Où sont les femmes à la BNB?

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L’ancien vice-Premier ministre Steven Vanackere intégrera en janvier prochain le comité de direction de la Banque nationale, ce qui signifie que plus aucune femme ne siégera dans ce comité... très politisé.

Patrick Juvet le chantait il y a déjà plus de 40 ans. Mais son célèbre "Où sont les femmes?" colle pourtant parfaitement à la situation actuelle de la Banque nationale de Belgique (BNB). La nomination de l'ancien vice-Premier ministre Steven Vanackere au comité de direction de la Banque nationale signifie aussi qu'il n'y aura plus aucune femme, dans un comité qui compte pourtant sept directeurs.

On ne trouve qu’une seule femme au conseil de régence: Fabienne Bister. La directrice sortante Marcia De Wachter n’a pas caché sa déception en tweetant rageusement qu’"il y aura bientôt plus d’hommes de Frère que de femmes" à la BNB. Une allusion à la nomination controversée en avril dernier de Cédric Frère, petit-fils d’Albert Frère, au conseil de régence.

A cela s'ajoute le fait que la direction de la BNB est très politisée. Outre le gouverneur Jan Smets (CD&V) et le vice-gouverneur Pierre Wunsch (MR), on y trouve cinq directeurs: Tom Dechaene (N-VA), Tim Hermans (Open Vld), Jean Hilgers (cdH), Vincent Magnée (PS) et, bientôt, Steven Vanackere (CD&V).

Un personnel dirigeant qui n'est, par ailleurs, pas à plaindre du point de vue des salaires. En 2017, le gouverneur Jan Smets a touché un salaire annuel brut de 489.179 euros. Le vice-gouverneur a touché 391.343 euros et les directeurs 337.364 euros. Ces montants ont certes été réduits de 13% en 2014 par le gouvernement Di Rupo. Mais il reste qu’un directeur à la BNB gagne plus que le Premier ministre Charles Michel.

Reste que pour Steven Vanackere, 54 ans, ancien ministre des Affaires étrangères et des Finances dans les gouvernements Leterme et Di Rupo, c’est une longue traversée du désert qui prend fin.

Relégué au rang de sénateur coopté depuis 2013, il intégrera au 1er janvier 2019 le comité de direction de la Banque nationale de Belgique (BNB). La décision émane du gouvernement qui devait remplacer Marcia De Wachter, 65 ans, qui avait annoncé en mars dernier son intention de se consacrer à la politique locale à Overijse où elle vient d’être élue.

De père en fils

Steven Vanackere est tombé dans la politique quand il était petit. Son père Leo Vanackere était député, sénateur et brièvement gouverneur de Flandre-Occidentale.

En tant que ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere a oeuvré à la pacification des relations belgo-congolaises. ©BELGA

Ayant fréquenté le collège des frères Carmes à Haasrode, près de Louvain, Steven Vanackere n’a pas conservé l’accent ouest-flandrien. D’autant qu’il habite aujourd’hui Neder-over-Heembeek. D’abord engagé au Cepess, le service d’étude du CD&V, le jeune Vanackere s’oriente très vite vers la politique bruxelloise au sein du cabinet de Jos Chabert. Parallèlement, il a occupé successivement les postes de directeur de l’Ancienne Belgique, directeur du Port de Bruxelles et directeur adjoint de la STIB. Il est même parvenu à se faire élire en 2006 sur une liste cdH à la Ville de Bruxelles, où il occupera brièvement le poste en vue d’échevin de l’Économie. Preuve qu’il sait se faire comprendre des deux côtés de la frontière linguistique. Vanackere pratique non seulement un excellent français, mais il passe aussi pour quelqu’un de conciliant et de mesuré, difficile à faire sortir de ses gonds.

Ses talents de diplomate, il les mettra également en œuvre pour apaiser les relations avec le Congo, après l’ère Karel De Gucht (Open Vld) marquée par de fréquentes prises de bec entre Bruxelles et Kinshasa.

Proche du MOC

Steven Vanackere a été contraint à la démission suite au scandale Belfius. ©Photo News

Steven Vanackere appartient à l’aile gauche du CD&V, celle du Mouvement ouvrier chrétien (MOC-ACW), tout comme Yves Leterme, Jo Vandeurzen ou Inge Vervotte. C’est ce qui explique pourquoi le dossier Arco lui tenait tant à cœur lorsqu’il dirigeait le ministère des Finances. C’est d’ailleurs ce dossier qui causa sa chute en 2013, lorsqu’il fut forcé de démissionner sous la pression de la N-VA qui lui reprochait ses liens trop étroits avec l’ACW.

En 2014, il pensait pouvoir rebondir en misant sur le poste de gouverneur de Flandre-Occidentale, mais c’était sans compter sur le combatif Carl Decaluwé qui, aujourd’hui, mène une politique très ferme dans le dossier migratoire qui touche de près les villes côtières. N’ayant pas réussi à se faire élire aux élections européennes, Vanackere avait été repêché en tant que sénateur coopté et attendait, depuis, patiemment son heure.

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