Phil Hogan, un Irlandais pour façonner l'après-Brexit

Phil Hogan, "Big Phil", passe de l’Agriculture au Commerce. Dans la future Commission, l’Irlandais cumulera les tâches de gérer la suite du Brexit et les sautes d’humeur commerciales de Trump.

Les fermiers belges le connaissent bien, pour avoir eu maille à partir avec la politique agricole de l’Union – les rues du quartier européen se souviennent des hectolitres de lait déversés par les manifestants en colère. Le commissaire à l’Agriculture, Phil Hogan s’apprête à mettre les voiles, mais pas pour aller très loin. Il a été choisi pour prendre le relais de sa collègue Cecilia Malmström comme commissaire au Commerce dans la prochaine Commission. Avec pour première mission en perspective: négocier l’après-Brexit.

©mfn

Le profil
  • 1960 – naissance
  • 1981 – Bachelier en économie et géographie (University College Cork)
  • 1983 – Après avoir géré la ferme familiale, il crée une entreprise d’assurance et immobilier
  • 1987 – membre du Parlement (Fine Gael)
  • 1994 – secrétaire d’État aux Finances
  • 2011 – ministre de l’Environnement
  • 2014 – commissaire européen à l’Agriculture
  • 2019 – candidat commissaire au Commerce

L’Irlandais, qui a la réputation d’être un excellent négociateur, a déjà participé à des tractations commerciales, notamment avec les pays sud-américains du Mercosur et le Japon. En prenant le Commerce à partir du 1er novembre, qui reste la date théorique du premier jour du Brexit, il devrait avoir la tâche de négocier un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni. Avec une saine franchise sans doute. Car Hogan n’a jamais eu sa langue en poche lorsqu’il s’agissait de dire tout le mal qu’il pense du divorce. Parlant des mensonges des politiciens pro-Brexit, il a récemment accusé Boris Johnson de "jouer" ("to gamble") avec le processus de paix irlandais. Il parle du Brexit lui-même comme d’une "utopie" qui n’existerait que dans les pages du manifeste du parti conservateur britannique. Face à un gouvernement britannique qui espère boucler rapidement un accord commercial avec l’Union, il souligne déjà que si un accord de retrait est conclu, il faudrait "six à huit mois" pour que les Etats membres lui présentent un mandat pour démarrer ces discussions.

Figure "abrasive"

Alors que les commissaires européens sont chargés d’œuvrer à l’intérêt général de l’Union européenne, mais cela n’empêche pas le Premier ministre irlandais Leo Varadkar d’estimer que "c’est un avantage certain d’avoir un responsable irlandais en charge de cette mission cruciale" qu’est le façonnage commercial de l’après-Brexit. Un signal rassurant pour les pays, comme la Belgique, dont l’économie est en première ligne.

Le commissaire est un membre structurant du Fine Gael et, selon l’Irish Times, "acteur clé des victoires électorales" du parti, dont fait partie le Premier ministre (Taoiseach) Leo Varadkar qu’il a lui-même assisté dans son ascension, toujours selon le quotidien de référence irlandais. Originaire de Kilkenny, au sud de Dublin, Hogan est décrit comme "un stratège politique habile" et "une figure politique parfois abrasive à domicile".

À côté du Brexit, l’autre défi de l’Irlandais sera sans conteste américain. Le jour de sa désignation au Commerce, il a indiqué vouloir convaincre Donald Trump de "l’erreur de ses manières" et d’abandonner ses politiques commerciales "téméraires", citant notamment la relation conflictuelle de l’Américain avec la Chine et le fait qu’il "décrive l’Union européenne comme un risque sécuritaire". Hogan pourrait avoir à reprendre avec Washington la discussion sur une "amélioration" des relations commerciales. Mais alors que l’administration Trump veut un accès au marché agricole de l’Union, le choix de Hogan peut être pris comme un signal envoyé par Ursula von der Leyen à la Maison- Blanche que la défense des intérêts du secteur agricole européen reste prioritaire.

"Big Phil"

Les Irlandais le surnomment "Big Phil", pour la raison très prosaïque qu’il est grand (il mesure 1,95 m). Et pour la raison tout aussi prosaïque qu’il est le commissaire en charge de l’Agriculture, Jean-Claude Juncker l’appelle, selon l’intéressé, "Farmer Phil".

Chère eau

"On dit que Hogan n’a plus nulle part où aller depuis qu’il est hué dans les rues de sa propre circonscription à cause des charges sur l’eau", rapporte le média Politico.eu. Ministre de l’Environnement, l’Irlandais avait instauré en pleine crise cette ponction très mal vécue par les Irlandais.

Agri-big-business

Il a été critiqué par le monde agricole et dépeint comme un défenseur de l’agribusiness plutôt que de l’agriculture familiale — il a encore récemment été critiqué par les éleveurs irlandais pour l’accord qu’il a scellé sur les importations de viandes des pays sud-américains du Mercosur.

 

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