Philip Lane, le Peter Praet irlandais, entre en piste

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C’est dans un contexte de grande incertitude économique que l’Irlandais Philip Lane succède à Peter Praet en tant que chef économiste de la BCE. Premier rendez-vous important ce jeudi.

L’homme a été longuement briefé par son prédécesseur, Peter Praet. Il n’en reste pas moins que c’est un véritable baptême du feu pour Philip Lane ce jeudi au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). L’ancien gouverneur de la banque centrale d’Irlande, 49 ans, remplace Praet en tant que chef économiste de la BCE. Il devient ainsi l’économiste le plus important de la zone euro. C’est donc lui qui, ce jeudi matin, présentera aux gouverneurs la situation économique dans la zone euro et les propositions de politique monétaire qui en découlent. Exceptionnellement, cela ne se fera pas à Francfort, mais à Vilnius où la réunion a été délocalisée.

Le profil
  • Philip Richard Lane est né le 27 août 1969 en Irlande.
  • Études au Trinity College (Université de Dublin). 1995: Docteur en économie, Harvard University.
  • 1995-1997: professeur assistant à la Columbia University.
  • 1997: professeur au Trinity College (Université de Dublin).
  • 2015: gouverneur de la banque centrale d’Irlande
  • 1er juin 2019: entrée au directoire de la Banque centrale européenne en tant que chef économiste.

Lane entre en piste au moment même où le spectre d’une récession refait surface à la suite de la guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump. Pas de quoi effrayer ce fan de football qui soutient Liverpool, récent vainqueur de la Champions League, et l’équipe nationale irlandaise. Dans le milieu des banquiers centraux, on l’estime parfaitement paré pour la fonction. On évoque un "excellent économiste", qui sait demeurer calme en toutes circonstances. Il est ouvert aux nouvelles idées et capable, dit-on, de penser "out of the box". Voici quelques années, certains journaux irlandais l’avaient même cité comme un potentiel prix Nobel d’économie.

Une colombe

C’est la première fois dans l’histoire qu’un Irlandais siège au directoire de la BCE qui comprend 6 membres. L’Irlande a toutefois dû s’y reprendre à deux fois. Le nom de Lane avait déjà été proposé pour le poste de vice-président de la BCE en remplacement de Vitor Constancio. Mais il avait été coiffé sur le poteau par Luis de Guindos. À l’époque, Lane n’avait pas été soutenu par les grands pays de la zone euro. En définitive, l’Irlande avait fait savoir qu’elle retirait la candidature de Lane dans "un souci de consensus".

Le deuxième essai fut le bon. Pour succéder à Peter Praet, seul son nom avait été proposé. Personne cette fois pour lui barrer la route.

Économiste de formation, détenteur d’un doctorat de Harvard, Lane était gouverneur de la banque centrale d’Irlande depuis 2015. Avant cela, il a enseigné au Trinity College (Université de Dublin) et a retenu l’attention par ses recherches dans des domaines aussi divers que la croissance ou l’Union monétaire européenne. Surtout, il a conseillé de multiples institutions (FMI, Banque mondiale, Commission européenne, OCDE et BCE). Un précieux atout.

En principe, en termes de politique monétaire, Lane devrait endosser les habits d’une "colombe". Il devrait suivre la voie tracée par Peter Praet, en étant partisan d’une politique pragmatique et accommodante. Au début mai, le banquier central irlandais avait encore indiqué qu’en cas de nouveau coup dur économique, l’arsenal de la BCE n’était nullement épuisé. Certains l’attendent déjà de pied ferme ce jeudi.

Effet voracité

En tant qu’académique, Lane est connu pour ses travaux sur le "Voracity Effect" en collaboration avec Aaron Tornell. Cet "effet voracité" fait référence à la présence de groupes puissants (conglomérats industriels, syndicats…) au sein d’une société, qui réussissent à accaparer une importante partie des transferts de l’État, ce qui nuit au bon fonctionnement de l’économie.

Fan de football

Selon l’Irish Times, Philip Lane est un lecteur vorace. Il fait aussi un peu de jogging et supporte trois équipes de football: Liverpool, l’Irlande et Beechwood FC (Dublin).

Les conseils de Praet

Lors du colloque organisé en son honneur à Francfort le mois dernier, Peter Praet a indiqué que Philip Lane aura la tâche facile comparé à ce que lui a vécu. Mais c’était là une sorte d’humour teinté d’espoir. Pour les huit prochaines années, durée du mandat de Lane, Peter Praet table sur l’achèvement de l’union bancaire et de l’union des marchés de capitaux, sur la mise en place de réformes structurelles… Un monde parfait (ou presque)! Plus spécifiquement, Praet conseille à Lane de conserver l’esprit d’équipe qui règne actuellement à Francfort.

 

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