Patrick Chappatte, dessinateur du NY Times: "Le journal a flanché"

Le dessinateur suisse Patrick Chappatte s’insurge contre la décision du New York Times de ne plus publier de caricatures. Le journal a cédé face à la pression des réseaux sociaux, selon lui.

Le New York Times ne publiera plus aucune caricature à compter du 1er juillet. Le dessinateur suisse Patrick Chappatte, l’un des caricaturistes du NY Times, est convaincu que la décision du titre est liée à la parution en avril d’un dessin jugé antisémite. Début avril en effet, l’édition américaine du New York Times publiait un dessin signé du Portugais Antonio Moreira Antunes montrant Benjamin Netanjahou, en chien d’aveugle, menant Donald Trump par la laisse, tous deux affublés d’attributs tels que kippa ou étoile de David. Le croquis, jugé antisémite par la communauté juive américaine, fait scandale. L’ambassadeur israélien à l’ONU évoque même la propagande antisémite du journal nazi "der Stürmer". Début juin, la version internationale du titre annonce à son tour renoncer aux caricatures de presse.

Le profil
Le profil
  • 1967 Naissance à Karachi
  • 2009 Parution de son reportage en bande dessinée "La guerre de Gaza"
  • 2011 Parution de son reportage documentaire d’animation "La mort est dans le champ" sur les armes à sous-munition dans le sud du Liban sur mandat du CICR.
  • 2012 Il devient le premier non-américain à recevoir le Thomas Nast Award décerné par l’Overseas Press Club of America

Officiellement, la rédaction avait décidé de longue date de franchir le pas. Le caricaturiste suisse Patrick Chappatte, collaborateur régulier de la version internationale du NY Times, est convaincu que la décision est directement liée au dessin d’avril. "Je crains qu’il ne s’agisse pas ici que de caricature, mais aussi de journalisme et de liberté d’expression en général", déplore Patrick Chappatte, reprochant au NY Times d’avoir "flanché" face au déchaînement des médias sociaux.

Patrick Chappatte, qui présente en ce moment même à Berlin une exposition de son œuvre a fait de Donald Trump l’un des personnages principaux de ses croquis.

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Dès l’enfance

Né en 1967 à Karachi, d’une mère libanaise et d’un père suisse, Chappatte a vécu au Liban, à Singapour, en Suisse et aux Etats-Unis, d’où il travaille pour le NY Times, mais aussi pour les quotidiens suisses le Temps et NZZ et pour le magazine allemand der Spiegel. "Déjà enfant, je dessinais volontiers, se souvient-il, mais je n’aurais jamais imaginé faire du dessin mon gagne-pain." Au collège, il envoie quelques dessins au quotidien la Suisse, aujourd’hui disparu, qui lui offre une place de stagiaire une fois son bac en poche.

Patrick Chappatte devient alors dessinateur de presse, travaille pour la Tribune de Genève et la Weltwoche, puis le NY Times, Newsweek, l’Hebdo… "Dessinateur de presse, ça veut souvent dire qu’on observe le monde en pantoufles, et puis qu’on décroche ses flèches, raconte-t-il le sourire aux lèvres, lors de la remise d’un des nombreux prix qu’il collecte. Moi, j’ai eu envie de voir les gens et les lieux de mes dessins. C’est comme ça que je suis devenu en parallèle reporter-dessinateur. Le dessin de presse, c’est un langage très simple. Je suis persuadé que dans le flot d’informations de tous les jours, la simplicité du dessin permet de retrouver l’émotion."

Ligne de sang

C’est cette émotion justement qui menace aujourd’hui les caricaturistes à travers le monde, comme l’ont montré l’attentat sur Charlie Hebdo et les fusillades de Copenhague visant Lars Vilks, un artiste suédois connu pour son œuvre provocatrice, et auteur de dessins de Mahomet. "Ce que l’on dessine aujourd’hui dans n’importe quel coin d’Europe peut être vu désormais dans les rues de Karachi, Lagos ou Jakarta", soulignait Patrick Chappatte au lendemain de ces attentats.

"Or l’humour, le trait d’esprit sont culturels, ils se partagent avec un public délimité. Le gros malentendu planétaire est donc programmé." Avec l’attentat de Charlie Hebdo, visant les caricaturistes du titre français, "on a franchi une ligne dans le sang. Une innocence a été perdue pour toujours."

Sauf le dimanche

Chappatte produit une caricature par jour. "Sauf le dimanche."

Transmission

Chappatte ne se contente pas de dessiner. En Serbie, en Cote d’Ivoire ou au Kenya, il a dirigé des ateliers avec des dessinateurs locaux.


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