Phoebe Waller-Bridge, la folie en état de grâce

Elle conquiert le monde à la vitesse grand V, et la pluie d’Emmy reçus ce week-end ne va pas la ralentir. Son nom: Phoebe Waller-Bridge, la comédienne derrière "Fleabag". Sa particularité: parler sans filtre à la caméra, et au cœur du spectateur.

Pour comprendre qui se cache derrière Phoebe Waller-Bridge, la comédienne/scénariste anglaise de 34 ans, il faut s’intéresser d’abord à son alter ego. Désemparée par la mort brutale de sa meilleure amie, Fleabag (littéralement "sac à puce", c’est-à-dire "clocharde, bonne à rien"), donc, traîne sa silhouette de fille longiligne de fête en pub, et de vernissage en stage pour aller mieux. Sans succès. Mais avec cet esprit non-sens que le monde entier envie à nos voisins British. Autour d’elle, une sœur désabusée… Une belle-mère artiste peintre qu’on a envie de baffer – Fleabag le fera pour nous… Et puis celui dont elle vient de tomber amoureuse: un homme "absolument craquant"… mais prêtre.

Fleabag - bande annonce

On l’a compris: Phoebe Waller-Bridge n’est pas n’importe qui. Surtout lorsque l’on comprend le caractère partiellement autobiographique de son personnage. Dans la vraie vie, Phoebe Waller-Bridge est issue d’une famille de propriétaires terriens du Sussex. Mais, comme chacun sait, la gentry et les arts font bon ménage, et la voilà qui étudie à la célébrissime Royal Academy of Dramatic Art. Elle multiplie les expériences, dont une courte scène avec Meryl Streep dans "La dame de fer" (2011). Mais c’est un one woman show présenté au Fringe d’Edimbourg, en 2014, qui va lancer la machine.

Le profil
  • 1985: Naissance à Londres
  • 2009: Débuts au théâtre dans "Roaring Trade", à Soho
  • 2014: "Fleabag", version seule en scène
  • 2015: Apparition dans "Broadchurch"
  • 2016: Elle crée la sitcom "Crashing" sur un groupe de jeunes squatteurs
  • 2019: La saison 2 de "Fleabag" conquiert le monde
  • 2019: HBO lui commande une nouvelle série: "Run", avec Domhnall Gleeson

Dans ce premier "Fleabag" elle s’inspire de sa propre vie de jeune célibataire désireuse de confier sa vie intérieure, ses rêves, mais surtout ses névroses. Un spectacle qu’elle adapte deux ans plus tard pour BBC 3. En six fois 26 minutes, tout y passe: féminisme, argent, jalousie intrafamiliale, pulsions sexuelles permanentes, le tout avec la proximité d’une confession – dont le spectateur n’a pas demandé à être l’oreille attentive, mais qu’il ne pourra pas s’empêcher d’écouter jusqu’au bout, avec un délice coupable.

Sollicitée par Daniel Craig

Entre la première saison diffusée en 2016, et dont les afficionados se révélaient l’existence avec des mines gourmandes (ajoutant "ce n’est pas pour tout le monde") et celle qui fait aujourd’hui un tabac sur Amazon Prime (tout en laissant sur le carreau une foule de spectateurs sous le choc), il est passé de l’eau sous les ponts. Pour commencer, on lui a demandé d’incarner un robot dans "Star Wars": L3-37 dans "Solo". On l’a également approchée pour l’écriture du prochain James Bond – Daniel Craig en personne la sollicitant pour ajouter cet humour et cet esprit bondiens qui ont presque disparu de la franchise au profit de l’action…

Avec sa casquette de scénariste, P.W.B. a également conçu une nouvelle héroïne d’action et d’espionnage pour la série "Killing Eve", qui cartonne presque au même moment que "Fleabag", l’actrice principale Jodie Comer décrochant l’Emmy du meilleur rôle dramatique alors que Waller-Bridge glanait la statuette dans la catégorie "comédie".

Et l’avenir? Un film secret, dont elle assurera les postes clé – écriture, réalisation, jeu – parce qu’elle le vaut bien.

Un compagnon doué

L’homme qui partage sa vie depuis début 2018 n’est autre que le dramaturge et réalisateur irlandais Martin McDonagh, connu chez nous pour avoir magnifié la ville flamande dans "In Bruges" (et signé l’un des meilleurs films de l’année dernière: "Three billboards outside Ebing, Missouri").

Remake

Depuis le 3 juin 2019, Canal+ diffuse l’exact remake de Fleabag, "Mouche", avec Camille Cottin dans le rôle titre. Preuve de succès, bien sûr, mais aussi de la portée du propos: solitude, grande ville, amours contrariées – et esprit de liberté.

Universalité

Dans son interview post Emmy, Waller-Bridge botte en touche lorsqu’on lui parle de féminisme, de malaise post Brexit, ou post Trump. Elle a voulu raconter "à quel point il est difficile pour quelqu’un qui se déteste de tomber amoureux. Quelle que soit l’époque."

 

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