Pedro Sanchez, le "come back kid" de la politique espagnole

L’histoire de Pedro Sanchez est celle de l’incroyable " come back " d’un responsable politique limogé par son propre parti et qui, en l’espace d’un an et demi, et grâce à une motion de censure qui en début de semaine paraissait vouée a l’échec, est devenu, contre toute attente, premier ministre de l’Espagne.

C’est avec un sourire un peu contrit et sous les applaudissements retentissants des siens que Pedro Sanchez a accueilli sa nomination à la tête du gouvernement. Satisfait, oui, par une victoire inespérée face au conservateur Mariano Rajoy, à la tête de l’exécutif depuis 2011, mais aussi visiblement préoccupé par une tâche qui s’annonce extrêmement compliquée.

Un à un, Sanchez a embrassé les 84 députés socialistes, encore surpris par ce qui venait de se passer. Grand nombre d’entre eux avaient voté contre lui en octobre 2016 encouragés par les barons du parti (PSOE), dont l’ancien premier ministre Felipe Gonzalez, qui estimaient que Sanchez était trop dur avec Mariano Rajoy. Ils avaient déjà essayé de le limoger quelques mois auparavant, en janvier 2016, mais Pedro Sanchez avait résisté.

Le profil

-29 février 1972. Pedro Sánchez Pérez-Castejón naît à Madrid, où il grandit.

-1993. Devient militant du PSOE après la victoire de Felipe Gonzalez

-1995 Diplômé en Science Economique de l’ Université Complutense de Madrid  (Il obtiendra son doctorat en 2012) 

-2004 à 2009. Conseiller municipal à la mairie de Madrid

-2006. Se marie avec María Begoña Gómez Fernández, avec laquelle il a deux filles, Ainhoa et Carlota.

-2014 prend la tête du PSOE.

Quelle revanche, pour cet ancien professeur d’économie de 46 ans, surnommé " le beau" (" el guapo ")  qui s’était alors vu obligé d’abandonner son siège de député.

C’était sans compter sur la ténacité de Sanchez qui fin 2016 décide d’entamer en solitaire et dans l’indifférence la plus totale une tournée dans toute l’Espagne pour rencontrer les militants de base. Ce sont eux qui l’ont hissé à nouveau à la tête du parti en mai 2017, lors d’élections primaires organisées pour favoriser sa grande rivale, la présidente de l’Andalousie, Susana Diaz.

Il s’agissait d’une deuxième victoire tout aussi improbable que la première. En juillet 2014, alors que personne ne le connaissait, il devenait secrétaire général du PSOE pour éviter que les deux grands favoris, dont Mme Diaz, ne déchirent le parti. Avant de prendre la tête de sa formation, M.Sanchez n’avait gagné aucune élection. Arrivé en politique un peu par hasard, il était devenu député pour Madrid à la suite du désistement de deux de ses collègues, en 2009 puis en 2013.

Sous sa direction, le PSOE enregistre le pire résultat de son histoire, 84 députés, lors des élections de juin 2016 (26 de moins qu’en 2011). C’est avec cette toute petite minorité (le Parti Populaire de Mariano Rajoy compte 137 députés) que Pedro Sanchez va devoir gouverner et convaincre ceux qui pendant longtemps l’ont considéré comme un dilettante de la politique qu’il est à la hauteur des circonstances, celles d’une Espagne profondément divisée qui commence tout juste à profiter de la relance économique.  

©AFP

Ces derniers mois Sanchez s’était rapproché de Mariano Rajoy dans le cadre de la crise catalane, soutenant la mise sous tutelle de la région. Les deux hommes s’étaient entretenus de nombreuses fois dans la résidence officielle de La Moncloa. Dans quelques jours le leader socialiste n’y viendra plus comme invité, mais bien pour s’y installer. Lui-même ne sait pas pour combien de temps.

CUISANT ÉCHEC

Ce n’est pas la première fois que Pedro Sanchez brigue le pouvoir. Peu après les élections de décembre 2015, et dans un contexte de paralysie politique, il essaye de former un gouvernement avec l’appui des centristes de Ciudadanos et de la gauche radicale de Podemos. Cette tentative se solde par un cuisant échec.

Bref interlude international

De 1997 à 1999, Pedro Sanchez a été le chef de cabinet du Haut Représentant de l’ONU en Bosnie, le diplomate espagnol, Carlos Westendorp. Dans une interview, ce dernier décrit M.Sanchez comme « un homme d’action qui savait s’entendre avec tout le monde ».

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content