Olivia Ronen, l'avocate du "diable"

À 31 ans, cette femme va défendre le terroriste Salah Abdeslam lors du procès des attentats du 13 novembre 2015 en France.

"Il faut une part d’inconscience pour se lancer, mais c’est pour ce genre de dossier que je fais ce métier." À 31 ans, Olivia Ronen ne manque pas de cran. Et c'est tant mieux. Car, ce mercredi, elle qui, jusqu'à présent fuyait la lumière, va se retrouver on ne peut plus exposée sous les feux des médias. Alors que s'ouvre l'historique procès des attentats terroristes du 13 novembre 2015 (130 morts et plus de 500 blessés), c'est en effet à cette jeune avocate du Palais de justice de Paris que sera confiée la défense de Salah Abdeslam, le seul survivant des commandos terroristes. Autant dire l'image du "mal absolu".

Contactée par Salah Abdeslam

"Il va falloir se montrer à la hauteur", indique-t-elle à l'hebdomadaire Le Point lors d'une rare interview. Officiellement désignée en novembre dernier, cette jeune femme de bonne famille (mère fonctionnaire, père chef d'entreprise, trois sœurs et études à La Sorbonne) a pris la relève de Franck Berton, l'avocat d'Abdeslam en France, qui avait finalement fini par jeter l'éponge en 2016 face au mutisme buté de leur client.

"Je veux rester très scrupuleuse sur le respect du secret de mes échanges avec lui."
Olivia Ronen
Avocate de Salah Abdeslam

Olivia Ronen aurait été directement contactée il y a trois ans par le terroriste rescapé depuis Fleury-Mérogis, la plus grande prison d'Europe, où il reste sous haute surveillance. Et ce, après qu'il l'a remarquée lors d'une intervention télévisée sur les djihadistes de retour en France. L'avocate l'a ensuite rencontré à plusieurs reprises mais s'est toujours montrée très discrète sur son état d'esprit: "Je veux rester très scrupuleuse sur le respect du secret de mes échanges avec lui", a-t-elle déclaré dans plusieurs médias.

Une grande intransigeance

Bien qu'encore très jeune, celle que ses confrères qualifient de "bosseuse" n'en reste pas moins déjà experte de ce type de dossier. À son actif, l'ancienne stagiaire du pénaliste Thierry Lévy a défendu des militants d'extrême droite mais aussi des jeunes radicalisés. Comme Erwan Guillard, un ex-militaire parti faire le djihad en Syrie. Ou encore l'un des complices des attentats de Nice qui se suicidera en prison en 2019. Elle en éprouvera un profond "sentiment d'impuissance" qui la marquera. Olivia Ronen est en effet animée d'une véritable intransigeance. "Il n'y a aucun compromis possible en défense. Quel que soit le dossier, on y va à 100%. Ce qui implique de ne pas avoir peur de déplaire ou de choquer", explique-t-elle dans Le Point. "Ou alors on reste chez soi", ajoute-t-elle.

Chargé en émotions

Bien qu'elle aime travailler seule, elle sera pour cette affaire hors norme épaulée par Martin Vettes (32 ans), un des confrères avec lequel elle a déjà planché sur des dossiers d'assises. "Ce procès promet d'être chargé en émotions, la justice se devra toutefois de les tenir à distance si elle ne veut pas perdre de vue les principes qui fondent notre État de droit", insistent-ils auprès de l'AFP. "Nous veillerons à ce que ce procès exceptionnel ne devienne pas un procès d'exception." À n'en pas douter, il sera sûrement celui de leur vie.

Le profil

  • 2015: stagiaire au cabinet du ténor parisien Thierry Lévy.
  • 2016: elle prête serment en tant qu'avocate du barreau de Paris.
  • 2017: elle est élue secrétaire de la conférence, statut qui s'acquiert à l'issue d'un concours d'éloquence.
  • 2019: elle est contactée personnellement par Salam Abdeslam.
  • 2021: elle sera son avocate lors du procès hors norme qui s'ouvre le 8 septembre.

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