueurs inattendus d’une élection interne qui les opposait notamment à Olaf Scholz, ministre des Finances et vice-chancelier d'Angela Merkel, ils représentent l’aile gauche d’un parti en crise depuis la débâcle aux élections européennes où il estarrivé en troisième position.

Croisade fiscale

Le profil
  • 1952: naissance à Krefeld
  • 1978-1980: service marketing de Henkel
  • 1980: retourne à l’université pour y préparer un doctoral en finances publiques.
  • 1984: intègre la chancellerie du Land de Rhénanie du nord Westphalie.
  • 2010-2017: ministre des Finances du Land, multiplie les achats de Cds volés.

Ministre des Finances de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de 2010 à 2017, NoWaBo est devenu pour le magazine der Spiegel le "Robin des Bois des contribuables", en multipliant les achats de CDs contenant des informations bancaires, volés à des établissments suisses ou du Luxembourg. Infatigable pourfendeur de l’évasion fiscale, il est indirectement lié à l’abandon du secret bancaire en Suisse, où il compte toujours de nombreux ennemis.

À la chambre du parlement qui représente les Länder, le Bundesrat, il est à l’origine de la campagne qui a finalement bloqué l’adoption d’un accord fiscal négocié entre Berlin et la Suisse. Lorsque la Suisse lance un mandat d’arrêt contre ses enquêteurs du fisc, Norbert Walter-Borjans n’hésite pas à se rendre à Berne, expliquant devant les caméras de télévision pourquoi il conseille aux Suisses de renoncer au secret bancaire.

Dix-neuf pays ont bénéficié de sa croisade, notamment la Grèce. À Athènes, il est connu pour avoir remis à Alexis Tsipras les noms de contribuables grecs indélicats qui figuraient sur ses fichiers. Au total, la croisade anti-évasion fiscale de NoWaBo a permis à l’Allemagne de récupérer 7 milliards d’euros, dont 2,4 milliards pour le seul Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L’achat contesté des CDs volés a coûté 18 millions d’euros au fisc allemand.

Budget peu orthodoxe

L’autre face de NoWaBo inquiète davantage à Berlin: dans les rangs de l’opposition régionale de l’époque – la CDU et le parti libéral FDP –, on retient surtout de son bilan politique le dérapage des finances publiques régionales, lié à sa volonté d’investir pour relancer une économie à la traîne. Il a même été considéré comme "fini", quand plusieurs budgets régionaux, portés devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe par l’opposition à cause de la hauteur des déficits, avaient été déclarés anticonstitutionnels. Pour le chef du FDP, Christian Lindner, NoWaBo est à l’origine de "dérapages à la grecque sur les rives du Rhin".

Contre l’évasion fiscale et contre l’orthodoxie budgétaire… Ces deux caractéristiques font de lui l’une des icônes de la gauche du SPD, notamment dans les rangs des Jusos, le mouvement de jeunesse du parti. Les Jusos apprécient tout particulièrement ses prises de position en faveur de la suppression des pénalités pour les bénéficiaires des minimums sociaux "Hartz IV", ou de l’obligation pour l’État d’offrir une place d’apprentissage à chaque jeune.

Fils d’un menuisier et d’une couturière, Walter-Borjans s’était d’abord lancé dans des études d’informatique avant de se tourner vers l’économie. Il commence sa carrière au service marketing de Henkel, en charge de la ligne de gel-douche, avant de retourner à l’université pour y passer sa thèse de doctorat en finances publiques. S’en est suivie une carrière de politicien local, d’abord à Düsseldorf puis à Cologne. Ministre des Finances du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie entre 2010 et 2017, il perd son poste avec la défaite historique du SPD dans la région en juin 2017. Maintenant à la tête du parti, il compte bien donner une nouvelle dynamique à celui-ci.

Passé par l’Église

Walter-Borjans s’est engagé dans sa jeunesse dans les rangs de l’Église catholique. Avant de tourner le dos à l’institution religieuse, qui venait de conseiller à ses ouailles de voter pour la CDU.

Impôts sur les lits

Alors haut fonctionnaire aux finances de Cologne, Walter-Borjans invente l’impôt sur les lits, une taxe de 5% sur les chambres d’hôtel, qui doit servir à assainir les finances municipales.

Bastion du SPD

Le soutien dont il dispose dans sa région explique aussi la victoire de samedi soir: un quart des adhérents du SPD sont originaires de Rhénanie, un Land historiquement contrôlé par le SPD jusqu’à la défaite historique de 2017.

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