Patrick Balkany, l'homme qui aimait les paravents

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Connu pour ses démêlés judicaires et son train de vie sulfureux, le maire de Levallois-Perret est convoqué devant le tribunal avec sa femme Isabelle pour fraude fiscale et blanchiment.

Les deux personnages sourient. À gauche, il y a Nicolas Sarkozy, qui vient d’être élu maire de Neuilly. À droite, Patrick Balkany, lequel a emporté la mairie de Levallois-Perret. Les deux communes, limitrophes, bordent la Seine. Ils ont aussi en commun des origines hongroises, des valeurs de droite et le goût du pouvoir. Un photographe de l’AFP a saisi cet instant de triomphe. En ce mois d’avril 1983, ils sourient tels deux jeunes gagnants à qui l’avenir fait signe.

Le profil
  • 1948: naissance à Neuilly-sur-Seine
  • 1983: maire de Levallois-Perret
  • 1988: député des Hauts-de-Seine jusqu’en 1997, puis de 2002 à 2017
  • 2010: publie "Une autre vérité, la mienne" (Éditions Michel Lafon)
  • 2015: le parquet de Paris ouvre une enquête pour "corruption d’agent public étranger"
  • 2017: le parquet national financier renvoie le couple Balkany et leur fils Alexandre en correctionnelle pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée"

Trente-six ans plus tard, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Si l’un est arrivé jusqu’à l’Élysée, l’autre se retrouve convoqué depuis hier avec son épouse (absente) devant un tribunal correctionnel. La Justice reproche au couple, dont le nom est devenu intrinsèquement lié à Levallois, d’avoir dissimulé un patrimoine immobilier évalué à 13 millions d’euros. À septante ans, Patrick a un an de moins qu’Isabelle, née Smadja. L’affaire a occupé hier les principaux quotidiens français. Lesquels ont détaillé le fameux patrimoine et surtout la vertigineuse complexité des montages, écrans, doubles écrans et paravents destinés à éloigner leurs actifs des radars du fisc. Un moulin à Giverny (là où Monet avait une maison), une puis deux villas dans les Caraïbes, un riad à Marrakech: sur le papier il semblait bien difficile de tout dissimuler. Néanmoins présumés innocents, Patrick et Isabelle vont, via leurs avocats, devoir livrer bataille face à des juges qu’il ne sera pas aussi facile de rembarrer que les nombreux journalistes s’étant intéressés à leur cas.

La petite entreprise

Au contraire de Nicolas Sarkozy, Patrick Balkany a une carrure d’homme fort. Sa jovialité ainsi ses colères sont indexées sur sa taille. Son père était un immigré juif hongrois, revenu vivant des camps de la mort. Sa mère a une ascendance à la fois lettone et ukrainienne. Né en 1948 à Neuilly, Patrick Balkany débute en reprenant l’activité de prêt-à-porter de son père. Il cherche sa voie et s’essaie même au métier d’acteur. Son premier contact avec la politique s’effectue à l’Élysée, où il effectue son service militaire.

Sa première campagne dans le département de l’Yonne, en 1978, est un échec. Isabelle le suit pas à pas. Elle est directrice de la communication d’Europe 1. Le tandem va s’avérer très efficace. Au début des années 80, ils montent ensemble à l’assaut de Levallois et transfigurent la vieille cité communiste en commune bourgeoise avec un clientélisme quasi légendaire. Au point d’en profiter eux-mêmes, puisqu’ils seront condamnés en 1996 pour avoir fait travailler des employés municipaux chez eux. La petite entreprise Balkany ne cessera alors de connaître des ratés qu’une certaine folie des grandeurs masquera par instants. La ville, dont le couple a fait son fief, détiendra en 2012 un record national d’endettement. Mais c’est en 2013 que tout basculera lorsqu’un de leurs amis confiera à la Justice des éléments explosifs sur le patrimoine du couple. Désormais, les villas sont saisies. Le film s’est arrêté. Les époux encourent dix ans de détention. Fort mal notées pour leur confort, les prisons françaises n’ont qu’un avantage: leur hébergement est défiscalisé.

Liasses de 500 euros
Patrick Balkany a la réputation d’avoir toujours des espèces sur lui. Il cite à ce propos son père, selon qui cela permettait de voir venir en cas de départ précipité d’un pays. Hier, la presse française évoquait pour sa part des liasses de 500 euros glissées dans un peignoir expédié à un pressing de Saint-Martin, dans les Caraïbes.

Sifflets sexistes
En juillet 2012, la ministre du Logement Cécile Duflot prend la parole devant l’Assemblée nationale en robe à fleurs. Ce qui lui vaut sifflets et quolibets en provenance des rangs de droite. Selon le journal Libération, l’un des deux siffleurs s’appelait Patrick Balkany. Lequel s’est défendu le lendemain d’avoir ni "hué", ni "sifflé" mais "admiré". La grande classe.

Tentative de suicide 
Isabelle Balkany a fait une tentative de suicide le 1er mai 2019. Il est possible par conséquent qu’elle soit dispensée d’assister au procès, qui devrait durer 6 semaines. Avant d’attenter à sa vie, elle a dénoncé sur Facebook une instruction "exclusivement à charge".

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